jeudi 12 juillet 2018

Le Trithémis pourpré, une libellule voyageuse

Depuis le début du XXème siècle, les températures des océans et de l'air ne cessent d'augmenter du fait de l'émission des gaz à effet de serre qui absorbent le rayonnement infra-rouge émis par la surface terrestre et contribuent ainsi à cet effet de serre. On parle évidemment du réchauffement climatique global. Cette augmentation considérable des températures engendrent de nombreuses conséquences, notamment écologiques, sur la biodiversité et les aires de répartition de la faune et de la flore. En effet, le réchauffement climatique provoque le déplacement des espèces, notamment depuis l'équateur vers les pôles et des plaines vers les sommets. Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce ne sont pas les individus eux-mêmes qui se déplacent ou qui migrent, plutôt l'aire de répartition qui est modifiée (étendue, rognée, ou simplement déplacée). On définit l'aire de répartition comme une zone d'habitat favorable liée aux conditions climatiques (soleil, eau....) et à la présence de nourriture, le plus souvent. Ainsi, quand la température change, l'aire de répartition se déplace, emportant avec elle certaines espèces animales ou végétales adaptées à ces conditions. 
Cependant, je précise que le réchauffement climatique n'est pas la seule raison à l'origine de ces modifications d'aires de répartition. La destruction de l'habitat par l'Homme ou bien l'arrivée d'espèces envahissantes peuvent aussi provoquer ces dérèglements. 


Aujourd'hui, je vous présente une jolie libellule qui reflète bien ce phénomène : la libellule purpurine ou Trithémis pourpré (Trithemis annulata).
  • Comment reconnaître le Trithémis pourpré ? 
Comme son nom l'indique, la couleur pourpre rosé prédomine au niveau des zones thoracique et abdominale, chez les mâles ! En effet, chez cette espèce, le dimorphisme sexuel est marqué, on distingue ainsi bien le mâle de la femelle, cette dernière présentant des teintes plus jaunâtres.
De plus, nous pouvons noter la couleur de leurs pattes plutôt noire unie. L'abdomen est étroit et les ailes sont pourvues de nervures rouges chez les mâles. Les yeux, quant à eux, sont bicolores (rouges et bleus). 

Libellule purpurine ou Trithémis pourpré (Trithemis annulata), mâle. Lac des Escarcets, Var (83). 

Tiens, je vous présente rarement les mues de libellules dans ce blog. Une mue, ou une exuvie, est l'enveloppe que le corps de l'animal a quittée lors de la métamorphose et qui laisse place à une nouvelle cuticule (ou "peau") toute propre, toute belle ! Un peu comme si vous peliez après un sale coup de soleil ! 
Vous trouverez les mues de libellule accrochées à une tige, une feuille ou un rocher près d'un cours d'eau. Pour reconnaître l'exuvie de Trithemis annulata, observez la dernière petite pointe recourbée dorsale de l'abdomen (autrement appelée épiproctre (à tes souhaits)), cette pointe doit dépasser nettement l'abdomen. De plus, assurez-vous que l'abdomen soit ornée de pointes dorsales formant une crête. Enfin, la tête doit être plutôt arrondie. Voilà, vous pourrez désormais la prélever, la déposer dans un tube et l'exposer fièrement sur votre table de chevet !  

Mue ou exuvie de Trithemis annulata (source : ONEM).


  • Pouvons-nous le confondre avec une autre espèce ? 
Il est rare de pouvoir confondre le Trithemis pourpré avec une autre espèce de libellule. Une erreur possiblement imaginable serait de la mélanger avec le Crocothémis écarlate (Crocothemis erythraea). Ce dernier possède un abdomen large et plutôt de couleur rouge écarlate, comme son nom l'indique. Mais bon, après une observation attentive, la tâche d’identification ne devrait pas être bien compliquée !  

Crocothémis écarlate (Crocothemis erythraea) mâle (Source : INPN). 

  • Où le trouvons-nous ? 
Comme la plupart des libellules, les adultes sont dépendants du milieu aquatique. Ils fréquentent les cours d'eau, les mares, les étangs, les marécages, bref tout ce qui mouille ! Ils pondent ainsi leurs œufs sur des feuilles de plantes aquatiques. Des larves en émergent, et continuent leur développement au fond des eaux stagnantes ou légèrement courantes. C'est là qu'elles peuvent ainsi chasser les petits invertébrés aquatiques.

Venons-en à son aire de répartition, ce qui nous intéresse le plus dans cet article finalement. A l'origine, Trithemis annulata est présente dans la majorité du territoire africain et dans une partie de l'Asie occidentale. Or, nous avons émis précédemment que l'aire de répartition d'une espèce est associée aux conditions physico-chimiques du milieu comme la gamme de température. De ce fait, depuis quelques décennies, son aire de répartition ne cesse de s'étendre vers les latitudes plus au Nord. Voilà son périple...  Trithemis annulata aurait franchi le détroit de Gibraltar en 1975, selon l'ONEM (Observatoire Naturaliste des Écosystèmes Méditerranéens). Elle a ensuite été observée en Andalousie en 1978. Depuis, elle ne cesse de progresser vers le Nord, en longeant les côtes portugaises et espagnoles ou en empruntant les cours d'eau s'enfonçant dans les terres comme le fleuve de l'Ebre au Nord de l'Espagne. Ensuite, certains individus ont été perçus pour la toute première fois en France en 1989 sur l'île de beauté, provenant probablement de l'île voisine, la Sardaigne. Ce n'est qu'en 1994 qu'elle atteint le sol français continental dans les Pyrénées-Orientales (66). Elle conquiert alors plusieurs départements de la moitié sud de la France, jusqu'en Charentes-Maritime (17) en 2005 ! Ainsi, vous pourrez voir voler cette jolie libellule d'Avril à Novembre ! 

Lac des Escarcets, Var (83). Type de milieu fréquenté par T. annulata

Même si la température moyenne a augmenté dans l'Hémisphère Nord, nous constatons une très grande capacité d'adaptation de cette libellule au climat tempéré. Le Trithémis pourpré est parvenu à coloniser de nouvelles régions, des biotopes variés (des simples cours d'eau jusqu'aux gravières en passant par les mares et tourbières). De ce fait, il est important de noter que la moindre observation naturaliste apporte une grande précision sur la répartition de cette espèce. N'hésitez pas alors, si c'est le cas, à déposer une observation sur les plateformes naturalistes mises en ligne (comme Faune LR ou Faune PACA, l'Observatoire Naturaliste du Gard etc...). Chaque petite observation d'un individu vivant ou mort, d'une mue, d'une larve, d'un œuf contribue à étoffer nos connaissances sur l'espèce, sa répartition, sa phénologie* et à rendre plus pertinentes les analyses statistiques. Bref agissez les amis ! 

Trithemis annulata

Une autre libellule, également d'origine africaine, a été observée pour la première fois en France, dans le département de l'Aude en 2017, venue d'Espagne où elle a été vue pour la première fois dans la région de Murcie en 2012. Elle s'appelle Trithemis kirbyi. Là aussi, il est important de suivre l'évolution du déplacement de son aire de répartition. A vos carnets ! 

Trithemis kirbyi, à Aguilas en Espagne, en 2015 (Photo : Pélissié M.)


