dimanche 10 février 2019

Quand mouflon rime avec boxon !

Savez-vous ce qu'est un mouflon ? Peut-être avez-vous l'idée d'un gros mouton. C'est à peu près cela ! Les mouflons, au sens strict, appartenant au genre Ovis, sont des ovins ruminants qui peuplent une majeure partie de l'hémisphère Nord. Etant pourtant des mammifères assez communs (quoique cela dépend des espèces), la systématique* des mouflons est encore discutée...

Femelle et son petit

Sans certitude, la communauté scientifique pense qu'il existe 7 espèces appartenant au genre Ovis.
Par exemple, on trouve le mouflon canadien (Ovis canadensis) en Amérique du Nord, le mouflon des neiges (Ovis nivicola) en Sibérie ou encore le mouflon occidental (Ovis orientalis ou Ovis gmelini) qui vit au Sud-Ouest de l'Eurasie (Méditerranée et Moyen-Orient). Sur le schéma ci-dessous, nous pouvons voir qu'il existe deux groupes de mouflons. Les Pachycériformes regroupent les mouflons sibérien et américains. Le second groupe, les Asiatiformes, représente les Argaliformes (Ovis ammon) et les  Moufloniformes (Ovis orientalis et Ovis vignei). C'est ce dernier groupe qui est le plus compliqué à aborder en terme évolutif.

Pour comprendre un peu mieux comment sont rangées les espèces de mouflons
Ces espèces actuellement définies se distingueraient sur la base de leur caryotype (arrangement et nombre de chromosomes), de leur morphologie et de leur répartition géographique. La difficulté de dissocier certaines espèces et donc de bien les ranger dans des casiers évolutifs bien distincts s'explique par les nombreuses radiations* que ce groupe a subies, les croisements entre espèces et la domestication de certaines d'entre elles. Un vrai boxon évolutif, finalement ! 

Grossièrement, d'après notamment les travaux de Hamidreza Rezaei en 2011, le genre Ovis serait originaire du continent asiatique. Certaines populations auraient migré en Amérique du Nord via le Détroit de Béring, expliquant l'émergence progressive d'une espèce de mouflon au Canada et aux Etats-Unis. Puis, le genre Ovis se serait diversifié en Eurasie entre 3 et 5 millions d'années.
Quant au mouton, il n'est pas étonnant qu'il ressemble fortement au mouflon. Les analyses de l'ADN mitochondrial (cytochrome b*) et de l'ADN nucléaire ont permis de démontrer l'origine de Dolly et ses amis. Ainsi, le mouton, Ovis aries de son joli nom, a été domestiqué à partir de souches sauvages de mouflons occidentaux (Ovis orientalis) originaires du Moyen-Orient il y a 10 000 ans environ.

Mais, comme je vous le disais quelques lignes plus haut, c'est l'origine du mouflon européen qui a longuement été débattue. A ce jour, seule une hypothèse semble tenir debout. Histoire que tout le monde comprenne, reprenons. La dénomination de mouflon européen est attribuée aux populations occidentales de l'Europe : celles de Corse, de Sardaigne et de Chypre. D'après les analyses génétiques, ces populations insulaires seraient issues de l'espèce asiatique Ovis orientalis qui aurait été domestiquée (donnant le mouton, comme dit plus haut) puis relâchée à l'état sauvage sur ces îles méditerranéennes. Ce phénomène de retour à l'état naturel se nomme le marronnage. Pour la petite anecdote, ce terme désignait la fuite d'un esclave hors de la propriété de son maître en Amérique durant l'époque coloniale. L'échappé était donc appelé marron !
Bref, revenons à nos mouflons ! En 2000, les personnes de l'IUCN, qui se chargent de donner un nom scientifique à chaque espèce (le Taxonomic Working Group pour les intimes), ont donc attribué le rang de sous-espèce d'O. orientalis à ces populations européennes insulaires. Les mouflons de Corse et de Sardaigne sont alors appelés Ovis orientalis musimon

Ainsi, la famille des mouflons englobe une ribambelle d'espèces dont la distinction se fonde sur des caractères morphologiques, génétiques et géographiques. Du fait des multiples étapes de migrations, hybridations ou domestication, la classification des mouflons peut rapidement devenir un casse-tête. Alors, pour éviter que vous attrapiez une migraine en lisant cet article, nous basculons tout de suite vers la seconde partie de cet écrit. Parlons alors du mouflon corse qui, vous allez voir, est assez stupéfiant.

