dimanche 21 avril 2019

Verte, lisse et grimpeuse : qui suis-je ?

Ne faisons pas durer le suspense plus longtemps, je suppose que vous mourrez d'envie de savoir qui se cache derrière cette devinette ! Ce titre pourrait cacher l'identité de plusieurs animaux à la fois mais, aujourd'hui, je vous présente la rainette méridionale (Hyla meridionalis). 


Les rainettes (ressemblant aux grenouilles) regroupent plusieurs espèces de différents genres souvent vertes et possédant généralement des ventouses à l'extrémité des doigts. En France, on compte 4 espèces de rainettes appartenant au même genre Hyla : Hyla arborea, H. meridionalis (les 2 plus communes), H. molleri (dans le Sud-Ouest de la France) et H. sarda (en Corse). 

La rainette méridionale (H. meridionalis) se distingue par la présence d'une bande noire latérale entre l’œil et la patte antérieure. Elle ne doit pas être confondue avec sa cousine, la rainette verte (H. arborea) qui, elle, présente la même bande noire se prolongeant, cette fois-ci, le long du flanc jusqu'au niveau de la patte postérieure. Il est même possible de croiser des individus à la peau bleue, expliquant la perte du pigment jaune (eh ouais, car jaune + bleu = vert. La peinture, c'est aussi facile que dire bonjour).



La rainette méridionale affectionne les milieux humides, buissonnants et ensoleillés. Très héliophile, elle se réchauffe le matin accrochée à une tige ou une feuille. En période de reproduction (entre Avril et début Juillet), certains individus sont de couleur très sombre. C'est durant cette période que les mâles se rassemblent et chantent pour attirer les femelles à l'aide de leurs sacs vocaux qui se gonflent et se dégonflent. Quand le mâle trouve la femelle, se déroule alors un drôle de phénomène de copulation spécifique aux batraciens : l'amplexus. Le mâle s'accroche à la femelle qui se retrouve "obligée" de déposer ses ovocytes au fond d'une mare temporaire sur la végétation aquatique. Le mâle peut ensuite les recouvrir de sa semence. Les œufs donnent évidemment naissance à des têtards ayant un mode de vie aquatique et qui se transforment en rainettes adultes ayant un mode de vie semi-aquatique ! A l'âge de deux ans, les rainettes se détachent partiellement du milieu aquatique et ne tardent pas à passer la plupart de leur temps sur les arbustes et les arbres. Puis le cycle recommence... 

Zone favorable à la rainette méridionale

D'ailleurs, comment ces animaux parviennent-ils à s’agripper aux arbres ? Figurez-vous que les rainettes sont les seuls amphibiens à mode de vie arboricole en Europe ! Aux extrémités, leurs doigts sont pourvus de petites ventouses circulaires adhésives. Les cellules de l'épiderme sécrètent une substance visqueuse à base d'eau et sont pourvues de protubérances nanométriques. Ces toutes petites petites petites bosses empêchent l'épuisement des propriétés adhésives des doigts (à l'inverse d'un morceau de ruban adhésif qui ne colle plus à partir de quelques utilisations...). Enfin, leurs doigts opposables leur permettent aussi de s'accrocher aux tiges. Si j'avais un appareil capable de zoomer à fond sur ces structures, j'aurais tellement aimé vous montrer les clichés !

La forme sombre que l'on peut rencontrer...

Concernant sa répartition, vous pouvez croiser la rainette méridionale à l'Ouest du bassin méditerranéen. Deux grands noyaux de populations existent : l'un englobant une petite partie du Nord-Ouest de l'Italie, le Sud de la France, l'Espagne et le Portugal. Le second noyau rassemble plutôt les régions au nord du Maghreb.  La rainette méridionale a également été introduite par l'Homme sur les îles espagnoles des Canaries et de Minorque.
En 2007, un article est paru et avait pour objectif d'en apprendre un peu plus sur les processus qui ont régi la distribution de cette espèce d'amphibien et la variabilité génétique* rencontrée au sein des populations. Les auteurs des travaux ont donc analysé principalement les séquences d'un gène mitochondrial, la cytochrome oxydase (cette protéine est souvent utilisée pour tenter de connaître les origines géographiques des espèces). Les résultats mettent en avant la présence de groupes bien différenciés : l'un au sud-ouest de la péninsule ibérique et dans le Haut-Atlas (groupe A) ; le second dans les montagnes du Moyen-Atlas (groupe B) et le troisième est localisé au Nord du Maroc, au sud-est de la péninsule ibérique, au sud de la France et aux Canaries (groupe C). Quant aux populations de Tunisie, leurs séquences ADN sont très différentes de celles des groupes cités précédemment, ce qui suggère que la division entre les populations tunisiennes et marocaines est ancienne. Les travaux démontrent aussi que deux phases de colonisation très récentes (non datées) du sud-ouest de l'Europe ont eu lieu à partir du Maroc. La première vague de colonisation aurait impliqué des populations du Nord du Maroc jusqu'à la France (groupe C) et la seconde phase concernerait la migration d'individus depuis les côtes occidentales du Maroc jusqu'à la péninsule ibérique (groupe A). Le transport humain serait une explication fort probable pour au moins l'un de ces événements, même si le transport naturel à travers la mer Méditerranée n'est pas à exclure (les individus dérivent sur des bois flottés par exemple...). La diversité génétique observée au Maroc s'explique par les conditions climatiques qui ont touché la région durant le Pléistocène, une période très aride. Les populations de rainettes se sont donc réfugiées dans les montagnes plus humides de l'Atlas et ont divergé génétiquement des autres populations. Puis, quand la température s'est radoucie et les milieux sont redevenus moins secs, les populations ont recolonisé les plaines du Nord du Maroc. N'est-ce pas passionnant ?



Se trouvant sur les listes rouges mondiale, européenne et nationale, la rainette méridionale est strictement protégée sur le territoire, comme tous les amphibiens et reptiles de France. Il est donc interdit de la capturer, s'en emparer, la tuer, détruire son milieu naturel, tuer les têtards ou bien exterminer les œufs.



Avant d'en terminer, je précise que j'ai pris ces photos dans le massif des Maures, dans le Var. Les animaux n'ont en aucun cas été dérangés ou manipulés.
Voilà, j'espère que ce petit article mêlant biologie et écologie de l'espèce vous a plu, merci de votre visite et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 

Lexique :
- variabilité génétique : quand la variabilité génétique est grande au sein d'une population, cela signifie que la composition génétique (les séquences ADN) varie entre individus de cette population. En gros, ils diffèrent génétiquement.

Sources :

Recuero, E., Iraola, A., Rubio, X., Machordom, A., & García‐París, M. (2007). Mitochondrial differentiation and biogeography of Hyla meridionalis (Anura: Hylidae): an unusual phylogeographical pattern. Journal of Biogeography34(7), 1207-1219.
inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/292

dimanche 31 mars 2019

Devons-nous condamner les zoos ?

De tous temps, l'Homme entretient une relation forte avec l'animal, lui attribuant bien souvent une valeur utilitaire (pour la chasse, la guerre, l'agriculture...). Aussi, auparavant, posséder une armada d'animaux pouvait être perçu comme un signe de puissance et d'autorité, notamment quand ces animaux étaient peu familiers. D'ailleurs, c'est ce qui explique l'idée de Louis XIV qui fait bâtir la ménagerie de Versailles dans les années 1660, l'une des plus importantes à cette époque, afin de faire valoir sa puissance en Europe entière. Mais la palme du plus vieux zoo encore en activité aujourd'hui revient à la ménagerie de Schönbrunn à Vienne, fondée en 1752 par l'initiative de l'empereur François Ier.
Ménagerie de Versailles

L'objectif de ces parcs animaliers était donc de se la péter dans le monde entier, d'attiser la curiosité du public et de le divertir en exposant des espèces exotiques. Malheureusement, la capture de ces animaux dans la nature était souvent accompagnée par de nombreux décès d'individus. Il fallait tuer les éventuels mâles dominants et femelles allaitantes, certaines têtes périssaient lors du transport et enfin d'autres ne supportaient pas le changement brusque de milieu... Autant dire qu'il valait mieux laisser les pauvres bêtes dans la nature... Mais bon, vous savez, la fierté de l'humain... BREF.
Heureusement, au cours du temps les techniques de transport et de capture se sont améliorées. De même, en 1973, la convention sur le commerce international de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (la CITES) a été signée à Washington, visant à interdire le prélèvement d'espèces rares. En fait, les zoos doivent mettre en place une nouvelle politique reposant sur une utilisation durable des espèces sauvages. Ils doivent faire en sorte que les animaux se reproduisent dans de bonnes conditions, pour pouvoir réaliser des échanges entre parcs zoologiques. 