Voilà, j'espère que ce petit article vous a intéressés ! N'hésitez pas à le partager via les réseaux sociaux si vous l'avez apprécié. Quant à moi, je vous dis à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !
Je remercie Mathieu pour quelques précisions apportées à cet article ! :) 


Lexique :
- phénologie : Etude de l'apparition d'événements périodiques dans le monde vivant déterminée par les variations saisonnières du climat. Par exemple, ici, nous pouvons étudier les observations de cette libellule en fonction des mois et saisons.

Sources
HENTZ J-L, DELIRY C. & BERNIER C. (2011). Libellules de France, guide photographique des imagos de France métropolitaine. Gard Nature/GRPLS, Beaucaire, 200 pp.
- www.onem-france.org
- inpn.mnhn.fr
- pour certaines définitions, Wikipedia fait l'affaire ;)
- photo du lac des Escarcets (www.coeurduvartourisme.com)

lundi 2 juillet 2018

Le plus grand lézard d'Europe !

Les lézards, avec les serpents et les amphisbènes*, font partie du groupe (ou ordre) des Squamates, autrement dit les "reptiles à écailles" ("squama"signifiant "écaille" en latin). 
Les lézards sont facilement reconnaissables par le grand public : un corps allongé et tapissé d'écailles, deux paires de pattes, et l'absence d'oreille externe, ils ne possèdent, en effet, que deux orifices sur les côtés de la tête. 
En fait, le terme "lézard" est un peu ambigu, il englobe de nombreuses familles auxquelles font partie les gekkos, les tarentes, les seps, les hémidactyles ou bien les lézards au sens strict ! Dans le langage courant, le "lézard" est un Squamate appartenant à la famille des Lacertidés dont font partie le célèbre lézard des murailles (Podarcis muralis) que l'on croise partout dans les jardins, villes et autres milieux, ou bien le lézard vert occidental (Lacerta bilineata) que j'ai déjà eu l'occasion de vous présenter sur ce blog (l'article est à lire ou relire ici !). Ainsi, en France métropolitaine, nous dénombrons une petite quinzaine d'espèces de Lacertidés. Et celle que je souhaite vous présenter aujourd'hui est le lézard ocellé (Timon lepidus) !

Lézard ocellé (Timon lepidus) - Pompignan, Gard (30)

En moyenne, la longueur du lézard ocellé varie entre 50 cm et 70 cm pour les mâles et entre 40 cm et 50 cm pour les femelles (queue comprise !), même si certains spécimens de 90 cm ont déjà été observés, cela restant rare ! Ses mensurations justifient bien sa qualification de lézard le plus grand d'Europe ! En dépit de certaines légendes relatant qu'il attaque les viticulteurs dans leurs champs de vignes, le lézard ocellé est un reptile assez farouche. Alors n'ayez crainte, il y a plus de chances que ce soit lui qui vous repère le premier et fuit dans les broussailles ! 
Pour comprendre le sens de son nom vernaculaire, il faut se focaliser sur la couleur et les motifs de sa robe écailleuse. Son corps est de couleur vert brillant, ponctué de plusieurs ocelles bleus. Enfin, ces teintes concernent plutôt les adultes. A l'état juvénile, Timon lepidus est, à l'inverse des adultes, de couleur brune, toujours ornée d'ocelles, mais blancs cette fois-là. Au cours du temps, le jeune mue et sa robe se rapproche de celle de ses parents.
Quant au dimorphisme sexuel (c'est-à-dire la différence visuelle entre mâle et femelle), il est légèrement marqué. Globalement, le mâle est plus gros et long, sa tête est plus massive et robuste, puis son corps est plus vivement coloré. Il y aurait également une histoire du nombre d'écailles ventrales différent selon le sexe, mais il pourrait varier selon les sous-espèces et les individus, bref, restons sur les caractères bien plus visibles à l’œil nu sans avoir à manipuler la pauvre bête !

Une femelle (à gauche) et un mâle (à droite)

L'aire de répartition du lézard ocellé s'étend du Nord-Ouest de l'Italie jusqu'au détroit de Gibraltar, en passant par le Sud de la France (Provence, Languedoc-Roussillon, vallée du Rhône), l'Espagne et le Portugal. Il est aussi présent localement dans le Massif central et dans les Landes et la Gironde.
Ce reptile affectionne les milieux ouverts et ensoleillés, principalement les garrigues et les pelouses rocailleuses parsemées d'arbustes. Il peut ainsi trouver refuge dans les terriers de lapins abandonnés ou dans les anfractuosités de la roche, où il peut aussi se nourrir et réguler sa température interne. En effet, l'ombre et l'hygrométrie apportées par l'abri permettent par exemple d'abaisser sa température corporelle.
Ah et puisqu'on parle de bouffe, que mange-t-il exactement ? Le lézard ocellé est essentiellement insectivore, il se nourrit principalement de Coléoptères, d'Orthoptères (criquets, sauterelles, grillons) et autres insectes. Mais, ne nous le cachons pas, s'il a la possibilité de se mettre un escargot, une limace ou une araignée sous la dent, il le fera ! De même, si l'opportunité se présente à lui, il peut se sustenter de quelques fruits comme ceux du Genévrier, par exemple, un arbuste commun dans les garrigues, mais pas seulement ! Egalement de quelques petits rongeurs, d'oisillons, d'amphibiens ou de petits reptiles. Enfin, il arrive aux adultes de se nourrir de quelques juvéniles qui auraient le malheur de croiser leur chemin... Excellent.

Exemple de milieu fréquenté par le lézard ocellé

Il est vrai que la présence de galeries ou de trous dans les roches puissent les protéger face à des attaques furtives de Circaètes Jean-le-Blanc (Circaetus gallicus), de Buses variables (Buteo buteo) ou de Milans noirs (Milvus migrans) qui roderaient dans les airs ou encore des Couleuvres de Montpellier (Malpolon monspessulanus) qui vadrouilleraient dans les parages... De même, certains animaux plus opportunistes, tels que les sangliers ou les rats, pourraient aussi s'en nourrir. En fait, comme de nombreux reptiles, le Lézard ocellé est au centre de la chaîne alimentaire. S'il venait à disparaître, il en découlerait quelques conséquences écologiques importantes...

En France, les populations de ce lézard sont en déclin, comme le montrent certains chiffres. Sur les 3 dernières générations (15 à 18 ans), la population nationale aurait connu une réduction de 30%. Certaines populations historiques se sont même éteintes à quelques endroits, c'est le cas de l'île de Porquerolles... Les raisons de cette diminution drastique de l'effectif à l'échelle nationale sont multiples. Parmi elles, les principales causes sont la fragmentation de son habitat due à l'urbanisation des zones naturelles et la fermeture progressive des milieux (par la reforestation par exemple). Mais c'est pas tout ! Ces dernières années, les populations de lapins de Garenne ne cessent de décroître, du fait de l'urbanisation et des maladies virales (comme la myxomatose). Or, si vous avez été attentif, précédemment, j'écrivais que Timon lepidus profitait malignement des terriers creusés par les lapins en guise d'abri. Et donc, moins de lapins > moins de terriers > moins d'abris > les lézards ocellés s'avèrent plus vulnérables... Un autre exemple, dans la plaine de la Crau cette fois, illustrant la diminution des effectifs de cette espèce de reptile en France concerne l'utilisation de vermifuges* par les éleveurs pour protéger leur bétail contre les parasites. Une fois le médoc' ingéré par le mouton, ses fèces sont contaminées et inévitablement consommées par des Coléoptères coprophages*, constituant un élément essentiel du régime alimentaire du Lézard ocellé. Voilà ce dernier contaminé aussi...
A tout cela s'ajoute le ramassage illégal du lézard pour décorer les terrariums.
Bref, tous ces phénomènes expliquent de façon évidente la décimation des populations du Lézard ocellé. Pour tenter d'y remédier, un Plan National d'Action (PNA) a été élaboré dans l'optique de restaurer les populations viables.
Ainsi, le Lézard ocellé est considéré comme "quasi-menacé" (NT) sur la liste rouge mondiale de l'UICN au niveau européen et "vulnérable" (VU) sur la liste rouge française.