Par exemple, ce mouflon semble être mort
à l'âge de 4 ans environ (Source : oncfs)
Le mouflon corse est l'un des plus petits mouflons d'Eurasie. Comme tous ses cousins, le mâle se distingue de la femelle par la présence systématique de cornes qui s'enroulent au cours de sa vie. D'ailleurs, on peut déterminer l'âge approximatif de la bête en analysant la forme et l'enroulement de ses cornes.

En vous fiant à son nom, peut-être pensez vous que le mouflon corse (Ovis orientalis musimon) se retrouve exclusivement sur l'île de beauté. Que nenni ! Depuis le 19ème siècle, l'Homme a expérimenté de nombreuses introductions du mouflon corse à travers le monde, très souvent couronnées par un succès, c'est-à-dire menant à une pérennité des populations introduites. Il a donc échantillonné quelques individus corses pour les lâcher dans une autre région ! De ce fait, nous pouvons croiser le chemin du mouflon corse dans les Pyrénées, dans le Haut-Languedoc, dans les Alpes-Maritimes, en Belgique, sur les îles Kerguelen ou même à Hawaii ! Le plus étonnant est qu'il s'adapte facilement aux changements de température et aux différents environnements. En revanche, d'après Darmon et ses collaborateurs (2007), la capacité de colonisation de ce mouflon est très faible comparée à celle d'autres ongulés tels que le cerf élaphe (Cervus elephus) ou bien le chamois (Rupicapra rupicapra). C'est une espèce assez sédentaire couvrant des petites aires de répartition.

En Corse, les populations stagnent, voire diminuent depuis quelques années pour certaines raisons : braconnage, incendies accidentels répétés, perturbations par les activités touristiques... C'est ce qui explique la mesure prise par l'Etat et l'ONCFS (Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage) interdisant la chasse du mouflon ! Ailleurs en France, la chasse y est autorisée.



En général, le mouflon corse se rencontre entre 300 et 2500 mètres d'altitude, dans des milieux très rocailleux, souvent difficilement accessibles par l'Homme. Durant le printemps et l'été, il a tendance à monter en altitude et cherche à s'abriter du soleil, dans les cavités rocheuses ou dans la dense végétation par exemple. En revanche, pendant la saison hivernale, il tente d'échapper à la neige, côtoyant alors des zones plus basses en altitude. Un petit conseil pour pouvoir approcher les animaux de plus près est d'aller à leur recherche au moment du rut (période d'activité sexuelle pendant laquelle les mouflons vont chercher à s'accoupler), notamment au mois de Décembre ! Les mâles sont davantage occupés à convaincre une femelle pour l'accouplement plutôt qu'à surveiller les éventuels prédateurs (l'Homme, le loup en France métropolitaine...) qui rôderaient autour de ceux-là.
Si vous habitez l'île des figatelli et de la bière à la châtaigne, sachez que deux noyaux principaux de populations de mouflons existent : l'un se trouve au  Nord au niveau du massif du Cinto, et l'autre autre au Sud vers les aiguilles de Bavella.

Cependant, si vous vivez sur le continent (comme moi), vous avez d'autres opportunités pour tenter d'aller observer et photographier le mouflon corse. Par exemple, des collègues et moi-même nous sommes rendus dans le massif du Caroux dans le parc naturel régional du Haut-Languedoc, dans l'Hérault. Et nous sommes parvenus à en voir une vingtaine en deux jours !

Type de paysage observable dans le massif du Caroux - saison hivernale
Pour la petite histoire, c'est en 1956 que deux mâles et deux femelles de mouflons corses ont été lâchés dans le massif de Caroux-Espinouse pour la première fois. Ce milieu de moyenne montagne est relativement similaire à celui de la Corse : des pentes abruptes, des éboulis, de la végétation rase, des forêts, le climat... Bref, le cocktail parfait  ! Depuis, de nouvelles vagues d'introductions se sont réalisées expliquant l'augmentation des effectifs de cet ongulé.
Ces populations sont gérées et régulées par la coopération de l'ONCFS, l'ONF (Office National des Forêts) et la FDC (Fédération Départementale des Chasseurs). Notamment, les groupes d'experts et scientifiques travaillant au sein de l'ONCFS réalisent des suivis annuels des populations afin de mesurer leur dynamique au cours du temps, c'est-à-dire la variation des effectifs de mouflons.