Malgré ces raisons, je suis certain que de nombreuses personnes (même peut-être toi qui lis cet article) n'adhèrent point à l'idée d'enfermer des animaux dans des enclos pour les faire devenir des "bêtes de foire" au profit du public.  Ce proche contact avec les humains pourrait les dénaturer, retirer leur caractère sauvage. Cette question suscite actuellement de nombreux débats orbitant autour de l'éthique animal. Outre le fait que l'ensemble des conditions environnementales naturelles propices au développement et à l'épanouissement des animaux ne soient pas réunies,  le questionnement au sujet du bien-être animal se propage au travers de nos sociétés, alimentées davantage par cette pensée "protectionniste". Le fait d'enfermer des animaux dans des zoos à des fins de relâchement dans leurs milieux naturels peut donc paraître hypocrite. Autrement dit, les défenseurs de la nature considèrent que la préservation des espèces est cool mais encore trop rare pour rétablir l'ordre naturel des choses, c'est simplement un prétexte qu'utilisent les directeurs de zoos pour s'en mettre plein les poches !

Mais bon, globalement, je pense que les zoos ont évolué dans le bon sens, dans tous les domaines. Et j'ai envie de jacasser avec vous (oui, jacasser, ça se dit encore) de la participation des zoos à la conservation des espèces animales. Décortiquons tout ça ensemble mes chers lecteurs !

Vous n'êtes évidemment pas sans savoir que la biodiversité se casse la figure depuis le début de l'ère industrielle principalement. De nombreux milieux naturels sont mités par les hommes et leurs activités, causant la disparition progressive de nombreuses espèces animales, végétales, fongiques... L'heure paraissant si grave, on pourrait alors penser qu'aucun compromis entre l'Homme et la nature ne peut être trouvé.
Et pourtant, certaines populations animales peuvent être maintenues viables dans le temps, par l'utilisation de mesures de conservation applicables et appliquées directement dans la nature : on parle de conservation in situ. En revanche, vous vous en doutez bien, d'autres populations tellement fragiles et déjà très affectées par l'Homme sont impossibles à maintenir viables dans la nature, on a recours alors à des mesures de conservation ex-situ, autrement dit en-dehors de l'habitat naturel de l'espèce en question. C'est donc au tour des zoos, aquariums, jardins botaniques, insectariums de jouer le rôle de conservateur !

Histoire que vous soyez tous au clair, maintenir une population viable, c'est permettre aux individus d'une même espèce de se reproduire entre eux et d'engendrer des descendances viables et fertiles ! Si le taux de natalité est inférieur au taux de mortalité, la population s'effondre. BAM et ça fait des chocapics !
  • La première méthode - la plus logique, je dirais - utilisée dans l'optique de protéger une espèce animale est l'élevage conservatoire, c'est-à-dire conserver des groupes de reproducteurs viables qui peuvent survivre à l'extinction dans la nature. C'est alors en Grande-Bretagne, en 1977, que le premier programme de conservation fait son apparition concernant les populations captives de singes anthropoïdes (dont font partie les Chimpanzés, notamment) : the Anthropoid Ape Advisory Panel. Puis, de nouveaux programmes prenant en compte toujours plus d'espèces jaillissent au cours du temps un peu partout dans le monde.  En Europe, ce sont les EEP (European Endangered Species Programs) qui éclosent en 1985, et qui sont gérés par l'Association Européenne des Zoos et des Aquariums (EAZA). Une EEP a pour rôle de recenser et suivre tous les individus d'une même espèce dans tous les zoos européens.
    Pour éviter que les animaux trop apparentés ne se reproduisent entre eux et engendrent de la consanguinité (qui est un frein en évolution), les zoos procèdent à des échanges d'individus. On "brasse des gènes" pour éviter d'obtenir des bêtes consanguines et fragiles. Pour suivre chaque tête, des comptages 
    bêtes et méchants sont réalisés, des arbres généalogiques de chaque animal sont créés et des analyses génétiques sont effectuées. Dans leur article paru dans Biodiversity and Conservation, Witzenberger et Hochkirch estiment à 15 le nombre idéal initial de fondateurs (non apparentés entre eux) qui devraient être alors progressivement intégrés à une population captive de 100 individus. La perte de diversité génétique serait donc minimisée. Les auteurs recommandent aussi d'effectuer des analyses génétiques avant et après la réintroduction d'individus afin d’éviter tout risque de dégringolade génétique ! 
    Ainsi, aujourd'hui en Europe, on compte 355 zoos dans 44 pays qui participent à ce type de programme majoritairement approuvé par la communauté scientifique. Par exemple, la ménagerie du jardin des plantes à Paname participe à 48 des 400 EEP dont ceux concernant l'orang-outan, le panda roux, le boa de Cuba, l'Oryx d'Arabie ou bien le cheval de Préz..Pzrh... Przewalski (désolé, c'est autant galère à dire qu'à écrire).

Chevaux de Przewalski
  • La seconde méthode, peut-être moins connue du grand public, est la translocation (et je ne parle pas de translocation génétique, hein, je vous vois venir les généticiens mais le principe est presque le même, sauf que ce sont des individus et pas des chromosomes et des gènes !). Elle regroupe les introductions, les réintroductions et les renforcements (c'est-à-dire étoffer une population déjà existante). Certains zoos sont donc impliqués dans des programmes de réintroduction, visant à réimplanter une population animale qui avait disparu de son aire de répartition. Les zoos collaborent alors avec des centres de recherche, des vétérinaires, des ONG et notamment avec le "Reintroduction specialist group" de l'UICN. Illustrons le cas de réintroduction de l'Oryx d'Arabie (Oryx leucoryx), un bovidé. En 1972, l'espèce a disparu à l'état sauvage. Heureusement, quelques individus avaient été prélevés et élevés dans le zoo de Phoenix aux USA en 1962, servant alors de population-source. Ainsi, plusieurs réintroductions ont eu lieu à partir de cette population captive dans différents pays de la péninsule arabique : Oman, Arabie Saoudite, Israël... expliquant le reclassement IUCN de l'espère au rang de "vulnérable" ! Pour qu'une population réintroduite dans la nature persiste, il est nécessaire qu'elle soit alimentée continuellement par les populations captives, maximisant ainsi la diversité génétique (Ochoa et al. 2016). Selon l'UICN, en 2011 , il y aurait environ 1000 individus à l'état sauvage. Alors que l'Oryx d'Arabie avait totalement disparu ! C'est totalement dingue, vous ne trouvez pas ? Aussi, de nombreuses autres populations captives, rassemblant 7000 individus, existent à travers le monde, dont à la ménagerie du jardin des plantes à Paris !
    Pour ces programmes de réintroduction, des règles assez strictes ont été instaurées au sujet de la qualité génétique, la qualité sanitaire des animaux à relâcher, les capacités de charge du milieu d'accueil. De même, des suivis scientifiques post-lâchers sont sérieusement réalisés. 
Oryx d'Arabie
  • Enfin, des banques de ressources génétiques peuvent être mises en place. Le but est de prélever du matériel génétique sauvage (sperme, œuf, cellules, plasma...), sans prélever d'animaux vivants, pour supporter des programmes d'élevage en captivité et maintenir la diversité génétique des espèces menacées. Cette technique est plus souvent utilisée pour la conservation des animaux domestiqués. En effet, sélectionner et domestiquer des races d'animaux s'accompagnent d'une large perte de diversité génétique. Pour y remédier, comme l'explique l'article de Woelders et ses collaborateurs (2006), des instituts de recherche européens et des éleveurs ont décidé de prélever et congeler le sperme de races avicoles rares. Mais, j'ai trouvé tout de même pour vous un article qui traitait de la conservation du lynx ibérique (Lynx pardinus), une espèce en danger d'extinction. Des cellules germinales (impliquées dans la reproduction) et des cellules somatiques (toutes les autres cellules qui ne sont pas impliquées dans la reproduction) ont donc été prélevées chez des individus morts et cryoconservées (Leon-Quinto et al. 2009). Ces cellules pourront être appliquées dans le domaine thérapeutique. De plus, des fèces, du sang, de l'urine et des poils ont été échantillonnés afin de développer des études bio-sanitaires et d'améliorer les stratégies de conservation du lynx dans son habitat naturel.     
Lynx ibérique
Enfin, dans cet article, j'ai beaucoup fait référence à la transmission des caractères génétiques d'une génération à l'autre, j'ai insisté sur le fait que la variabilité génétique est un moteur de l'évolution. En gros, si tout le monde est égal d'un point de vue génétique, il n'y a plus de diversité génétique, la population s'effondre. Vous l'aurez compris, ce n'est évidemment pas ce que recherchent les zoos. Néanmoins, je n'ai pas évoqué la transmission des caractères comportementaux. D'un côté, les comportements peuvent avoir un fondement purement génétique. D'un autre côté, les comportements peuvent être acquis de façon social ou ontogénétique (= relative au développement de l'embryon). Il est donc possible que certains individus captifs ne puissent jamais acquérir des comportements propres à leur espèce, des comportement qu'ils pourraient assimiler seulement en milieu naturel. Par exemple, les jeunes animaux dans les zoos peuvent perdre leur comportement de protection face aux prédateurs, ce qui peut être critique lors d'une réintroduction à l'état naturel...  