Lézard ocellé (Timon lepidus)
Selon les scientifiques, il existerait en Europe 4 sous-espèces de Timon lepidus, c'est-à-dire des groupes d'individus qui échangent très peu de gènes entre eux (ie qui se reproduisent très peu entre eux). Ainsi, la sous-espèce la plus commune, que l'on croise en France, en Italie, et dans la grande partie de la péninsule ibérique, est Timon lepidus lepidus. Les autres sous-espèces se trouvent au Sud-Est de la péninsule ibérique et au niveau de la Galice. La dernière, quant à elle, est endémique d'une île de la Galice.

Voilà, j'espère vous avoir appris quelques choses sur ce joli lézard à l'apparence si robuste mais si fragile en réalité. Protégeons-le !

A bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

Lexique :
- Amphisbène : reptile ressemblant à un serpent mais qui a un mode de vie fouisseur (sous terre !).
- vermifuge : ici, le vermifuge en question dans la plaine de la Crau est l'ivermectine, un médicament utilisé pour traiter les parasites comme la gale.
- coprophagie : traduit la consommation de matières fécales.

Sources :
- inpn.mnhn.fr/accueil/index
-inpn.mnhn.fr/docs/LR_FCE/Rapport-Eval-Reptiles-Amphibiens-metropole_Actualisee-16-01-2017.pdf
- www.cenlr.org/sites/www.cenlr.org/files/documenst_communs/rnrgg/Compte_rendu_Lézard_ocellé_RNRGG_2014.pdf
- photo lézards ocellés mâle et femelle : Gabriel Gonzalez (www.flickr.com/people/gaby1/).
- base de données des reptiles : reptile-database.reptarium.cz/
- Guide Delachaux des Amphibiens et Reptiles de France et d'Europe, de Speybroeck Jeroen (2018). Edition DELACHAUX & NIESTLE.
  

lundi 18 juin 2018

L'Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale)

Au bord des cours d'eau, des étangs ou des lacs, elles ne passent pas inaperçues. Prédatrices, vives, colorées, elles volent sans relâche pour chasser et surveiller leurs territoires. Je parle évidemment des libellules ! Enfin, en France, le terme "libellule" est légèrement ambigu. Parlons plutôt des Odonates, un ordre regroupant deux sous-ordres : les Anisoptères (ou libellules) et les Zygoptères (ou demoiselles). On reconnaît les libellules par la position horizontale de leurs ailes membraneuses au repos. En revanche, les demoiselles, plus grêles, possèdent les ailes, généralement, repliées au repos. 

Aujourd'hui, je vous présente une des nombreuses espèces de Demoiselles de couleur bleue : l'Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale). A première vue, il paraît très semblable aux autres espèces telles que l'Agrion mignon ou l'Agrion bleuissant et bien d'autres encore ! Cependant, mon but ici n'est pas de toutes les comparer, de peur que cela vous mélange les pinceaux mais plutôt de bien reconnaître notre cher et tendre Agrion de Mercure !

Agrion de Mercure (Coenagrion mercuriale) mâle


Pour bien le visualiser, je pense qu'il soit nécessaire que l'animal soit posé et immobile. Dans la limite du possible, tentez de le prendre en photo sous deux angles différents : une vue dorsale pour bien observer son long et fin abdomen et un second angle, cette fois, de profil pour bien observer, encore une fois l'abdomen, ainsi que son thorax. Et donc, s'il y a l'ombre d'un doute, vous pouvez "zoomer" sur la (ou les) photo(s) et vous rendre compte des détails bien spécifiques à la reconnaissance de cette espèce. C'est parti !


  • Comment reconnaît-on Coenagrion mercuriale ?  

Premièrement, assurez-vous que votre agrion bleu possède, en vue latérale, sur son thorax, un petit trait noir dans la zone centrale, comme le montre la photo ci-dessous. Ensuite, observez le second segment composant son abdomen, et remarquez qu'il est orné d'un motif évoquant le Dieu Mercure portant un casque à cornes, d'où le nom de l'espèce. Après cela, vous pourriez penser que la présence du motif "Viking" suffise à la détermination de l'espèce. Eh bien non ! Les dessins sur l'abdomen, d'un individu à l'autre, peuvent varier ! Nous devons donc baser notre identification sur d'autres critères plus pertinents comme les deux suivants. Voyez que le 8e segment est bleu et est suivi du 9e segment à moitié bleue et à moitié noire. De plus, si l'exercice des taches abdominales vous semble trop compliqué, fiez-vous à l'extrémité de l'abdomen de l'animal qui doit comporter, normalement, des protubérances anales à 4 pointes, que l'on appelle des cerques !
Quant à la femelle, elle est noire avec quelques reflets verts sur la tête et le thorax.


Les chiffres en rouge indiquent le numéro du segment. Par exemple, le segment 2 présente nettement le motif "casque de Viking".

  • Où trouve-t-on l'Agrion de Mercure ?  
Evidemment, si vous comptez la voir, il faut vous rendre dans une zone humide. Plus précisément, cette Demoiselle affectionne les milieux aux eaux oxygénées et faiblement courantes comme les ruisseaux, les ruisselets ou les fossés, jusqu'à 1 600 m d'altitude. Inutile de tenter de la photographier par temps de pluie, elle sort le bout de ses ailes lorsque le coin est ensoleillé. Vous pourrez l'observer probablement en train de chauffer son corps au soleil, posée sur un rocher ou une feuille. 

Concernant son aire de répartition, l'Agrion de Mercure est présent en Europe de l'Ouest et en Afrique du Nord. 
En France (et même en Europe), les populations sont plus denses dans les régions du sud, sûrement dû à l'ensoleillement plus important. En effet, Coenagrion mercuriale est très présent dans les régions s'étendant de la péninsule ibérique jusqu'à l'Italie, en passant par le Roussillon, le Languedoc et la Provence. Dans le Nord de l'Hexagone, les populations sont très localisées, en régression, voire absentes à l'extrême Nord du pays. En Belgique, en Allemagne ou en Suisse, l'espèce est peu fréquente aussi. 