Résultat de recherche d'images pour "mouflon corse mâle"

Cet article touche à sa fin, j'espère que vous aurez appris des choses ! Je me dois de vous rappeler de bien respecter la nature autour de vous, c'est à vous de vous y immerger. Les quelques mouflons que nous avons pus observer ont été peu farouches, nous avons pu tranquillement les photographier (à une certaine distance tout de même) sans qu'ils ne prennent leurs pattes à leur cou. Soyez silencieux, ne vous y approchez pas. Et, profitez, tout simplement des paysages et des animaux !

Je remercie aussi Emmanuel Millet-Delpech pour sa participation à la conception de l'article, notamment pour les photos qu'il a prises (son site : www.millet-delpech.com).

A bientôt sur l'Odyssée  Terrestre !

Lexique :
- systématique : science des classifications des êtres vivants.
- radiation évolutive : évolution rapide, à partir d'un ancêtre commun, d'un ensemble d'espèces caractérisées par une large diversité morphologique et écologique.
- cytochrome b : gène présent dans l'ADN des mitochondries (organites très importants dans le fonctionnement cellulaire) codant pour une protéine du même nom. Ce gène fait souvent l'objet d'une analyse moléculaire poussée dans les travaux de phylogénie (étude des relations de parenté entre être vivants). 

Sources
- Hamidreza Rezaei (2007). Phylogénie moléculaire du Genre Ovis (Mouton et Mouflons), Implications pour la Conservation du Genre et pour l’Origine de l’Espèce Domestique. Ecologie, Environnement. Université de Grenoble.
- Darmon G., Calenge C., Loison A., Maillard D. et Jullien J.-M. (2007). Social and spatial patterns determine the population structure and colonization processes in mouflon. Canadian Journal of Zoology, 85 : 634-643.
- www.oncfs.gouv.fr/Connaitre-les-especes-ru73/Le-Mouflon-de-Corse-ar767
- www.montagne-hautlanguedoc.com/nature-du-haut-languedoc/mouflon/
- parcsaintecroix.com/animal/mouflon-de-corse (photo mouflon corse mâle) 

dimanche 13 janvier 2019

DOIT-ON PROTÉGER LA NATURE ?

Quand on discute de la nature avec le grand public, on veut plutôt parler de l'ensemble des paysages plus ou moins "naturels" qui composent notre planète. Et on ajoute plusieurs termes dans le même panier : les milieux, les animaux, les plantes, les cailloux...



En sciences, on préfère parler de la biodiversité. Cette notion englobe la diversité des écosystèmes (aquatiques, terrestres...), des espèces (animales, végétales, mycologiques, ...) et des gènes (les gens oublient souvent la diversité génétique, nous ne sommes pourtant pas tous égaux #LOL !). Donc, quand on veut préserver la biodiversité, il faut s'intéresser à ces trois niveaux de diversité.

Les 3 niveaux de diversité (tpebiodiversitegpbt.e-monsite.com/)
Mais, un instant... pourquoi les scientifiques et les médias s'obstinent-ils à hurler au scandale quant à l'érosion drastique de la biodiversité actuelle ? Il s'avère pourtant que, depuis que la vie est apparue sur Terre il y a 3 milliards d'années, la planète ne cesse de subir d'innombrables alternances entre augmentation et diminution de la biodiversité. Et rappelons-le, avant notre ère, il y a eu 5 grandes crises d'extinction massive dont la célèbre disparition des dinosaures non aviens* au Crétacé-Tertiaire, il y a 66 millions d'années ! Pourquoi alors tirer aujourd'hui la sonnette d'alarme pour un événement qui semble naturel ? Certains pensent même que nous entrons dans la sixième grande extinction majeure ! Alors, alerte ou sérénité ? Danger ou sécurité ? Nous allons décortiquer le problème ensemble mes chers lecteurs !