Finalement, les projets d'élevage conservatoire, de réintroduction et les banques de gènes ne peuvent s'appliquer qu'à une petite part d'espèces animales, alors qu'il existe des milliers d'espèces menacées dans le monde ! D'autre part, ces techniques sont chères et longues à mettre en place, seuls les pays les plus développés peuvent les appliquer... Toujours la même comptine en fait... Je pense qu'il faut privilégier, avant toutes ces techniques, l'éducation à l'environnement. Jamais il n'a été aussi facile de divulguer une information scientifique, un message de sensibilisation à la perte drastique de la biodiversité. Le meilleur des comportements à adopter est de vivre au quotidien de manière plus éco-responsable et d'améliorer nos comportements au cours des générations. Selon moi, les zoos, accueillant des centaines de millions de visiteurs chaque année, devraient axer leur voie de développement dans la médiation scientifique et la sensibilisation à l'écologie. Condamner les zoos qui respectent l'animal n'est pas la bonne solution. Les zoos sont les structures qui ont la merveilleuse possibilité de changer le monde et de réconcilier l'Homme et la nature. 

Merci à vous d'avoir lu cet article ! A bientôt sur l'Odyssée Terrestre !      


Sources :
- Leon-Quinto, Simon, Cadenas, Jones, Martinez-Hernandez, Moreno, Vargas, Martinez et Soria. 2009. Developing biological resource banks as a supporting tool for wildlife reproduction and conservation The Iberian lynx bank as a model for other endangered species. Animal reproduction sceince. 112 : 347-361. 
- Ochoa Alexander, Wells Stuart, Rredondo Sergio, Culver Mélanie. 2016. Can captive populations function as sources of genetic variation for reintroductions into the wild ? A case study of the Arabian Oryx from the Phoenix Zoo and the Shaumari wildlife. Conservation genetics.
- Witzenberger Kathrin A. & Hochkirch Axel, 2011. Ex situ conservation genetics : a review of molecular studies on the genetic consequences of captive breeding programmes for endangered animal species. Biodiversity and Conservation.
- Woelders H., Zuidberg C.A. et Hiemstra S.J. 2006. Animal genetics resources conservation in the Netherlands and Europe : poultry perspective. Poultry science. Vol. 85 : 216-222.

dimanche 10 février 2019

Quand mouflon rime avec boxon !

Savez-vous ce qu'est un mouflon ? Peut-être avez-vous l'idée d'un gros mouton. C'est à peu près cela ! Les mouflons, au sens strict, appartenant au genre Ovis, sont des ovins ruminants qui peuplent une majeure partie de l'hémisphère Nord. Etant pourtant des mammifères assez communs (quoique cela dépend des espèces), la systématique* des mouflons est encore discutée...

Femelle et son petit

Sans certitude, la communauté scientifique pense qu'il existe 7 espèces appartenant au genre Ovis.
Par exemple, on trouve le mouflon canadien (Ovis canadensis) en Amérique du Nord, le mouflon des neiges (Ovis nivicola) en Sibérie ou encore le mouflon occidental (Ovis orientalis ou Ovis gmelini) qui vit au Sud-Ouest de l'Eurasie (Méditerranée et Moyen-Orient). Sur le schéma ci-dessous, nous pouvons voir qu'il existe deux groupes de mouflons. Les Pachycériformes regroupent les mouflons sibérien et américains. Le second groupe, les Asiatiformes, représente les Argaliformes (Ovis ammon) et les  Moufloniformes (Ovis orientalis et Ovis vignei). C'est ce dernier groupe qui est le plus compliqué à aborder en terme évolutif.

Pour comprendre un peu mieux comment sont rangées les espèces de mouflons
Ces espèces actuellement définies se distingueraient sur la base de leur caryotype (arrangement et nombre de chromosomes), de leur morphologie et de leur répartition géographique. La difficulté de dissocier certaines espèces et donc de bien les ranger dans des casiers évolutifs bien distincts s'explique par les nombreuses radiations* que ce groupe a subies, les croisements entre espèces et la domestication de certaines d'entre elles. Un vrai boxon évolutif, finalement ! 

Grossièrement, d'après notamment les travaux de Hamidreza Rezaei en 2011, le genre Ovis serait originaire du continent asiatique. Certaines populations auraient migré en Amérique du Nord via le Détroit de Béring, expliquant l'émergence progressive d'une espèce de mouflon au Canada et aux Etats-Unis. Puis, le genre Ovis se serait diversifié en Eurasie entre 3 et 5 millions d'années.
Quant au mouton, il n'est pas étonnant qu'il ressemble fortement au mouflon. Les analyses de l'ADN mitochondrial (cytochrome b*) et de l'ADN nucléaire ont permis de démontrer l'origine de Dolly et ses amis. Ainsi, le mouton, Ovis aries de son joli nom, a été domestiqué à partir de souches sauvages de mouflons occidentaux (Ovis orientalis) originaires du Moyen-Orient il y a 10 000 ans environ.

Mais, comme je vous le disais quelques lignes plus haut, c'est l'origine du mouflon européen qui a longuement été débattue. A ce jour, seule une hypothèse semble tenir debout. Histoire que tout le monde comprenne, reprenons. La dénomination de mouflon européen est attribuée aux populations occidentales de l'Europe : celles de Corse, de Sardaigne et de Chypre. D'après les analyses génétiques, ces populations insulaires seraient issues de l'espèce asiatique Ovis orientalis qui aurait été domestiquée (donnant le mouton, comme dit plus haut) puis relâchée à l'état sauvage sur ces îles méditerranéennes. Ce phénomène de retour à l'état naturel se nomme le marronnage. Pour la petite anecdote, ce terme désignait la fuite d'un esclave hors de la propriété de son maître en Amérique durant l'époque coloniale. L'échappé était donc appelé marron !
Bref, revenons à nos mouflons ! En 2000, les personnes de l'IUCN, qui se chargent de donner un nom scientifique à chaque espèce (le Taxonomic Working Group pour les intimes), ont donc attribué le rang de sous-espèce d'O. orientalis à ces populations européennes insulaires. Les mouflons de Corse et de Sardaigne sont alors appelés Ovis orientalis musimon

Ainsi, la famille des mouflons englobe une ribambelle d'espèces dont la distinction se fonde sur des caractères morphologiques, génétiques et géographiques. Du fait des multiples étapes de migrations, hybridations ou domestication, la classification des mouflons peut rapidement devenir un casse-tête. Alors, pour éviter que vous attrapiez une migraine en lisant cet article, nous basculons tout de suite vers la seconde partie de cet écrit. Parlons alors du mouflon corse qui, vous allez voir, est assez stupéfiant.

Par exemple, ce mouflon semble être mort
à l'âge de 4 ans environ (Source : oncfs)
Le mouflon corse est l'un des plus petits mouflons d'Eurasie. Comme tous ses cousins, le mâle se distingue de la femelle par la présence systématique de cornes qui s'enroulent au cours de sa vie. D'ailleurs, on peut déterminer l'âge approximatif de la bête en analysant la forme et l'enroulement de ses cornes.

En vous fiant à son nom, peut-être pensez vous que le mouflon corse (Ovis orientalis musimon) se retrouve exclusivement sur l'île de beauté. Que nenni ! Depuis le 19ème siècle, l'Homme a expérimenté de nombreuses introductions du mouflon corse à travers le monde, très souvent couronnées par un succès, c'est-à-dire menant à une pérennité des populations introduites. Il a donc échantillonné quelques individus corses pour les lâcher dans une autre région ! De ce fait, nous pouvons croiser le chemin du mouflon corse dans les Pyrénées, dans le Haut-Languedoc, dans les Alpes-Maritimes, en Belgique, sur les îles Kerguelen ou même à Hawaii ! Le plus étonnant est qu'il s'adapte facilement aux changements de température et aux différents environnements. En revanche, d'après Darmon et ses collaborateurs (2007), la capacité de colonisation de ce mouflon est très faible comparée à celle d'autres ongulés tels que le cerf élaphe (Cervus elephus) ou bien le chamois (Rupicapra rupicapra). C'est une espèce assez sédentaire couvrant des petites aires de répartition.

En Corse, les populations stagnent, voire diminuent depuis quelques années pour certaines raisons : braconnage, incendies accidentels répétés, perturbations par les activités touristiques... C'est ce qui explique la mesure prise par l'Etat et l'ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) interdisant la chasse du mouflon ! Ailleurs en France, la chasse y est autorisée.