  • Quel est son cycle de vie ? Sa biologie ? 
Les premiers insectes adultes, autrement appelés imagos, surviennent lors du mois d'Avril, quand la température extérieure est suffisamment douce pour déclencher leur émergence. Dans les régions situées plus au Nord, les Demoiselles adultes entrent en jeu plutôt lors du mois de Mai. Vient alors la période de maturation sexuelle des adultes, dans des zones assez éloignées des cours d'eau. Le mâle acquiert ainsi sa couleur définitive (bleu ciel et noir). Quelques jours passés, les imagos se rapprochent des zones humides où ont lieu les accouplements. Les mâles, contrairement à leurs semblables Anisoptères, ne sont pas territoriaux. En revanche, en ces temps de dévergondage, ils n'hésitent pas à se positionner en-haut d'une tige et guetter les femelles qui s'aventureraient sur "leurs" chemin. Ainsi, la copulation débute par la formation de tandems, le mâle maintenant la femelle bien immobile entre ses cerques, situés à l'extrémité de l'abdomen.

Accouplement en tandem : le mâle (en-haut) maintient la femelle (en-bas) entre ses cerques.

Une fois la semence de Monsieur injectée dans les œufs de Madame, le couple part à la recherche d'un coin où les déposer, généralement dans les tissus d'une plante hydrophyte*. A noter que la façon de pondre est assez drôle à voir, la femelle pouvant passer complètement en-dessous de la surface de l'eau, le mâle l'abandonnant lâchement...
Quatre semaines plus tard, les œufs éclosent, donnant naissance à des larves. Elles se développent alors durant deux années, les contraignant à hiberner pendant deux hivers ! Carnassières, elles se nourrissent de divers éléments tels que des zooplanctons, des micro-invertébrés, des larves d'autres insectes etc... Les larves se métamorphoseront alors en beaux imagos !

Ici, la larve d'un agrion jouvencelle (Coenagrion puella), très ressemblante à celle de l'agrion de Mercure.

  • Est-ce que l'Agrion de Mercure a un statut de protection ? 
Ce petit agrion figure, depuis 2006, parmi la liste rouge mondiale de l'UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature), depuis 2010 en Europe et depuis 2016 en France métropolitaine. Autant dire que Coenagrion mercuriale est une espèce à enjeu national et mondial, très vulnérable face aux activités humaines. De nombreux facteurs anthropiques sont à l'origine de la diminution des effectifs comme la perte et la destruction de son habitat. En effet, le pompage de l'eau menant à l'assèchement des cours d'eau, le boisement volontaire des ripisylves*, l'intensification des techniques agricoles liées à l'utilisation des pesticides, la pollution des eaux, le drainage massif et volontaire des cours d'eau sont les principales causes de la fragmentation des milieux qu'elle côtoie. Protégeons-les !

Voilà, j'espère que cet article vous a plu ! Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 


Lexique :
- plante hydrophyte : plante vivant partiellement ou complètement immergée sous l'eau. 
- ripisylve : bord des cours d'eau. 

Sources :
- DOMMANGET J.L. 1999 – Etudes scientifiques fondamentales et appliquées sur les libellules. Société Française d’Odonatologie. 
-  THOMPSON, D.J., PURSE, B.V. & ROQUETTE, J.R. (2003). Ecology of the Southern Damselfly, Cœnagrion mercuriale. Conserving Natura 2000 Rivers Monitoring Series No. 8, English Nature, Peterborough.
- HENTZ J-L, DELIRY C. & BERNIER C. (2011). Libellules de France, guide photographique des imagos de France métropolitaine. Gard Nature/GRPLS, Beaucaire, 200 pp.
- photo larve d'agrion jouvencelle : doris.ffessm.fr/Especes/Coenagrion-puella-Agrion-jouvencelle-1671

mercredi 30 mai 2018

La Mélitée du plantain (Melitaea cinxia)

Continuons notre petite balade naturaliste printanière et c'est au tour de la Mélitée du plantain (Melitaea cinxia) d'entrer sur la scène. Ce papillon aux allures élégantes fait partie de la famille des Nymphalidae, une famille très diversifiée avec plus de 5000 espèces à travers le monde ! Ce n'est pas rien. En Europe, seule une petite centaine de papillons a été répertoriée au sein de cette famille, dont 18, seulement, y sont endémiques (c'est-à-dire que nous les retrouvons nulle part ailleurs qu'en Europe !).
Les espèces de cette grande famille sont reconnaissables par leur large taille et leurs couleurs vives qu'elles arborent. Plus en détails, la partie inférieure de leurs antennes en massue (typiques des papillons de jour) est ornée de crêtes longitudinales. Enfin, une autre caractéristique concerne leurs pattes poilues, la paire antérieure étant courte et non fonctionnelle pour la marche... Concernant les chenilles, celles-ci sont colorées, épineuses et toxiques ! Leurs teintes très vives permettent d'éloigner leurs prédateurs !

Mélitée du plantain (M. cinxia)

  • Comment reconnaître la Mélitée du plantain ? 
M. cinxia se caractérise par ses ailes supérieures orangées parcourues par des traits bruns noirs plus ou moins marqués. Les ailes postérieures, tant dessus que dessous, sont décorées d'une rangée horizontale de points noirs. Les faces inférieures ont aussi l'allure d'un "damier", bien que les couleurs soient plus pâles (nous retrouvons, en effet, du orange et du blanc). Enfin, le bord externe des ailes est parcourue par une ligne blanche irrégulière. Notons également que les deux sexes sont semblables, il n'y a pas de dimorphisme sexuel.  
Quant à la chenille, elle est noire et épineuse, sa tête et ses pattes étant de couleur rouge foncé.

M. cinxia posé sur de l'ail sauvage
  • Y a-t-il un risque de confusion ?  
En France, au premier coup d’œil, il est possible de confondre la Mélitée du plantain avec d'autres Mélitées (comme M. trivia ou M. deione). Mais, en s'approchant de plus près, nous remarquons que la Mélitée du plantain est la seule à posséder la rangée de points noirs sur les ailes postérieures en plus de la ligne blanche bordant les ailes. Dans nos régions, il n'y a ainsi pas de risques de confusions


M. cinxia (à gauche) et M. trivia (à droite)

Toutefois, en-dehors de la France, la Mélitée Pont-Euxine (Melitaea arduinna) ressemble fortement à la Mélitée du plantain bien qu'elle soit plus rousse, plus grande et moins commune que cette dernière. De plus, vous ne risquerez de croiser la Mélitée Pont-Euxine que dans quelques zones très localisées du Sud des Balkans, des montagnes grecques et de la Turquie (et même la Russie !) alors que l'aire de répartition de la Mélitée du plantain est plus étendue.

  • Où et quand croiser la Mélitée du plantain ? 
Melitaea cinxia affectionne les pelouses sèches, les pâtures, les bords de cours d'eau, les bords de routes, les landes sableuses... bref, tous les type de milieux ouverts fleuris et ensoleillés ! Nous pouvons la retrouver jusqu'à 2000 mètres d'altitude !
En général, une seule génération émerge de début Mai à mi-Juillet. Cependant, dans le Sud, deux générations peuvent survenir : l'une en Mai-Juin et l'autre en Août-Septembre. On dit alors que cette espèce est bivoltine (il y a deux générations par an !). 
La Mélitée du plantain est très commune et répandue dans une majeure partie de l'Europe outre la Fennoscandie, l'Islande, l'Andalousie, le Sud du Portugal, la plupart des îles britanniques et méditerranéennes (Corse, Sardaigne...).