Pour se rendre vraiment compte de ce que représente la biodiversité, je me dois d'exposer quelques chiffres. On aurait découvert "seulement" 1,7 millions d'espèces, soit à peine 10 à 20% des espèces vivantes actuelles. C'est peu. La grande majorité constitue le groupe des Insectes comptant à lui seul  près d'un million d'espèces répertoriées (à titre de comparaison, il y a seulement 5 500 espèces de mammifères) ! En moyenne, chaque année, nous découvririons 18 000 nouvelles espèces. Evidemment, ce sont très rarement des mammifères ou des oiseaux, mais plutôt des invertébrés, des bactéries, des champignons etc... Bref, nous avons affaire à un très beau panel de nouvelles espèces découvertes qui n'a pas fini de s'étoffer, les biologistes et naturalistes ayant encore du boulot dans les années à venir.

Nombre d'espèces découvertes pour les différents règnes et leurs estimations (Mora et al. 2011)
Jusqu'à à peine plus d'un siècle, la plupart des personnes, scientifiques compris, pensaient que les espèces étaient éternelles, qu'elles ne s'éteignaient pas. Avec l'émergence progressive de l'étude des fossiles (paléontologie), de leurs ressemblances avec les espèces actuelles, de la pensée darwinienne et de la génétique, nous avons compris que les espèces n'étaient pas figées dans le temps. Elles évoluent ou disparaissent sous les effets du hasard (dérive génétique et apparition de mutations), de l'environnement (sélection naturelle) et de divers facteurs biotiques (comme la compétition entre espèces). Hélas, aujourd'hui, les espèces disparaissent de plus en plus vite à cause... de NOUS ! En plus du réchauffement climatique naturel, l'Homme et ses activités accélèrent le processus par rejet excessif de dioxyde de carbone dans l'atmosphère. Mais c'est pas tout ! Nos activités causent bien d'autres catastrophes dont la destruction des forêts tropicales et autres écosystèmes très riches en espèces, l'assèchement de zones humides, la fragmentation des milieux due à l'industrialisation et à l'urbanisation, l'introduction de nouvelles espèces exogènes causant de graves problèmes sur les îles... bref de quoi anéantir un bon nombre d'êtres vivants avant même, parfois, de les avoir découverts...

Mais pourquoi faudrait-il arrêter de bousiller la nature alors que nous nous sommes jamais aussi bien portés depuis le début de notre ère ? Globalement, le bien-être des populations humaines n'a jamais été aussi élevé ! C'est vrai, la mortalité infantile, la pauvreté sont très bas aujourd'hui comparées à celles d'il y a quelques décennies. De même, l'espérance de vie est considérablement élevée ! A l'inverse, la biodiversité a rarement connu de situations si désastreuses que celle actuelle... Mais bon, où est le problème ? PLUS ON DÉFONCE LA NATURE, MIEUX ON VIT ! Continuons dans ce cas !

Néanmoins, vous le pensez bien, il est certain que cette tendance cessera. Nous nous rapprochons considérablement d'un seuil où ce que l'on prend à la nature devient plus important que ce qu'elle produit. Les ressources naturelles sont limitées mais la population explose ! En un siècle, de 1900 à 2017, la population humaine mondiale est passée de 1,76 milliards à près de 7,5 milliards d'habitants ! Certains scientifiques parlent même d'un état de surpopulation humaine, puisqu'il est quasi-évident que nous avons dépassé la capacité de charge maximale que la Terre puisse nous offrir, c'est-à-dire la capacité à nous fournir des ressources (eau, bouffe, bois...) nécessaires à notre survie et celle à réparer les agressions que nous lui infligeons. Selon un rapport publié par la WWF en 2016, l'empreinte écologique de l'humanité s'élevait en 2012 à 20,1 milliards d'hectares globaux (hag)* alors que la biocapacité de la Terre ne serait que de 12,2 milliards hag, soit une surexploitation écologique de 65% !! D'ailleurs, sans surprise, l'empreinte écologique par habitant est la plus élevée dans les pays très développés, notamment les USA, le Canada, la Suède, l'Australie, la Belgique, Oman et les Emirats arabes unis pour lesquels l'empreinte écologique par habitant est supérieure à 7 hag.
Donc, avec une population mondiale toujours plus importante et des besoins toujours plus accrus, la biodiversité va mal. Dans un autre sens, continuer à la bousiller aurait clairement un effet négatif sur notre bien-être et notre survie. Si nous continuons sur notre lancée, de nombreuses populations humaines pourraient sévèrement manquer de ressources primaires, impactant leur survie. Et cela mènerait très certainement à des guerres entre nations... Bref, je ne veux pas broyer du noir, mais je ne veux pas aussi vous et me voiler nos faces. 