En général, le mouflon corse se rencontre entre 300 et 2500 mètres d'altitude, dans des milieux très rocailleux, souvent difficilement accessibles par l'Homme. Durant le printemps et l'été, il a tendance à monter en altitude et cherche à s'abriter du soleil, dans les cavités rocheuses ou dans la dense végétation par exemple. En revanche, pendant la saison hivernale, il tente d'échapper à la neige, côtoyant alors des zones plus basses en altitude. Un petit conseil pour pouvoir approcher les animaux de plus près est d'aller à leur recherche au moment du rut (période d'activité sexuelle pendant laquelle les mouflons vont chercher à s'accoupler), notamment au mois de Décembre ! Les mâles sont davantage occupés à convaincre une femelle pour l'accouplement plutôt qu'à surveiller les éventuels prédateurs (l'Homme, le loup en France métropolitaine...) qui rôderaient autour de ceux-là.
Si vous habitez l'île des figatelli et de la bière à la châtaigne, sachez que deux noyaux principaux de populations de mouflons existent : l'un se trouve au  Nord au niveau du massif du Cinto, et l'autre autre au Sud vers les aiguilles de Bavella.

Cependant, si vous vivez sur le continent (comme moi), vous avez d'autres opportunités pour tenter d'aller observer et photographier le mouflon corse. Par exemple, des collègues et moi-même nous sommes rendus dans le massif du Caroux dans le parc naturel régional du Haut-Languedoc, dans l'Hérault. Et nous sommes parvenus à en voir une vingtaine en deux jours !

Type de paysage observable dans le massif du Caroux - saison hivernale
Pour la petite histoire, c'est en 1956 que deux mâles et deux femelles de mouflons corses ont été lâchés dans le massif de Caroux-Espinouse pour la première fois. Ce milieu de moyenne montagne est relativement similaire à celui de la Corse : des pentes abruptes, des éboulis, de la végétation rase, des forêts, le climat... Bref, le cocktail parfait  ! Depuis, de nouvelles vagues d'introductions se sont réalisées expliquant l'augmentation des effectifs de cet ongulé.
Ces populations sont gérées et régulées par la coopération de l'ONCFS, l'ONF (Office National des Forêts) et la FDC (Fédération Départementale des Chasseurs). Notamment, les groupes d'experts et scientifiques travaillant au sein de l'ONCFS réalisent des suivis annuels des populations afin de mesurer leur dynamique au cours du temps, c'est-à-dire la variation des effectifs de mouflons.

Résultat de recherche d'images pour "mouflon corse mâle"

Cet article touche à sa fin, j'espère que vous aurez appris des choses ! Je me dois de vous rappeler de bien respecter la nature autour de vous, c'est à vous de vous y immerger. Les quelques mouflons que nous avons pus observer ont été peu farouches, nous avons pu tranquillement les photographier (à une certaine distance tout de même) sans qu'ils ne prennent leurs pattes à leur cou. Soyez silencieux, ne vous y approchez pas. Et, profitez, tout simplement des paysages et des animaux !

Je remercie aussi Emmanuel Millet-Delpech pour sa participation à la conception de l'article, notamment pour les photos qu'il a prises (son site : www.millet-delpech.com).

A bientôt sur l'Odyssée  Terrestre !

Lexique :
- systématique : science des classifications des êtres vivants.
- radiation évolutive : évolution rapide, à partir d'un ancêtre commun, d'un ensemble d'espèces caractérisées par une large diversité morphologique et écologique.
- cytochrome b : gène présent dans l'ADN des mitochondries (organites très importants dans le fonctionnement cellulaire) codant pour une protéine du même nom. Ce gène fait souvent l'objet d'une analyse moléculaire poussée dans les travaux de phylogénie (étude des relations de parenté entre être vivants). 

Sources
- Hamidreza Rezaei (2007). Phylogénie moléculaire du Genre Ovis (Mouton et Mouflons), Implications pour la Conservation du Genre et pour l’Origine de l’Espèce Domestique. Ecologie, Environnement. Université de Grenoble.
- Darmon G., Calenge C., Loison A., Maillard D. et Jullien J.-M. (2007). Social and spatial patterns determine the population structure and colonization processes in mouflon. Canadian Journal of Zoology, 85 : 634-643.
- www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Mouflon-de-Corse-ar767
- www.montagne-hautlanguedoc.com/nature-du-haut-languedoc/mouflon/
- parcsaintecroix.com/animal/mouflon-de-corse (photo mouflon corse mâle) 

dimanche 13 janvier 2019

DOIT-ON PROTÉGER LA NATURE ?

Quand on discute de la nature avec le grand public, on veut plutôt parler de l'ensemble des paysages plus ou moins "naturels" qui composent notre planète. Et on ajoute plusieurs termes dans le même panier : les milieux, les animaux, les plantes, les cailloux...



En sciences, on préfère parler de la biodiversité. Cette notion englobe la diversité des écosystèmes (aquatiques, terrestres...), des espèces (animales, végétales, mycologiques, ...) et des gènes (les gens oublient souvent la diversité génétique, nous ne sommes pourtant pas tous égaux #LOL !). Donc, quand on veut préserver la biodiversité, il faut s'intéresser à ces trois niveaux de diversité.

Les 3 niveaux de diversité (tpebiodiversitegpbt.e-monsite.com/)
Mais, un instant... pourquoi les scientifiques et les médias s'obstinent-ils à hurler au scandale quant à l'érosion drastique de la biodiversité actuelle ? Il s'avère pourtant que, depuis que la vie est apparue sur Terre il y a 3 milliards d'années, la planète ne cesse de subir d'innombrables alternances entre augmentation et diminution de la biodiversité. Et rappelons-le, avant notre ère, il y a eu 5 grandes crises d'extinction massive dont la célèbre disparition des dinosaures non aviens* au Crétacé-Tertiaire, il y a 66 millions d'années ! Pourquoi alors tirer aujourd'hui la sonnette d'alarme pour un événement qui semble naturel ? Certains pensent même que nous entrons dans la sixième grande extinction majeure ! Alors, alerte ou sérénité ? Danger ou sécurité ? Nous allons décortiquer le problème ensemble mes chers lecteurs !

Pour se rendre vraiment compte de ce que représente la biodiversité, je me dois d'exposer quelques chiffres. On aurait découvert "seulement" 1,7 millions d'espèces, soit à peine 10 à 20% des espèces vivantes actuelles. C'est peu. La grande majorité constitue le groupe des Insectes comptant à lui seul  près d'un million d'espèces répertoriées (à titre de comparaison, il y a seulement 5 500 espèces de mammifères) ! En moyenne, chaque année, nous découvririons 18 000 nouvelles espèces. Evidemment, ce sont très rarement des mammifères ou des oiseaux, mais plutôt des invertébrés, des bactéries, des champignons etc... Bref, nous avons affaire à un très beau panel de nouvelles espèces découvertes qui n'a pas fini de s'étoffer, les biologistes et naturalistes ayant encore du boulot dans les années à venir.

Nombre d'espèces découvertes pour les différents règnes et leurs estimations (Mora et al. 2011)
Jusqu'à à peine plus d'un siècle, la plupart des personnes, scientifiques compris, pensaient que les espèces étaient éternelles, qu'elles ne s'éteignaient pas. Avec l'émergence progressive de l'étude des fossiles (paléontologie), de leurs ressemblances avec les espèces actuelles, de la pensée darwinienne et de la génétique, nous avons compris que les espèces n'étaient pas figées dans le temps. Elles évoluent ou disparaissent sous les effets du hasard (dérive génétique et apparition de mutations), de l'environnement (sélection naturelle) et de divers facteurs biotiques (comme la compétition entre espèces). Hélas, aujourd'hui, les espèces disparaissent de plus en plus vite à cause... de NOUS ! En plus du réchauffement climatique naturel, l'Homme et ses activités accélèrent le processus par rejet excessif de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Mais c'est pas tout ! Nos activités causent bien d'autres catastrophes dont la destruction des forêts tropicales et autres écosystèmes très riches en espèces, l'assèchement de zones humides, la fragmentation des milieux due à l'industrialisation et à l'urbanisation, l'introduction de nouvelles espèces exogènes causant de graves problèmes sur les îles... bref de quoi anéantir un bon nombre d'êtres vivants avant même, parfois, de les avoir découverts...

Mais pourquoi faudrait-il arrêter de bousiller la nature alors que nous nous sommes jamais aussi bien portés depuis le début de notre ère ? Globalement, le bien-être des populations humaines n'a jamais été aussi élevé ! C'est vrai, la mortalité infantile, la pauvreté sont très bas aujourd'hui comparées à celles d'il y a quelques décennies. De même, l'espérance de vie est considérablement élevée ! A l'inverse, la biodiversité a rarement connu de situations si désastreuses que celle actuelle... Mais bon, où est le problème ? PLUS ON DÉFONCE LA NATURE, MIEUX ON VIT ! Continuons dans ce cas !