  • Quel est son cycle de vie ? 
Suite à l'accouplement dans le courant de Mai, les papillons femelles pondent sur plusieurs plantes, principalement des plantains (genre Plantago). Quelques jours plus tard, de très jeunes chenilles de
Grand plantain (Plantago major)
couleur beige émergent. Très vulnérables, elles tissent alors un gros cocon collectif de soie entre plusieurs branchages, permettant de se protéger face aux prédateurs (mantes religieuses, araignées...). Une fois qu'elles ont atteintes le dernier stade larvaire (elles sont alors noires, épineuses, avec la tête rouge), elles quittent le nid de soie puis, individuellement, s'enferment dans leur chrysalide. Une quinzaine de jours plus tard, en Août, des papillons adultes, issus alors de la seconde génération, en sortent. De plus petite taille que la première génération, les papillons accomplissent les mêmes rôles que leurs prédécesseurs. Les chenilles qui naissent alors s’apprêtent à entrer en diapause* et à hiverner durant la mauvaise saison, dans leur cocon de soie. En Février, elles partent se nourrir et continuent leur développement avant de devenir, au Printemps, de beaux papillons. Le cycle recommence...

Plusieurs chenilles (au stade larvaire avancé) dans leur nid de soie

  • La Mélitée du plantain, un modèle biologique dans la recherche  


Ce Lépidoptère a été utilisé en tant que modèle sur la survie des espèces (Hanski et coll.). Ces papillons forment d'amples métapopulations* dont la survie tient à l'équilibre entre phases de disparition et de recolonisation. La viabilité (ou survie) de ces populations décroît si la disparition des individus n'est pas compensée par l'émergence de nouvelles colonies. C'est pour cela que l'intensivité de l'agriculture avec l'utilisation des pesticides provoque la destruction de leur habitat. La distance entre deux colonies augmente alors, ce qui empêche les échanges d'individus entre sous-populations. Au final, un réel déséquilibre est mis en place, menant à la perte de l'espèce à court ou long terme. Cet accroissement des distances entre colonies est ainsi appelé "fragmentation écologique".
En Europe, bien que la Mélitée des plantains soit plutôt commune et abondante, les effectifs sont en constante diminution... 
Bref, il faudrait que les gouvernements agissent même si j'ai l'impression qu'il faudra attendre jusqu'à ce que les papillons aient des dents...!



J'ai réalisé ces clichés non loin de Méounes, dans le Var (83), en Mai 2018. 
Merci à vous et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !  

Lexique : 
- diapause : arrêt temporaire du développement des œufs, larves etc...
- métapopulation : ensemble de populations d'individus d'une même espèce séparés spatialement ou temporellement et interconnectées par dispersion (colonisation et recolonisation des territoires).  


Sources
- Guide Delachaux - Guide photo des papillons d'Europe. Haahtela T., Saarinen K., Ojalainen P. et Aarino H.
- article scientifique : Hanski I., Kuussaari M., Nieminen M. (1994). Metapopulation structure and migration in the butterfly Melitaea cinxia. Ecology ; 75 (3) : 747 : 762. 
- photo chenille : liliane.pessotto.pagesperso-orange.fr/melitaea-cinxia-chenille-girbelle-27-03-2006-l.html
- photo plantain : commons.wikimedia.org/wiki/File:Melitaea_trivia_-_male_04_(HS).jpg 

lundi 21 mai 2018

La Diane (Zerynthia polyxena)

Dans ce blog, vous remarquez la publication de nombreux petits articles portant sur les papillons. De un, ils me passionnent. De deux, il existe une large gamme de genres et espèces. Et de trois, ils sont plus facilement approchables que les oiseaux par exemple.
Aujourd'hui, je vous présente la Diane (Zerynthia polyxena), un magnifique papillon de nos contrées appartenant à la famille des Papilionidae. Nous avons déjà croisé cette famille dans un précédent article avec le Machaon que je vous invite à lire ou relire ! Les Papilionidae comprennent environ 550 espèces. Ils englobent les papillons les plus grands du monde (65 mm d'envergure moyenne !) et les plus impressionnants de par leurs couleurs qu'ils arborent. Au total, deux caractéristiques sont partagées par les espèces européennes de la famille. Elles possèdent, toutes, trois paires de pattes fonctionnelles et armées de griffes. De plus, le bord interne de leurs ailes postérieures est de forme concave. De même que les imagos*, les chenilles sont très colorées, traduisant alors un message d'alerte aux éventuels prédateurs qui s'en approcheraient. Et gare à eux ! Les chenilles disposent d'un mécanisme de défense actif consistant à dévaginer et brandir un appendice situé derrière la tête ! On appelle cette petite arme l'osmeterium. Si elles se sentent en danger, elles n'hésitent pas à le déployer, libérant alors une odeur fort nauséabonde. 

On voit en orange l'osmeterium sur la tête d'une chenille de Machaon (Papilio machaon)

  • Comment reconnaître alors la Diane ? Ce n'est pas bien compliqué, vous allez voir !

D'une envergure de 5 cm environ, Zerynthia polyxena est notamment reconnaissable par la face supérieure de ses ailes ornée de dessins en carreaux, alternant entre le jaune pâle et des taches noires plus ou moins anguleuses. Les ailes postérieures sont ponctuées de taches rouges alignées horizontalement. Quant à la face inférieure des ailes postérieures, elle est pourvue de motifs très similaires à ceux de la face supérieure mais de couleur plus fade. Enfin, la tête est de couleur rouge et dévoile de gros yeux noirs. 

Diane (Zerynthia polyxena) - Massif des Maures (83)


  • Pouvons-nous la confondre avec un autre papillon ?

Si vous n'êtes pas un naturaliste en herbe, il se pourrait que vous la confondiez avec la Proserpine (Zerynthia rumina). Quelques éléments les différencient. La Proserpine possède une tache quasi hyaline proche de l'apex de l'aile, de même que des taches rouges alignées sur la face supérieure de ses ailes antérieures. Choses que la Diane n'a pas ! Nous pouvons aussi noter la couleur plutôt noire de la tête de Z. rumina. Bref, il suffit de se rapprocher de l'animal et la distinction se fait naturellement. 

Proserpine (Zerynthia rumina). Nous voyons bien la petite tache grisâtre (hyaline) au niveau de l'apex de l'aile


  • Où et quand la croiser ? 

En France, vous l'apercevrez seulement dans le Sud, notamment dans les Alpes, en Provence et une petite partie du Languedoc. Dans le reste de l'Europe, elle est présente dans toute l'Italie et les Balkans (principalement en Grèce et en Turquie). La Diane affectionne divers habitats plutôt secs et buissonnants à basse altitude, les prairies et les ravins. C'est depuis la fin du mois de Mars jusqu'à la fin du mois de Mai que vous pouvez l'observer, avec un pic d'abondance durant le mois d'Avril.  

  • Et son cycle de vie ? 