Plate-forme pétrolière --> mais le pétrole, c'est pas éternel ! 
Heureusement, lorsque cette érosion continuelle de la biodiversité que nous provoquons aura une sérieuse conséquence sur notre bien-être, peut-être agirons-nous de manière différente, plus "écoresponsable" ? C'est une simple hypothèse, puisque, ne l'oublions pas, nous fracassons la biodiversité pour qu'elle nous rende des services, et non pas pour notre simple plaisir ! Et oui, cela peut paraître très anthropocentrique, mais je pense que sensibiliser la plupart des gens à la protection de la biodiversité passe par un raisonnement construit autour de l'utilitarisme. En clair, il faut protéger les écosystèmes qui nous rendent des services (on parle de services écosystémiques). Par exemple, les forêts tropicales permettent de fixer une bonne partie du CO2 que nous émettons, ce qui permet de réduire un peu les impacts sur notre santé (maladies respiratoires et compagnie). Certains écosystèmes filtrent bien l'eau et évitent de provoquer de dangereuses inondations, les abeilles jouent un rôle central dans la pollinisation et la production de fruits dans le monde... bref, je pourrai vous citer tellement d'exemples mais ça prendrait l'année 2019 entière, j'ai d'autres chats à fouetter. C'est une expression hein, je ne les fouette pas. En plus, j'ai pas de chats.

Tiens, pour continuer l'exemple si célèbre des abeilles, voilà quelques chiffres abasourdissants ! Vous savez tous que le miel que vous consommez est tout simplement de la gerbe d'abeilles (désolé pour ceux qui l'ignoraient) provenant exclusivement du nectar des fleurs qu'elles ont pollinisées. Hé bien, il y a 20 ans, nous avons produit, grâce à ces petits insectes, plus de 32 000 tonnes de miel ! En 2014, la production a été divisée par deux, passant alors à 16 000 tonnes ! Hallucinant ! C'est peut-être con à dire mais, si les abeilles venaient à disparaître, l'économie pourrait prendre une sacrée torgnole ! On perdrait plus d'un tiers des espèces végétales nutritives (fruits, légumes et compagnie), ce qui provoquerait de nombreuses famines vraisemblablement, d'après l'écologue Jean-Marie Pelt. Alors, pourquoi ne pas avoir recours à la pollinisation manuelle/électronique ? C'est très coûteux mes cocos, sûrement plusieurs milliards d'euros... Puis, cela paraîtrait complètement aberrant de dépenser des thunes dans une activité originellement pilotée par la nature gratuitement et sainement !!!

Un peu de douceur dans ce monde de brutes
Pour soigner les plaies que nous causons à la planète et développer nos activités dans un cadre plus respectueux de la nature, je ne pense pas que les solutions soient entièrement scientifiques. Le monde de la science permet simplement de dresser un constat raisonné de la situation actuelle et d'apporter des possibles solutions qui peuvent être appliquées. Non, non, non, c'est triste de dire ça mais la science ne fait pas tout. Pour tenter de remettre le monde sur de bons rails, nous devons tout d'abord penser autrement et mieux prendre conscience des conséquences de nos actes actuels. Nous devons nous poser des questions concernant notre mode de vie. De quoi avons-nous vraiment besoin ? En 1943, Abraham Maslow, un psychologue et auteur américain, dévoile dans son livre A therory of human motivation la pyramide des besoins (ci-dessous).

Selon lui, un besoin ne peut être satisfait que si les besoins de niveau inférieur sont aussi satisfaits. Par exemple, vous vous achèterez une montre seulement si vous êtes bien rassasiés, vous sentez en sécurité, vous appartenez à un groupe et l'on vous respecte. Ça paraît logique. Dans le monde, nous ne sommes pas tous au même niveau. Vous l'aurez compris, les populations les plus pauvres sont au bas de la pyramide et cherchent quelque chose à se mettre sous la dent alors que les personnes les plus riches hésitent entre acheter une villa ou une Ferrari.
Ainsi, dans cette logique-là, les plus modestes sont moins centrés sur le respect de la nature et le développement durable, ils cherchent en priorité à combler le bas de l'échelle, c'est-à-dire survivre. En revanche, ce serait le rôle des personnes les plus aisées à développer un train de vie plus sain envers la nature. C'est à un bon nombre de personnes des pays occidentaux (je ne mets pas tout le monde dans le même panier) à réfléchir sur leurs besoins primaires et à modifier leurs gestes journaliers.