Néanmoins, vous le pensez bien, il est certain que cette tendance cessera. Nous nous rapprochons considérablement d'un seuil où ce que l'on prend à la nature devient plus important que ce qu'elle produit. Les ressources naturelles sont limitées mais la population explose ! En un siècle, de 1900 à 2017, la population humaine mondiale est passée de 1,76 milliards à près de 7,5 milliards d'habitants ! Certains scientifiques parlent même d'un état de surpopulation humaine, puisqu'il est quasi-évident que nous avons dépassé la capacité de charge maximale que la Terre puisse nous offrir, c'est-à-dire la capacité à nous fournir des ressources (eau, bouffe, bois...) nécessaires à notre survie et celle à réparer les agressions que nous lui infligeons. Selon un rapport publié par la WWF en 2016, l'empreinte écologique de l'humanité s'élevait en 2012 à 20,1 milliards d'hectares globaux (hag)* alors que la biocapacité de la Terre ne serait que de 12,2 milliards hag, soit une surexploitation écologique de 65% !! D'ailleurs, sans surprise, l'empreinte écologique par habitant est la plus élevée dans les pays très développés, notamment les USA, le Canada, la Suède, l'Australie, la Belgique, Oman et les Emirats arabes unis pour lesquels l'empreinte écologique par habitant est supérieure à 7 hag.
Donc, avec une population mondiale toujours plus importante et des besoins toujours plus accrus, la biodiversité va mal. Dans un autre sens, continuer à la bousiller aurait clairement un effet négatif sur notre bien-être et notre survie. Si nous continuons sur notre lancée, de nombreuses populations humaines pourraient sévèrement manquer de ressources primaires, impactant leur survie. Et cela mènerait très certainement à des guerres entre nations... Bref, je ne veux pas broyer du noir, mais je ne veux pas aussi vous et me voiler nos faces. 

Plate-forme pétrolière --> mais le pétrole, c'est pas éternel ! 
Heureusement, lorsque cette érosion continuelle de la biodiversité que nous provoquons aura une sérieuse conséquence sur notre bien-être, peut-être agirons-nous de manière différente, plus "écoresponsable" ? C'est une simple hypothèse, puisque, ne l'oublions pas, nous fracassons la biodiversité pour qu'elle nous rende des services, et non pas pour notre simple plaisir ! Et oui, cela peut paraître très anthropocentrique, mais je pense que sensibiliser la plupart des gens à la protection de la biodiversité passe par un raisonnement construit autour de l'utilitarisme. En clair, il faut protéger les écosystèmes qui nous rendent des services (on parle de services écosystémiques). Par exemple, les forêts tropicales permettent de fixer une bonne partie du CO2 que nous émettons, ce qui permet de réduire un peu les impacts sur notre santé (maladies respiratoires et compagnie). Certains écosystèmes filtrent bien l'eau et évitent de provoquer de dangereuses inondations, les abeilles jouent un rôle central dans la pollinisation et la production de fruits dans le monde... bref, je pourrai vous citer tellement d'exemples mais ça prendrait l'année 2019 entière, j'ai d'autres chats à fouetter. C'est une expression hein, je ne les fouette pas. En plus, j'ai pas de chats.

Tiens, pour continuer l'exemple si célèbre des abeilles, voilà quelques chiffres abasourdissants ! Vous savez tous que le miel que vous consommez est tout simplement de la gerbe d'abeilles (désolé pour ceux qui l'ignoraient) provenant exclusivement du nectar des fleurs qu'elles ont pollinisées. Hé bien, il y a 20 ans, nous avons produit, grâce à ces petits insectes, plus de 32 000 tonnes de miel ! En 2014, la production a été divisée par deux, passant alors à 16 000 tonnes ! Hallucinant ! C'est peut-être con à dire mais, si les abeilles venaient à disparaître, l'économie pourrait prendre une sacrée torgnole ! On perdrait plus d'un tiers des espèces végétales nutritives (fruits, légumes et compagnie), ce qui provoquerait de nombreuses famines vraisemblablement, d'après l'écologue Jean-Marie Pelt. Alors, pourquoi ne pas avoir recours à la pollinisation manuelle/électronique ? C'est très coûteux mes cocos, sûrement plusieurs milliards d'euros... Puis, cela paraîtrait complètement aberrant de dépenser des thunes dans une activité originellement pilotée par la nature gratuitement et sainement !!!

Un peu de douceur dans ce monde de brutes
Pour soigner les plaies que nous causons à la planète et développer nos activités dans un cadre plus respectueux de la nature, je ne pense pas que les solutions soient entièrement scientifiques. Le monde de la science permet simplement de dresser un constat raisonné de la situation actuelle et d'apporter des possibles solutions qui peuvent être appliquées. Non, non, non, c'est triste de dire ça mais la science ne fait pas tout. Pour tenter de remettre le monde sur de bons rails, nous devons tout d'abord penser autrement et mieux prendre conscience des conséquences de nos actes actuels. Nous devons nous poser des questions concernant notre mode de vie. De quoi avons-nous vraiment besoin ? En 1943, Abraham Maslow, un psychologue et auteur américain, dévoile dans son livre A therory of human motivation la pyramide des besoins (ci-dessous).

Selon lui, un besoin ne peut être satisfait que si les besoins de niveau inférieur sont aussi satisfaits. Par exemple, vous vous achèterez une montre seulement si vous êtes bien rassasiés, vous sentez en sécurité, vous appartenez à un groupe et l'on vous respecte. Ça paraît logique. Dans le monde, nous ne sommes pas tous au même niveau. Vous l'aurez compris, les populations les plus pauvres sont au bas de la pyramide et cherchent quelque chose à se mettre sous la dent alors que les personnes les plus riches hésitent entre acheter une villa ou une Ferrari.
Ainsi, dans cette logique-là, les plus modestes sont moins centrés sur le respect de la nature et le développement durable, ils cherchent en priorité à combler le bas de l'échelle, c'est-à-dire survivre. En revanche, ce serait le rôle des personnes les plus aisées à développer un train de vie plus sain envers la nature. C'est à un bon nombre de personnes des pays occidentaux (je ne mets pas tout le monde dans le même panier) à réfléchir sur leurs besoins primaires et à modifier leurs gestes journaliers.

Pour mieux conserver la nature, il faudrait alors mieux connaître la psychologie humaine. Qui est sensible à la protection de la nature ? Pourquoi la protéger ? Qui aimerait la protéger et comment ? C'est en ce sens qu'intervient la psychologie de la conservation. Selon le MNHN (Musée Nationale d'Histoire Naturelle), elle cherche à comprendre principalement ce qui motive (ou non) les Hommes à tenir compte de la nature dans leurs choix de vie. Malheureusement, de nombreuses personnes ont tendance à accorder plus d'importance et d'empathie pour un individu plutôt que pour un écosystème tout entier, censé être biologiquement plus "important" ! Par exemple, la mort du dernier mâle Rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni), une des deux sous-espèces de rhinocéros blanc, a suscité une IMMENSE vague d'émotions à travers le monde et les réseaux sociaux. On est d'accord, c'est triste et terrible pour cette espèce de rhino... Cependant, l'émotion n'a pas été la même pour un phénomène qui, à mon sens, est encore plus catastrophique ! Celui du blanchissement des coraux ! A cause du réchauffement des océans, les coraux dépérissent et se décolorent après avoir expulsé les micro-algues vivant en symbiose avec eux (on les appelle les zooxanthelles). Entre Mars et Novembre 2016, environ 30% des coraux de la Grande Barrière en Australie ont péri, menaçant alors les nombreuses autres espèces qui vivent dans ces coraux (poissons, échinodermes...). Pourtant, cette terrible hécatombe n'a pas fait autant de bruit que la mort du Rhinocéros... Evidemment, ce n'est qu'un exemple.
C'est pour cela que la raison utilitariste, à l'instar de la raison morale, de protéger la nature semble la plus pertinente à l'heure actuelle...

Le phénomène de dépérissement des coraux qui blanchissent s'appelle : le blanchissement des coraux
Doit-on alors protéger la nature ? J'espère vous avoir convaincus qu'il est grand temps de préserver la biosphère. Pour tenter de mener à bien cette révolution sociétale, nous devons individuellement prendre des décisions concernant le changement de notre rythme de vie. Même s'il paraît compliqué à notre échelle de résoudre ces problèmes globaux, sachez que les petits gestes individuels forment finalement un gigantesque geste. Dans la possibilité de vos moyens, utilisez les transports en commun, réduisez votre consommation de viande, privilégiez les produits labellisés "bio" (vraiment bio), triez vos déchets, minimisez les pertes d'eau,... Ce sont des gestes simples. De plus, n'hésitez pas à adhérer à des associations naturalistes souvent bien accueillantes afin de participer, à votre échelle, à la protection de la biodiversité et à la sensibilisation.