Suite à l'accouplement, la femelle dépose des œufs sur des plantes de la famille des Aristolochiaceae. Particulièrement, l'Aristoloche à feuilles rondes (Aristolochia rotunda) constitue sa plante favorite !
D'ailleurs, cette famille de plantes sécrète des substances très toxiques à base d'acide aristolochique. Cette stratégie menant à pondre les œufs sur les plantes toxiques permet de repousser les prédateurs herbivores et de les protéger, ainsi. En effet, ces sécrétions sont très cancérigènes, et perturbent particulièrement le fonctionnement des reins des animaux ! Après l'éclosion, les chenilles de couleur marron-clair restent quelques jours sur la plante-hôte puis entament leur nymphose sur un brin d'herbe ou une écorce. Au Printemps suivant, la chrysalide laissera apparaître le magnifique papillon à l'état adulte ! Il partira butiner et commencera un nouveau cycle. Ainsi va la vie... 

Oeufs de Diane


Chenille assez développée de Diane


Attention, la Diane est strictement protégée en Europe, selon l'annexe 2 de la Convention de Berne ! Ainsi, il est complètement interdit de perturber son déplacement, dégrader son milieu naturel. Respectons-la ! 
Voilà, j'espère que cet article naturaliste vous a plu ! Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 

Diane



Lexique :
- imago : stade adulte chez les Insectes.

Sources :
- paca.lpo.fr
- Guide Delachaux - Guide photo des papillons d'Europe. Haahtela T., Saarinen K., Ojalainen P. et Aarino H.
- www.lepinet.fr/especes/nation/lep/index.php?id=29220 (photo Proserpine)
- www.pinterest.fr/pin/245868460886179164/ (photo osmeterium)

lundi 23 avril 2018

La Miramelle des moraines (Podisma pedestris)

Cela fait un petit moment que je n'ai pas sorti un article naturaliste ! Aujourd'hui, je vous présente un insecte de l'ordre des Orthoptères. Non, ce n'est pas un gros mot. Les Orthoptères (en grec "Orthos" veut dire "droit" et "ptéron" signifie "aile") regroupent les criquets, les sauterelles et les grillons. Tout d'abord, mettons les choses au clair ! Comment ne plus faire la confusion entre les criquets (Caelifères) et les sauterelles et grillons (Ensifères) ? Très simple. Les Criquets portent au sommet de leur tête une paire d'antennes courtes et épaisses tandis que les sauterelles et les grillons possèdent des antennes plus longues et fines. Ensuite, pour différencier les deux Ensifères, il faut se fier aux ailes au repos. Celles de la sauterelle sont situées latéralement le long du corps alors que le grillon porte les ailes à plat au-dessus de son abdomen. De plus, le bout de l'abdomen des grillons est terminé par deux cerques (des sortes de prolongements du corps légèrement courbés selon les espèces).

A présent, les idées bien claires, je peux entamer cette petite présentation de la Miramelle des moraines (Podisma pedestris). Désormais, étant vous-même des pros de la détermination des Orthoptères, vous reconnaîtrez sur les photos ci-dessous qu'il s'agit bien d'un criquet ! En effet, nous remarquons bien les antennes plutôt raccourcies. C'est pour cela qu'il porte aussi le nom de Criquet des moraines ou bien Criquet marcheur.
Pour comprendre la seconde partie de son nom vernaculaire*, il faut faire un petit peu de géologie.
Les moraines sont simplement des amas de débris rocheux, érodés et transportés par un glacier. Et l'on comprend cette appellation lorsque l'on voit quels milieux fréquente Podisma pedestris. En effet, cet insecte affectionne les environnements montagnards très rocheux, à végétation parsemée. Ces milieux secs et ensoleillés, durant la période estivale, permettent de réchauffer son corps, très rapidement.     

Podisma pedestris mâle prenant le soleil sur un rocher
Chez cette espèce d'Orthoptère, on distingue très bien le mâle de la femelle. On parle alors de dimorphisme sexuel bien marqué. En plus d'être plus petit que la femelle (20 mm environ contre 27 mm pour l'autre), le mâle arbore des couleurs plus vives. Son abdomen est jaune, rayé d'épaisses bandes noires transversalement. Ses pattes postérieures, adaptées au saut, sont rouge vif avec quelques raies légèrement bleutées. Les femelles sont plus ternes que les mâles. De plus, on peut apercevoir de petites "plaques" brunes sur la zone de séparation entre le thorax et l'abdomen correspondant à de petites ailes qui ont régressé au cours de l'histoire évolutive de cette espèce, sans doute dû à une activité de marche prédominante sur le vol.

Et là, c'est une grosse femelle ! 

La miramelle des moraines est présente dans tous les massifs montagneux européens sauf les chaînes scandinaves et les pays baltes. Vous pourrez l'apercevoir principalement entre mi-Juin et Novembre, lors de vos randonnées, par exemple. Au début de l'été, la femelle pond, à l'aide de son court ovipositeur* quelques œufs dans un sol dénudé de toute végétation. En fonction des conditions environnementales, qui peuvent être rudes même en plein été à la montagne, les œufs ont la capacité de stopper leur développement et de rester, ainsi, au stade embryonnaire durant plusieurs années ! Les œufs écloront alors lorsque les conditions extérieures seront propices à la survie des larves qui en sortiront. Les "petits" passeront alors par 5 stades larvaires avant d'atteindre la forme adulte.  

Accouplement entre une femelle et un mâle Podisma pedestris
 
La miramelle des moraines, comme tous les criquets, est herbivore. Elle se nourrit essentiellement de Poacées, une famille de plantes à fleurs comprenant notamment ce que l'on appelle les "herbes" et les céréales. 
Chez les criquets, l'exploitation de ces végétaux leur est notamment permise par la structure de leurs pièces buccales, qui sont de type broyeur. Le labre, en forme de pelle, permet de pousser les aliments vers les autres pièces buccales. Leurs deux mandibules solides et développées ont pour rôle de découper les tiges et les feuilles des plantes puis de les broyer. Les deux maxilles, en plus de jouer un rôle sensoriel, permettent de poursuivre la trituration des aliments. Enfin, le labium, situé plus postérieurement, possède aussi un rôle sensitif.  

Pièces buccales broyeuses du criquet (Caelifère)
Voilà, j'espère que ce petit article vous aura plu ! Je fais ces petits articles dans le but de vous initier (si ce n'est pas le cas) au naturalisme. Lors d'une randonnée estivale en montagne, vous pourrez désormais poser un nom sur ce joli petit criquet coloré, probablement en train de striduler* !  

Merci pour votre visite et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 



Lexique :
- nom vernaculaire = nom commun = nom français
- ovipositeur = chez les Insectes, organe situé à l'extrémité de l’abdomen de la femelle permettant de déposer les œufs dans un substrat.
- stridulation = son produit par le frottement des fémurs des pattes postérieures sur les ailes postérieures. 