Pour mieux conserver la nature, il faudrait alors mieux connaître la psychologie humaine. Qui est sensible à la protection de la nature ? Pourquoi la protéger ? Qui aimerait la protéger et comment ? C'est en ce sens qu'intervient la psychologie de la conservation. Selon le MNHN (Musée Nationale d'Histoire Naturelle), elle cherche à comprendre principalement ce qui motive (ou non) les Hommes à tenir compte de la nature dans leurs choix de vie. Malheureusement, de nombreuses personnes ont tendance à accorder plus d'importance et d'empathie pour un individu plutôt que pour un écosystème tout entier, censé être biologiquement plus "important" ! Par exemple, la mort du dernier mâle Rhinocéros blanc du Nord (Ceratotherium simum cottoni), une des deux sous-espèces de rhinocéros blanc, a suscité une IMMENSE vague d'émotions à travers le monde et les réseaux sociaux. On est d'accord, c'est triste et terrible pour cette espèce de rhino... Cependant, l'émotion n'a pas été la même pour un phénomène qui, à mon sens, est encore plus catastrophique ! Celui du blanchissement des coraux ! A cause du réchauffement des océans, les coraux dépérissent et se décolorent après avoir expulsé les micro-algues vivant en symbiose avec eux (on les appelle les zooxanthelles). Entre Mars et Novembre 2016, environ 30% des coraux de la Grande Barrière en Australie ont péri, menaçant alors les nombreuses autres espèces qui vivent dans ces coraux (poissons, échinodermes...). Pourtant, cette terrible hécatombe n'a pas fait autant de bruit que la mort du Rhinocéros... Evidemment, ce n'est qu'un exemple.
C'est pour cela que la raison utilitariste, à l'instar de la raison morale, de protéger la nature semble la plus pertinente à l'heure actuelle...

Le phénomène de dépérissement des coraux qui blanchissent s'appelle : le blanchissement des coraux
Doit-on alors protéger la nature ? J'espère vous avoir convaincus qu'il est grand temps de préserver la biosphère. Pour tenter de mener à bien cette révolution sociétale, nous devons individuellement prendre des décisions concernant le changement de notre rythme de vie. Même s'il paraît compliqué à notre échelle de résoudre ces problèmes globaux, sachez que les petits gestes individuels forment finalement un gigantesque geste. Dans la possibilité de vos moyens, utilisez les transports en commun, réduisez votre consommation de viande, privilégiez les produits labellisés "bio" (vraiment bio), triez vos déchets, minimisez les pertes d'eau,... Ce sont des gestes simples. De plus, n'hésitez pas à adhérer à des associations naturalistes souvent bien accueillantes afin de participer, à votre échelle, à la protection de la biodiversité et à la sensibilisation.

La solution du développement durable réside clairement dans la sensibilisation du public à l'environnement et dans l'éducation des jeunes (et même les plus âgées) générations ! Et oui, la sensibilisation joue et jouera un rôle décisif dans la conciliation entre le développement de la biodiversité et le développement humain, si bien qu'on parle maintenant de gestion intégrée de la biodiversité. C'est-à-dire que l'on intègre l'Homme dans les programmes de préservation des espèces et biotopes. A présent, il est plus éthique et même bénéfique de faire participer les communautés locales aux projets de conservation. Ainsi, elles connaissent plutôt bien la zone d'intérêt et se mettent souvent d'accord avec les organisations de protection de la nature pour la préserver. Elles en tirent souvent un bénéfice puisque les associations de protection de l'environnement mettent l'accent sur l'utilisation durable des ressources naturelles.
Il est temps pour moi de conclure cet article qui, j'espère, vous aura plu ! Vous l'aurez compris, je ne me suis pas positionné neutralement dans la réponse à cette problématique. IL FAUT PROTEGER LA NATURE ! Mettre en place les conditions d'une exploitation légale et durable des ressources naturelles (les espèces résilientes notamment) s'avère important et urgent pour promouvoir en même temps la protection de la biodiversité, la sécurité alimentaire et la pérennité de nombreuses civilisations. En fin de compte, protéger la nature, c'est protéger l'humanité entière...