La solution du développement durable réside clairement dans la sensibilisation du public à l'environnement et dans l'éducation des jeunes (et même les plus âgées) générations ! Et oui, la sensibilisation joue et jouera un rôle décisif dans la conciliation entre le développement de la biodiversité et le développement humain, si bien qu'on parle maintenant de gestion intégrée de la biodiversité. C'est-à-dire que l'on intègre l'Homme dans les programmes de préservation des espèces et biotopes. A présent, il est plus éthique et même bénéfique de faire participer les communautés locales aux projets de conservation. Ainsi, elles connaissent plutôt bien la zone d'intérêt et se mettent souvent d'accord avec les organisations de protection de la nature pour la préserver. Elles en tirent souvent un bénéfice puisque les associations de protection de l'environnement mettent l'accent sur l'utilisation durable des ressources naturelles.
Il est temps pour moi de conclure cet article qui, j'espère, vous aura plu ! Vous l'aurez compris, je ne me suis pas positionné neutralement dans la réponse à cette problématique. IL FAUT PROTEGER LA NATURE ! Mettre en place les conditions d'une exploitation légale et durable des ressources naturelles (les espèces résilientes notamment) s'avère important et urgent pour promouvoir en même temps la protection de la biodiversité, la sécurité alimentaire et la pérennité de nombreuses civilisations. En fin de compte, protéger la nature, c'est protéger l'humanité entière...

Dans un prochain article, je parlerai des moyens scientifiques et politiques de protection et gestion de la biodiversité. Merci à vous d'avoir lu cet article, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux, à parler du blog autour de vous. J'aimerais que de nombreuses personnes qui ne soient pas forcément sensibles à l'écologie lisent cet article ! Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !


Lexique :
- dinosaures non-aviens : tous les dinosaures, sauf les oiseaux !
- hectare global (hag) : unité équivalente à un hectare ajusté à la productivité, pour exprimer la biocapacité d'un milieu.

Sources :
Mora C, Tittensor DP, Adl S, Simpson AGB, Worm B (2011). How Many Species Are There on Earth and in the Ocean? PLoS Biol 9(8): e1001127. 
- François Ramade, 2009. Eléments d'écologie : écologie fondamentale.
- Conférence de Jean-Marie Pelt, 2015. Biodiversité : pour qui et pourquoi ?
Conrad Malte-Brun et Ad. Balbi, Précis de Géographie Universelle, Paris, Furne et Cie, p. 171
- WWF, Rapport planète vivante (2016). p.77
- www.apiculture.net/blog/mieux-comprendre-pollinisation-abeilles-n115 (photo abeille)
- Vidéo YouTube, "Combien coûte la nature ?", de la chaîne DirtyBiology (Je vous la conseille, elle est top !)
- www.larecherche.fr/le-blanchissement-des-coraux-saggrave (photo coraux)

=> J'ai eu l'idée de cet article en assistant à un cours de "gestion intégrée de la biodiversité" dans le cadre de mon master et en regardant un épisode de DirtyBiology ! :) 

jeudi 3 janvier 2019

Bilan de l'année 2018

L'année 2018 vient de s'achever, il est donc temps de dresser un petit bilan ! 
Avant cela, j'aimerais vous souhaiter une excellente année 2019, en espérant que tous vos projets (du moins les plus faisables) se réalisent ! A tous les étudiants qui me suivent, je vous souhaite une belle réussite dans vos études, ne lâchez rien et ayez en ligne de mire la concrétisation de vos beaux projets, peu importent les obstacles qui peuvent entraver votre chemin ! Courage !

  • Bon, 2018, c'était comment ? 
Cette année, l'Odyssée Terrestre a donc publié 19 articles sur le site, comptabilisant au total plus de 17 000 pages vues. Tous les articles figurant dans le top 10 des articles les plus lus ont été publiés cette année. L'article "le septième continent" s'est d'ailleurs hissé en tête du classement (n'hésitez pas à le lire ou le relire !). 
Vous l'avez donc remarqué, j'ai publié bien moins d'articles qu'en 2017 (35 articles !) mais, selon vos dires et mon point de vue, ceux de 2018 sont de bien meilleure qualité et tout de même plus longs ! Privilégions la qualité à la quantité, n'est-ce pas ? Si bien qu'en publiant deux fois moins d'articles, j'ai totalisé un nombre de vues plus important cette année qu'en 2017.
Il se peut, probablement, que je publierai encore moins d'articles cette année du fait du temps que me prennent les cours et que me prendra le stage. Certes, ces activités "scolaires" me freineront dans la fréquence des publications mais elles me donnent et me donneront plein de belles idées d'écriture. Bien au contraire, je serai heureux de partager avec vous ce que j'apprends ! L'égoïsme, c'est mal ! 

Cette année, j'ai donc également adhéré au Café des Sciences qui, je vous le rappelle, est une plateforme rassemblant de multiples chaînes Youtube (dont DirtyBiology qui pèse dans le game) et de blogs mettant l'accent sur la vulgarisation scientifique. Vous n'avez qu'à cliquer ici pour aller jeter un œil ! 

Enfin, j'ai pu faire une petite collaboration avec Emmanuel Millet-Delpech, mon ami photographe, avec qui j'ai réalisé l'article sur le brame du cerf (n'hésitez pas à le lire ou le relire, c'était bien cool !) parsemé de magnifiques photos enivrantes ! 

  • Et 2019 ?  
 Je continuerai à écrire des articles, sûrement plus centrés sur l'écologie scientifique et la protection de la nature. Mais j'avoue ne pas trop me projeter puisque ces deux années de master prennent beaucoup de temps dans mon quotidien ! J'aimerais également réaliser plus d'articles "aventure", un peu comme celui sur le brame du cerf. Ça plaît bien en général ! 

Voilà, j'espère que vous prenez et prendrez toujours plus de plaisir à lire mes petits articles. N'hésitez pas à me lancer des critiques tant positives que négatives (ça fait toujours avancer !). Quand les articles vous plaisent, partagez-les, ça me fait un peu de pub, c'est sympa ! Je remercie ceux qui le feront ! A l'heure où j'écris ce petit article, la page Facebook compte 562 personnes, n'hésitez pas à l'aimer et à me suivre en cliquant ici

Encore très bonne année et très bonne santé, et à bientôt chers amis sur l'Odyssée Terrestre !! :)

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dimanche 18 novembre 2018

Peut-on sauver ce beau papillon ?

Salutations à vous amis lecteurs ! Cet article est un peu particulier et très court. Je voulais vous présenter une synthèse bibliographique que j'ai effectuée en cours, et que je trouvais intéressante à partager sur le blog. Nous devions traiter et résumer un sujet en lien avec mon master. Seule une page (bibliographies incluses) de rédaction était autorisée. De même, nous devions nous baser simplement sur 5 articles. Bonne lecture à vous !

Menaces et conservation du cuivré de la bistorte (Lycaena helle)

Le Cuivré de la bistorte (Lycaena helle) est un papillon de jour eurasien de la famille des Lycaenidae. Ses populations ont drastiquement diminué au cours des dernières décennies sur l'ensemble du continent (Habel et al. 2011). Cette diminution des effectifs est due principalement au réchauffement climatique post-glaciaire (lui-même accentué par les activités humaines), à l’abandon de la gestion traditionnelle des prairies et à la fragmentation de ses habitats. 

Le Cuivré de la bistorte (Lycaena helle)
Certaines études ont tenté de mieux comprendre les origines de ce déclin. Durant le réchauffement post-glaciaire, la distribution géographique de L. helle, affectionnant les milieux froids, s’est progressivement réduite. L’augmentation de la température dans les plaines d’Eurasie explique le déplacement de son aire de répartition vers les altitudes plus élevées et son isolement dans plusieurs massifs montagneux (Habel et al. 2011). L’isolement de ces populations à travers les différents massifs montagneux européens et asiatiques pourrait engendrer une diminution de la richesse allélique* et, à terme, une érosion de la variabilité génétique*, comme l’ont montré Habel et ses collaborateurs (2010) dans leur étude. La dérive génétique* est, en effet, plus importante au sein de populations à faible effectif.
 
Le réchauffement climatique n’est pas la seule cause de ce fort déclin populationnel. La fragmentation des milieux fréquentés par L. helle, due par exemple aux activités humaines, en est également une. En effet, plusieurs facteurs exercent un fort impact sur la densité des populations du Cuivré de la Bistorte. Nabielec et ses collaborateurs (2015) ont montré que les superficies des parcelles fréquentées par L. helle ainsi que la hauteur de la végétation les composant influencent les densités des populations. Les résultats ont démontré que la superficie de la parcelle et la hauteur de la végétation expliquent respectivement 24,4 % et 20,2 % de la variation de l’indice de densité de population. A l’inverse des parcelles étendues, les plus petits terrains subissent une émigration des individus, rendant alors difficile la recherche d’un partenaire sexuel et, par conséquent, entraînant une disparition progressive des populations. Or, la capacité de dispersion de L. helle entre patchs* voisins étant faible, les populations très isolées sont condamnées à disparaître (Fischer et al. 1999). Du fait de la réduction des landes naturelles en Europe, certaines populations affectionnent des milieux plus ou moins anthropisés, telles que des prairies humides abandonnées. Cette espèce étant sensible au fort taux de renouvellement  de l’habitat, il semble compliqué de conserver de telles populations au sein de milieux urbains éphémères (Fischer et al. 1999). 