Sources :
- www.orthoptera.ch/arten/item/podisma-pedestris
- inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/66235
- passion-entomologie.fr
- Biologie tout-en-un, BCPST 1, éditions Dunod. 
- www.insectes.org

lundi 16 avril 2018

Le Big-Bang de la Vie

La vie. Un sujet qui en intéresse bien plus qu'un. Pourtant, elle a beau attirer tous les regards, elle demeure toujours un mystère. A l'heure où j'écris, on ne sait pas encore comment, où et quand la vie est apparue sur Terre. Enfin, nous n'avons pour l'instant formé que des hypothèses qui se basent sur des fragments de découvertes. Qu'à cela ne tienne, les scientifiques se mettent d'accord que la vie a fait son apparition il y a au moins 3,5 milliards d'années sur Terre. Par quel moyen ? Nous parlerons de cela dans un prochain article. Là, n'est pas la question.
Cependant, ce que l'on pense savoir est que, à cette époque, la vie se réduisait à de microscopiques organismes unicellulaires, c'est-à-dire constitués d'une seule cellule. Les premiers organismes étaient alors des bactéries, plus précisément des cyanobactéries qui peuplaient le milieu aquatique. Et ces minuscules êtres-vivants ont occupé une place écologique très importante, sans doute l'une des plus importantes que la Terre ait connue ! En effet, les cyanobactéries ont la capacité de pratiquer la photosynthèse. Elles peuvent convertir l'énergie solaire (les photons) en énergie chimique en fixant du dioxyde de carbone (CO2) et en libérant du dioxygène (O2) dans l'atmosphère. Du DIOXYGÈNE. Il y a 2,45 milliards d'années, les cyanobactéries ont été responsables de la Grande Oxydation, c'est-à-dire une soudaine augmentation de la quantité d'O2 dans l'air. Cette disponibilité croissante du dioxygène dans l'atmosphère permet d'améliorer considérablement les performances énergétiques de ceux capables de le métaboliser. A cela s'ajoute la formation d'une couche protectrice d'ozone (via les molécules d'O2) enveloppant notre planète. Elle permet alors d'absorber les rayons UV nocifs pour les organismes vivants. La température de l'atmosphère augmente peu à peu. Ainsi, toutes les conditions physico-chimiques favorables au développement de la vie sont réunies.

On voit bien que la concentration en dioxygène (O2) a augmenté brusquement ! 

Au fil des millions d'années, des formes plus complexes font leur apparition. C'est le cas des organismes pluricellulaires qui émergent il y a 2,1 milliards d'années. Le temps passe alors, certaines formes apparaissent et perdurent, d'autres disparaissent...
C'est alors que les premiers animaux (qui sont tous des êtres pluricellulaires) mettent le premier pas sur la scène de la vie il y a 600 millions d'années environ.  Vous vous demandez probablement en lisant cet article quelles preuves ont été mises en avant pour prouver cette datation...
Dans les années 1940, un géologue australien, Reginald Sprigg, a découvert dans les collines Ediacara, en Australie, une multitude de fossiles aux formes étranges de tubes ou de feuilles. Ces fossiles d'organismes font donc partie des plus anciens organismes pluricellulaires connus ! Ils s’avéraient assez rudimentaires d'un point de vue anatomique. Ils ressemblaient fortement aux méduses actuelles, des animaux à symétrie radiaire, c'est-à-dire qui possèdent seulement une face orale et une face anale. Ainsi, nous avons appelé cet assemblages d'organismes à corps mou la Faune de l'Ediacarien (ou faune d'Ediacara).


Dickinsonia est l'un des emblèmes fossiles de la faune d'Ediacara
Cependant, ces genres fossiles ne sont pas spécifiques à l'Australie. Les paléontologues ont découvert des organismes similaires en Namibie comme Namacalathus, l'un des plus anciens métazoaires* squelettiques connus ou bien Charnia en Grande-Bretagne, une sorte de corail.

D'abord classé parmi les algues, Charnia serait finalement un animal même si rien n'est sûr ! 
 Finalement, tous ces assemblages d'organismes fossiles précambriens proviendraient de différentes régions du monde correspondant pour la plupart à des environnements marins peu profonds.

Continuons notre petit voyage dans le lointain passé alors qu'une vie foisonnante et grouillante se déploie ! J'ai même envie de dire que des animaux organisés de façon plus complexe apparaissent, présentant notamment une symétrie bilatérale cette fois ! Autrement dit, ces animaux possèdent un "avant", un "arrière", une face dorsale et une face ventrale (comme nous !). Des appareils fonctionnels se développent aussi tels que le tube digestif ou le système nerveux. A partir de ce moment, ces nouveaux spécimens sont plus mobiles, perçoivent davantage leur environnement (notamment avec l'apparition des yeux !). On appelle cette émergence soudaine de multiples embranchements animaux : l'explosion cambrienne. Si on décortique l'expression, elle veut dire qu'une multitude d'espèces animales est apparue lors de la période du Cambrien (entre -540 millions d'années et -530 millions d'années !). Et c'est la faune de Burgess qui reflète cette fois l'incroyable diversité animale qui a émergé lors du Cambrien ! De même que pour la faune d'Ediacara, celle de Burgess, située au Canada cette fois, est un assemblages d'organismes fossiles bien conservés dans des strates de schistes. Pour la petite histoire, c'est en 1909 qu'un géologue américain, Charles Walcott, découvre, par hasard, cette merveilleuse faune. En effet, suite à une importante tempête de neige, en dégageant le passage pour le cheval de sa femme, Charles fendit une roche révélant un bel exemplaire d'Arthropode qu'il nomma le "Crabe-dentelles" du fait de l'apparence de l'animal. Bon, il s'agit peut-être d'une anecdote légèrement exagérée... Quoiqu'il en soit, notre cher Walcott a découvert dans les Montagnes Rocheuses de la Colombie britannique au Canada des fossiles totalement exceptionnels enfouis dans les schistes de Burgess.

Voilà le "crabe-dentelles" (Marrella splendens)
On a pu y découvrir de nombreux genres représentatifs de multiples embranchements actuels. Parmi ceux-là, de nombreuses espèces de la star des fossiles ont été retrouvées dans les schistes de Burgess. Vous les connaissez peut-être, ce sont bien les Trilobites. Ce sont des Arthropodes (le groupe rassemblant les crustacés, insectes, araignées et compagnie) qui se sont éteints il y a 250 millions d'années (à la fin du Permien) et que l'on reconnaît facilement. Ils sont caractérisés par une carapace (un exosquelette) très rigide, leur corps étant subdivisé en trois parties bien distinctes : le céphalon (la "tête") comportant notamment des yeux fonctionnels, le thorax constitué de plusieurs segments et le pygidium (la "queue"). Pour la plupart des espèces répertoriées (plus de 18 000 !), leur mode de vie était benthique, c'est-à-dire qu'ils côtoyaient les profondeurs des mers et océans, à la recherche de quelques autres petits invertébrés (tels que des vers) à se mettre sous la dent (enfin, ils n'avaient pas de dent...).

Une espèce de Trilobitiforme
Reconstitution de Sidneyia
 Certaines découvertes fossiles nous permettent d'établir des hypothèses sur le fonctionnement des chaînes trophiques* du Cambrien. Harry Whittington et son équipe ont pu réaliser des dissections d'organes d'organismes fossiles. C'est en pratiquant cette méthode que certains petits trilobites et quelques Mollusques ont pu être retrouvés à l'intérieur du tube digestif d'un autre animal, celui de Sidneyia, un autre Arthropode marin carnivore.

En fait, les animaux retrouvés dans le contenu digestif d'un autre permettent de construire peu à peu des chaînes et des réseaux alimentaires. Les traces et empreintes laissées sur les sédiments permettent de renseigner sur le mode de vie des organismes. Bref, chaque léger indice apporte une grande information quant au fonctionnement des écosystèmes marins de cette époque.