Dans un prochain article, je parlerai des moyens scientifiques et politiques de protection et gestion de la biodiversité. Merci à vous d'avoir lu cet article, n'hésitez pas à le partager sur les réseaux sociaux, à parler du blog autour de vous. J'aimerais que de nombreuses personnes qui ne soient pas forcément sensibles à l'écologie lisent cet article ! Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !


Lexique :
- dinosaures non-aviens : tous les dinosaures, sauf les oiseaux !
- hectare global (hag) : unité équivalente à un hectare ajusté à la productivité, pour exprimer la biocapacité d'un milieu.

Sources :
Mora C, Tittensor DP, Adl S, Simpson AGB, Worm B (2011). How Many Species Are There on Earth and in the Ocean? PLoS Biol 9(8): e1001127. 
- François Ramade, 2009. Eléments d'écologie : écologie fondamentale.
- Conférence de Jean-Marie Pelt, 2015. Biodiversité : pour qui et pourquoi ?
Conrad Malte-Brun et Ad. Balbi, Précis de Géographie Universelle, Paris, Furne et Cie, p. 171
- WWF, Rapport planète vivante (2016). p.77
- www.apiculture.net/blog/mieux-comprendre-pollinisation-abeilles-n115 (photo abeille)
- Vidéo YouTube, "Combien coûte la nature ?", de la chaîne DirtyBiology (Je vous la conseille, elle est top !)
- www.larecherche.fr/le-blanchissement-des-coraux-saggrave (photo coraux)

=> J'ai eu l'idée de cet article en assistant à un cours de "gestion intégrée de la biodiversité" dans le cadre de mon master et en regardant un épisode de DirtyBiology ! :) 

jeudi 3 janvier 2019

Bilan de l'année 2018

L'année 2018 vient de s'achever, il est donc temps de dresser un petit bilan ! 
Avant cela, j'aimerais vous souhaiter une excellente année 2019, en espérant que tous vos projets (du moins les plus faisables) se réalisent ! A tous les étudiants qui me suivent, je vous souhaite une belle réussite dans vos études, ne lâchez rien et ayez en ligne de mire la concrétisation de vos beaux projets, peu importent les obstacles qui peuvent entraver votre chemin ! Courage !

  • Bon, 2018, c'était comment ? 
Cette année, l'Odyssée Terrestre a donc publié 19 articles sur le site, comptabilisant au total plus de 17 000 pages vues. Tous les articles figurant dans le top 10 des articles les plus lus ont été publiés cette année. L'article "le septième continent" s'est d'ailleurs hissé en tête du classement (n'hésitez pas à le lire ou le relire !). 
Vous l'avez donc remarqué, j'ai publié bien moins d'articles qu'en 2017 (35 articles !) mais, selon vos dires et mon point de vue, ceux de 2018 sont de bien meilleure qualité et tout de même plus longs ! Privilégions la qualité à la quantité, n'est-ce pas ? Si bien qu'en publiant deux fois moins d'articles, j'ai totalisé un nombre de vues plus important cette année qu'en 2017.
Il se peut, probablement, que je publierai encore moins d'articles cette année du fait du temps que me prennent les cours et que me prendra le stage. Certes, ces activités "scolaires" me freineront dans la fréquence des publications mais elles me donnent et me donneront plein de belles idées d'écriture. Bien au contraire, je serai heureux de partager avec vous ce que j'apprends ! L'égoïsme, c'est mal ! 

Cette année, j'ai donc également adhéré au Café des Sciences qui, je vous le rappelle, est une plateforme rassemblant de multiples chaînes Youtube (dont DirtyBiology qui pèse dans le game) et de blogs mettant l'accent sur la vulgarisation scientifique. Vous n'avez qu'à cliquer ici pour aller jeter un œil ! 

Enfin, j'ai pu faire une petite collaboration avec Emmanuel Millet-Delpech, mon ami photographe, avec qui j'ai réalisé l'article sur le brame du cerf (n'hésitez pas à le lire ou le relire, c'était bien cool !) parsemé de magnifiques photos enivrantes ! 