Face à un tel déclin, des actions de conservation sont alors nécessaires.  Déjà, il s’avère primordial d’améliorer ou conserver la qualité d’habitat de certains milieux, notamment les grandes parcelles composées de bistortes (sa plante-hôte*) et d’une végétation suffisamment haute pour protéger les papillons des intempéries (Nabielec et al. 2015). Ensuite, afin d’améliorer la connectivité et le mélange de population entre patchs faiblement distants, certaines études optent pour le fauchage ou bien le pâturage à la fin de l’été suivant la nymphose*, évitant donc la fermeture progressive des milieux qui entraverait le déplacement des papillons. Ces méthodes, à programmer avec les agriculteurs, permettraient de réduire la dérive génétique et, à terme, de sauver de l’extinction certaines populations. C’est ce que Fischer et ses collaborateurs (1999) conçoivent dans leur étude en Allemagne, optant pour une distance optimale entre patchs de quelques centaines de mètres seulement. Enfin, concentrer des actions de gestion sur cette espèce permettrait de protéger de plus amples étendues de zones humides, entraînant alors la conservation d’autres espèces animales ou végétales. On dit de Lycaena helle qu'elle est une espèce-parapluie (Sawchik et al. 2005). Actuellement, le Cuivré de la bistorte fait partie des papillons les plus menacés d’Europe, justifiant sa présence dans les annexes de la directive « Habitats » (Van Helsdingen et al. 1996 in Nabielec et al. 2015).

Exemple de brûlage pour lutter contre la fermeture des milieux et pour favoriser le déplacement des papillons d'un patch à l'autre
Voilà, j'espère que ce petit article vous a intéressés, merci à vous de l'avoir lu ! Je tiens à préciser que les termes en gras, les astérisques, les définitions et les photos ont été rajoutés exclusivement pour le blog mais étaient absents initialement. 

A bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

Lexique
- richesse allélique : c'est le nombre d'allèles que l'on retrouve dans l'ensemble de la population. Par exemple, le nombre d'allèles "couleur bleue des yeux" au sein d'une population d'hommes. Ainsi, plus il y a d'allèles, plus la richesse allélique, et donc, les différences entre individus sont importantes !
- variabilité génétique : différences existant entre les individus d'une même population.
- dérive génétique : c'est tout bêtement la variation aléatoire des fréquences alléliques au cours du temps. Explications. Dans la population, certains allèles vont persister (càd être transmis d'une génération à l'autre) tandis que d'autres vont s'éteindre (par exemple des allèles délétères provoquant une maladie létale). Ainsi, après l'isolement d'une population, plus cette dernière sera petite, plus la dérive sera importante. Cela peut mener à un appauvrissement génétique au sein de la population (par exemple passer de 5 à 1 allèle !) et à sa disparition, comme c'est le cas de quelques populations de Cuivrés de la bistorte...
- patch : en général, c'est un micro-habitat abritant une sous-population. Ainsi, dans une population, il peut y avoir plusieurs petites sous-populations vivant dans patchs voisins interagissant entre eux !
- plante-hôte : c'est une espèce de plante dans laquelle un papillon spécifiquement y pond ses œufs, les larves (les chenilles) se nourrissant exclusivement de cette plante.
- nymphose : période pendant laquelle s'opère la transformation d'une chenille en papillon dans sa chrysalide ! 


Bibliographie

- Fischer Klaus, Beinlich Burkhard and Plachter Harald, 1999. « Population Structure, Mobility and Habitat Preferences of the Violet  Copper Lycaena Helle (Lepidoptera: Lycaenidae) in Western Germany: Implications for Conservation ». Journal of Insect  Conservation, 3 : 43-52. 

- Habel Jan Christian, Schmitt Thomas, Meyer Marc, Finger Aline, Rodder Dennis, Assmann Thorsten and Zachos Franck  Emmanuel, 2010. « Biogeography meets conservation: the genetic structure of the endangered lycaenid butterfly Lycaena  helle ». Biological Journal of the Linnean Society, 101 : 155-168. 

- Habel Jan Christian, Rodder Dennis, Schmitt Thomas and Neves Gabriel, 2011. « Global warming will affect the genetic diversity  and uniqueness of Lycaena helle populations ». Global Change Biology, 17 : 194-205.

-Nabielec Joanna & Nowicki Piotr, 2015. « Drivers of local densities of endangered Lycaena helle butterflies in a fragmented  landscape ». Population Ecology, 57 : 649-656.

- Sawchik Javier, Dufrêne Marc and Lebrun Philippe, 2005. « Distribution patterns and indicator species of butterfly assemblages of wet  meadows in southern Belgium ». Belgian Journal of Zoology, 135 : 43-52.

Photos :
- lepinet.fr
- www.risque-incendie.com

jeudi 1 novembre 2018

Le brame du cerf, un rituel automnal

“Samedi 6 Octobre 2018, le formidable brame du cerf a déjà commencé depuis une quinzaine de jours. Il est temps de quitter Montpellier, là où les températures et le soleil estivaux occulteraient un peu plus la grisaille et la maigre douceur de l'automne. Le temps d'un week-end, laissons-nous emporter dans les belles Cévennes, une vieille chaîne de montagnes datant du Précambrien (- 640 Ma). Durant les 2h de trajet, on se rend compte du changement progressif de la végétation, à mesure que nous prenons de l'altitude, les garrigues arides deviennent forêts de feuillus plus humides. Nous arrivons à Génolhac, où habite Emmanuel, mon ami cévenol. Il nous accueille et nous prête du matériel pour la petite "expédition" prévue. Il reste encore 3/4 d'heure de route/chemin avant d’atteindre notre chalet de ce soir, aussi notre point de départ pour la mission “brame”. Entre-temps, nous pouvons profiter de la magnifique vue que nous offrent les hauteurs cévenoles. Sans ce voile à l’horizon, nous aurions pu distinguer la mer Méditerranée à l'horizon Sud et le Mont Ventoux à l'Est, en premier plan devant la chaîne des Alpes. Nous parvenons alors au point de départ de l'expédition, où est implantée notre petite maisonnette atypique en pierre granitique prénommée le Chalet de l’Aigle. 

Néanmoins, ce n’est pas le temps de niaiser, notre objectif étant d’atteindre le sommet de la montagne une demi-heure avant le coucher du soleil. Trois quarts d’heure de marche et 200 mètres de dénivelé positif plus tard, nous atteignons le haut de la montagne, plafonné de nuages bas et sombres. Nous décidons alors d’effectuer un affût derrière un rocher, près d’un arbre. Du fait que nous le surplombions un peu, il nous est facile de surveiller l’environnement tout autour, avec une discrétion presque naturelle. Cet endroit est vraiment stratégique, se trouvant en effet face à un point d’eau. Utile quand il n’a pas plu depuis plusieurs jours, cela inciterait diverses bêtes à venir s’abreuver, donc de se découvrir. Une aubaine pour le photographe ! 
18h30 - la brume est tombée, la lueur bleutée du crépuscule mêlée au sifflement du vent pourchassant les vagues de brouillard nous font patienter dans une atmosphère particulièrement… automnale. Malgré la brise, il n’aura pas fallu attendre longtemps pour entendre les premiers brames se dégager depuis la forêt de conifères, en contrebas. Les cerfs sont proches, certains à 500 mètres de nous, d’autres, peut-être, à moins de 300 mètres. C’est majestueux."



Mais avant de continuer de narrer cette petite histoire, qui vous plaît, je l’espère, il nous faut comprendre deux-trois éléments concernant ces animaux !

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) fait partie des grands Cervidés que l’on peut observer dans les forêts tempérées de l’hémisphère Nord. Habituellement grégaire, ce n’est qu’à la saison des amours, entre Septembre et Octobre, que les mâles se joignent à une horde de femelles et de jeunes. C’est ainsi à cette période que l’on peut avoir la chance d’entendre bramer les cerfs dans la forêt. Mais, pourquoi gueulent-ils de la sorte ?! Pardi, c’est pour avertir les femelles de leur présence afin de les séduire, mais aussi pour intimider les autres concurrents qui oseraient pénétrer sur leur territoire. Ainsi, il est parfois possible d’assister à un incroyable combat entre deux bêtes imposantes, en projetant chacune leur tête en avant contre l’autre. Violence gratuite.