Mais, tout cela soulève plusieurs questionnements. Comment ces organismes fossiles ont pu être si bien conservés ? Pourquoi pouvons-nous retrouver des corps mous de bonne "qualité" alors que, par habitude, seules les parties "dures" des organismes sont conservées (comme les os) ? Comment certains organes ont-ils pu rester si intacts ? D'ailleurs, cette branche de la paléontologie qui cherche à comprendre le processus de fossilisation des corps porte un nom, c'est la taphonomie. D'après les spécialistes, ces schistes se seraient formés suite à de fortes coulées de boues qui ont enseveli rapidement les animaux qui vivaient à la base du récif. La boue pénétra alors dans les organes des bébêtes, et grâce à de fines couches de sédiments, ils se séparèrent du corps dans différents micro-niveaux. Ce phénomène explique le fait d'observer des organismes en structure tridimensionnelle bien conservée. De plus, la compression des strates de sédiments sous l'effet de la boue, a chassé l'O2 à l'extérieur (comme si l'on appuyait sur une éponge remplie d'air). Cette exposition plus faible au dioxygène a ralenti la décomposition des organismes et permis une bonne conservation de la forme des tissus mous. Bref, tous ces processus physico-chimiques ont permis de conserver plus de 65 000 spécimens appartenant à 120 espèces différentes !
Vous comprendrez pourquoi je ne peux pas passer en revue chacune de ces espèces (même si cela s'avère particulièrement passionnant !).

Mais, je dois tout de même vous parler de Pikaia gracilens (non, ce n'est pas le nom d'un Pokémon), une espèce de Céphalochordé* fossile qui a l'aspect d'une anguille. Il semblerait qu'un animal, semblable à Pikaia, soit l'ancêtre de tous les Vertébrés actuels. En d'autres termes, les poissons, amphibiens, reptiles, Oiseaux et Mammifères descendraient de cet organisme allongé ressemblant à un ver. En effet, il paraîtrait que Pikaia soit composé d'une chorde, c'est une structure allongée cartilagineuse présente à l'état embryonnaire, se développant en colonne vertébrale (sauf chez les Lamproies et les Myxines*). Or, les Vertébrés font bien partie du groupe des Chordés, ils présentent une chorde ! Le seul "hic" qui laisse penser que Pikaia n'est pas un Vertébré est la présence de petits tentacules étranges inhabituels... Affaire à suivre !


Pikaia gracilens
Une espèce de Céphalochordé, très similaire à Pikaia gracilens


         











En outre, depuis le début du XXème siècle, la carrière des Schistes de Burgess n'a pas été la seule carrière à dévoiler de si beaux fossiles du Cambrien ! D'autres gisements fossilifères dans le monde ont été dénichés révélant, de nouveau, une importante diversité d'organismes fossiles appartenant à des Embranchements inconnus ou actuels ! C'est le cas de nombreuses carrières au Groenland, en Australie et en Chine avec le célèbre site fossilifère de Chengjiang où a été retrouvé le fossile d'un des plus anciens vertébrés aujourd'hui connus. Le dénommé Myllokunmingia. Un genre de "poisson" ressemblant à nos myxines actuelles.

Reconstitution de Myllokunmingia

Après avoir observé, les yeux étincelants, quelques spécimens fossiles retrouvés dans tous ces endroits du monde, nous sommes à même de nous demander quelles sont les causes de cette frappante diversité. Hé bien, un des grands mystères de la paléontologie qui plane toujours aujourd'hui est la raison de ce Big-Bang de la diversité animale. Nous ignorons encore les causes de cette soudaine augmentation du nombre d'espèces à cette époque... Cependant, plusieurs hypothèses ont été mises en avant. Bien sûr, comme nous l'avons cité au début de cet article, l'augmentation de la concentration en O2 dans l'atmosphère a probablement joué un rôle central. Ensuite, le facteur du hasard a sûrement apporté sa pierre à l'édifice ; les mutations génétiques, qui sont des modifications de l'ADN héritables et purement aléatoires ont permis à bon nombre d'organismes de développer des adaptations morpho-anatomiques leur permettant de faire face aux multiples contraintes environnementales (l'apparition des yeux pour la chasse, l'apparition de la chorde pour la nage etc...).

Bref, j'espère que cet article plutôt mystérieux vous a fait prendre conscience que la nature est véritablement un beau bordel. Moult formes animales sont apparues, ont disparu, sont réapparues différemment... Elles ont évolué sous l'effet des mutations génétiques et de l'environnement. Dit d'une façon moins "scientifique", c'est comme si l'évolution avait expérimenté tout un tas de nouveautés pour faire face aux contraintes de l'environnement. Nous nous retrouvons ainsi face à des animaux complètement étranges dignes de scénarios de sciences-fiction !

Bon c'est très artistique mais voilà à quoi pouvait ressembler un écosystème marin au Cambrien ! 


Voilà, j'espère que cet article vous a plu, j'espère aussi qu'il n'a pas été trop technique ! Je voulais vraiment vous faire connaître, si cela n'avait jamais été fait, les faunes d'Ediacara et de Burgess qui témoignent de l'explosion de la diversité animale à cette époque. Cependant, sachez que la paléontologie est l'une des sciences qui est sans cesse révolue. Tout peut changer au fil des années et des progrès technologiques. Par exemple, la découverte d'un fossile peut tout bouleverser dans l'ordre des choses établies. C'est pour cela qu'il est dangereux d'émettre des lois fondamentales en paléontologie (et même en sciences). La science est sans arrêt mise au goût du jour. Lorsqu'on lit un bouquin scientifique, il faut, préalablement, se renseigner sur sa date de publication car lire des choses trop anciennes peut s'avérer finalement contre-productif...

Merci à tous de l'avoir lu et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 



Lexique :
- métazoaire = animal
- schiste : type de roche sédimentaire formé par des particules d'argile et de limon.
- chaîne trophique = chaîne alimentaire
- Céphalochordé : en gros, c'est un groupe rassemblant des animaux ressemblant à des poissons mais organisés de façon plus rudimentaire. Ce ne sont pas des Vertébrés !
- Myxines : ce sont des vertébrés aquatiques, allongés, sans mâchoires qui vivent dans les profondeurs des océans se nourrissant d'organismes en décomposition.

Sources :
- Histoire pittoresque de la paléontologie, Babin C et Gatet M, édition ellipses.
- Nature, vol. 530, pages : 268-270, February 18th 2016.   
- Intraspecific variation in an Ediacaran skeletal metazoan : Namacalathus from the Nama group, Namibia, Penny AM, Wood RA, Zhuravley AY, Curtis A, Bowyer F, Tostevin R - Geobiology, 2017, 15, 81-93.
- Pikaia gracilens Walcott : stem chordate, or already specialized in the Cambrian, Mallatt J et Holland N., Journal of experimental technology, part B, Molecular and Devlopmental evolution. 2013 June, 320(4), 247-271.
- wikipedia.org
- www.futura-sciences.com
- www.hominides.com
- "l'explosion cambrienne et les schistes de Burgess" - Sciences étonnantes (Youtube)
- http://godfra.chez-alice.fr/Docshv/docshv.html (photo de l'écosystème marin cambrien)

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