Les mâles sont notamment bien reconnaissables à leurs bois proéminents qu’ils portent sur la tête… enfin, j’écris “bois” mais ça n’a absolument rien à voir avec les bois des végétaux. Ce sont plutôt des organes complètement osseux (comme ton squelette !) et vascularisés. En fait, le cycle de croissance des bois s’effectue en un an et recommence. Au début du printemps, ils se développent, ornés d’un tissu vascularisant que l’on appelle le velours (ayant pour rôle de protéger, vasculariser et innerver les bois) qui se dessèchera et tombera une fois que les bois auront terminé leur croissance. Ainsi, après la période de rut, le roi de la forêt se débarrassera de ses ornementations osseuses. Et plus surprenant, certains petits mammifères de la forêt se hâtent de ronger les bois perdus, afin de compléter leur régime alimentaire de calcium et de sels minéraux. C’est le cas des écureuils roux !  

“Près d’une heure et demi d’affût plus tard, aucun animal en vue, mis à part deux rapaces volant au-dessus de nos têtes ou bien quelques grives et merles venant nous rendre visite dans l’arbre à notre proximité. Cécile et moi décidons alors de nous mouvoir et de rejoindre le haut du pic Cassini, situé à 1600 mètres d’altitude. Pour nous y rendre, nous marchons à travers une forêt de pins. Les brames paraissent de plus en plus proches. C’est dingue ! C’est comme s’ils se répondent ! Nous rejoignons alors Rémi et Emmanuel qui nous attendent là-haut. Mais, effectuer un affût à 4 personnes n’est pas le meilleur moyen de discrétion… Cela tombe bien, puisqu’une fine pluie se met à tomber. Il faut partir. Nous décidons alors de redescendre de la montagne pour rejoindre le chalet, où il nous tarde de faire un feu dans la cheminée. Vin rouge, pâté de campagne, saucisson, tartatouille, camembert fondu et rigolades : tous les ingrédients sont rassemblés pour passer une agréable soirée !


Le Chalet de l'Aigle
Une nuit tumultueuse s’annonce, vent et pluie sont au rendez-vous. Mais ça ne nous empêche pas, avant l’aube, de repartir à la quête du cerf et de son brame ! Arrivés au sommet, nous décidons de nouveau de nous séparer en deux groupes de deux ! Avec Manu, cette fois-ci, nous ne chômons pas et prenons la décision de suivre le brame en traversant la forêt, en espérant voir des bêtes ! En fait, à cause des bourrasques, les cerfs n’osent pas s’aventurer en-dehors des bois, de peur de se faire repérer plus facilement par d’éventuels prédateurs. Nous progressons alors dans la forêt, tentant d’être discrets un maximum, d’éviter de piétiner les branches mortes gisant sur le sol. Ce n’est pas chose simple ! Ce moment est magique, nous nous rapprochons davantage d’un mâle qui brame de toutes ses forces. 300, 200, 100, 50m, la distance nous séparant est peu à peu rognée au fil des pas. Et malheureusement, alors que nous étions à 30m de lui, un gros cerf silencieux et discret nous détecte et s’enfuit… Il ne faut pas abandonner, mais continuer !”


En attendant de reprendre notre marche, et si nous comprenions un peu les raisons scientifiques de ce brame ?
Biologiquement, comment se déclenche le brame ? En 1972, des chercheurs de l’Université de Cambridge ont montré que la testostérone occupe un rôle central dans le comportement reproducteur et agressif des mâles, durant la période de reproduction. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas l’odeur des hormones dégagées par les femelles qui induit ce comportement agressif. Ainsi, il est plus probable de photographier un cerf pendant la période de rut, puisqu’il est moins attentif aux “éléments extérieurs” qu’habituellement. Il est bien plus occupé à faire déguerpir les autres squatters de son territoire ! En plus de devoir conserver son harem, le mâle doit s’activer de féconder l’ensemble des femelles du groupe, n'étant chacune sexuellement réceptive qu’une seule journée dans l’année ! Certaines fois, alors que le mâle dominant de la horde est occupé à se battre avec un autre concurrent, un jeune mâle peut rapidement s’incruster dans la troupe pour saillir une biche “en chaleur”. Cela participe à la diversité génétique au sein de la horde. 

Mais, peut-être vous vient-il un questionnement. A quoi ça sert d’avoir de si grands bois sur la tête alors qu’ils peuvent être facilement repérés par un prédateur et ainsi mener à la mort le cerf ? En fait, les bois du cerf illustrent parfaitement le principe du paradoxe évolutif. La survie n’est pas le seul paramètre retenu par la sélection naturelle. Loin de là. Les variations des caractères engendrant un succès reproducteur sont aussi sélectionnés ! Et le plus souvent dans le monde animal, ce sont les mâles qui portent des attributs extravagants, qui leur permettent d’être sélectionnés par les femelles. On parle alors de sélection sexuelle (faisant partie intégrante de la sélection naturelle !). Les mâles se battent alors physiquement, ce qui entraîne l’émergence et la sélection d’armes plus efficaces mais exagérées… comme les bois d’un cerf ! C’est la sélection intrasexuelle : les individus du même sexe compétent pour accéder au partenaire de sexe opposé. 
D’un autre côté, les cerfs illustrent parfaitement l’autre principe de la sélection sexuelle, celui de la sélection intersexuelle cette fois-là ! Ici, c’est le choix effectué par les femelles qui entre en jeu ! Autrement dit, plus un mâle porte de grands bois et plus il brame fort, plus il prouve aux femelles qu’il est en bonne santé et qu’il est susceptible d’engendrer des descendants viables. 
Ainsi, il semblerait que plus les bois d’un cerf sont grands, plus l’individu sera vainqueur dans les combats, et sera choisi par une femelle. Il pourra donc s’accoupler ! Mais plus les bois sont imposants, plus ils sont visibles par les prédateurs… C’est un compromis évolutif… C’est ultra passionnant, n’est-il pas ?


"La matinée suit son cours. Nous repérons encore un mâle s’enfuir et échapper à nos objectifs photographiques. Le bruit sourd produit par le heurt des sabots contre le sol retentit et nous fait vibrer. C’est dans ces moments que nous nous disons que nous sommes tout de même discrets puisque nous parvenons à nous rapprocher des cervidés à moins de 50 mètres de distance ! Autre que le brame, un cerf est repérable par l’odeur qu’il dégage, une odeur très marquée, arôme musqué. Enfin, nous terminons notre matinée avec la rencontre d’une biche se faufilant entre les genêts. Un instant magique. Nous faisons partie intégrante du décor naturel, nous pouvons l’observer calmement jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans les fourrés.


Finalement, nous rejoignons au pic Cassini Rémi et Cécile que nous avions quittés à l’aube. Des étoiles dans les yeux, ils nous racontent qu’ils sont tombés nez à nez avec une biche et son faon. Plus ébouriffant encore, je dirais même que c’est la cerise sur le gâteau, ils se sont trouvés à moins de 20 mètres d’un grand mâle imposant. La végétation cachait l’intégralité de son corps, seuls ses longs bois dépassaient les genets. Ils ont eu le temps de bien l’observer avant qu’il ne s’en aille au galop."

 C’est alors que s’achève cette petite expédition (et cet article par la même occasion). J’espère que vous aurez l’opportunité, un jour, de partir à la conquête du brame, ce sont vraiment des moments merveilleux. C’est là que nous prenons conscience que nous sommes de petits êtres humains, plongés dans la nature et assistant à son beau spectacle. Vous êtes d’ailleurs de plus en plus nombreux chaque année à venir écouter le brame, et pendant cette période très particulière de leur cycle biologique, il est nécessaire de bien se comporter, dans le respect de l'animal, afin de ne pas le perturber. En tout cas, je remercie Manu pour son invitation dans les Cévennes (un magnifique coin !) et pour la transmission de sa passion. C’est d’ailleurs lui qui a pris, une semaine avant ma venue, ces magnifiques photos qui sont dispatchées dans cet article. Je vous invite à aller voir sa page en cliquant ici et à le suivre sur Facebook en cliquant ici. Vous verrez, il est très talentueux et chacun de ses clichés reflète la beauté de la nature et nous évade. Enfin, j’espère que vous avez pris du plaisir à lire cet article un peu spécial, mêlant récits narratifs et scientifiques.






Merci beaucoup à vous de l’avoir lu et à bientôt sur l’Odyssée Terrestre !



Sources : 
- G. A. Lincoln, Fiona Guinness et R. V. Short, The way in which testosterone controls the social and sexual behavior of the red deer stag (Cervus elaphus) , Revue : "Hormones and Behavior" ; Volume 3, Issue 4, December 1972, Pages 375-396 
- www.animaldiversity.org/accounts/Cervus_elaphus/

Texte : Aurélien Grimaud
Photos : Emmanuel Millet-Delpech