  • Et 2019 ?  
 Je continuerai à écrire des articles, sûrement plus centrés sur l'écologie scientifique et la protection de la nature. Mais j'avoue ne pas trop me projeter puisque ces deux années de master prennent beaucoup de temps dans mon quotidien ! J'aimerais également réaliser plus d'articles "aventure", un peu comme celui sur le brame du cerf. Ça plaît bien en général ! 

Voilà, j'espère que vous prenez et prendrez toujours plus de plaisir à lire mes petits articles. N'hésitez pas à me lancer des critiques tant positives que négatives (ça fait toujours avancer !). Quand les articles vous plaisent, partagez-les, ça me fait un peu de pub, c'est sympa ! Je remercie ceux qui le feront ! A l'heure où j'écris ce petit article, la page Facebook compte 562 personnes, n'hésitez pas à l'aimer et à me suivre en cliquant ici

Encore très bonne année et très bonne santé, et à bientôt chers amis sur l'Odyssée Terrestre !! :)

N'hésitez pas à me rejoindre sur les réseaux sociaux, j'en serai ravi !!
Ma page Facebook > ici
Ma page Instagram > ici
Ma page Twitter > ici 

N'hésitez pas aussi à vous abonner au blog en haut à droite de votre écran ! :) 

dimanche 18 novembre 2018

Peut-on sauver ce beau papillon ?

Salutations à vous amis lecteurs ! Cet article est un peu particulier et très court. Je voulais vous présenter une synthèse bibliographique que j'ai effectuée en cours, et que je trouvais intéressante à partager sur le blog. Nous devions traiter et résumer un sujet en lien avec mon master. Seule une page (bibliographies incluses) de rédaction était autorisée. De même, nous devions nous baser simplement sur 5 articles. Bonne lecture à vous !

Menaces et conservation du cuivré de la bistorte (Lycaena helle)

Le Cuivré de la bistorte (Lycaena helle) est un papillon de jour eurasien de la famille des Lycaenidae. Ses populations ont drastiquement diminué au cours des dernières décennies sur l'ensemble du continent (Habel et al. 2011). Cette diminution des effectifs est due principalement au réchauffement climatique post-glaciaire (lui-même accentué par les activités humaines), à l’abandon de la gestion traditionnelle des prairies et à la fragmentation de ses habitats. 

Le Cuivré de la bistorte (Lycaena helle)
Certaines études ont tenté de mieux comprendre les origines de ce déclin. Durant le réchauffement post-glaciaire, la distribution géographique de L. helle, affectionnant les milieux froids, s’est progressivement réduite. L’augmentation de la température dans les plaines d’Eurasie explique le déplacement de son aire de répartition vers les altitudes plus élevées et son isolement dans plusieurs massifs montagneux (Habel et al. 2011). L’isolement de ces populations à travers les différents massifs montagneux européens et asiatiques pourrait engendrer une diminution de la richesse allélique* et, à terme, une érosion de la variabilité génétique*, comme l’ont montré Habel et ses collaborateurs (2010) dans leur étude. La dérive génétique* est, en effet, plus importante au sein de populations à faible effectif.
 
Le réchauffement climatique n’est pas la seule cause de ce fort déclin populationnel. La fragmentation des milieux fréquentés par L. helle, due par exemple aux activités humaines, en est également une. En effet, plusieurs facteurs exercent un fort impact sur la densité des populations du Cuivré de la Bistorte. Nabielec et ses collaborateurs (2015) ont montré que les superficies des parcelles fréquentées par L. helle ainsi que la hauteur de la végétation les composant influencent les densités des populations. Les résultats ont démontré que la superficie de la parcelle et la hauteur de la végétation expliquent respectivement 24,4 % et 20,2 % de la variation de l’indice de densité de population. A l’inverse des parcelles étendues, les plus petits terrains subissent une émigration des individus, rendant alors difficile la recherche d’un partenaire sexuel et, par conséquent, entraînant une disparition progressive des populations. Or, la capacité de dispersion de L. helle entre patchs* voisins étant faible, les populations très isolées sont condamnées à disparaître (Fischer et al. 1999). Du fait de la réduction des landes naturelles en Europe, certaines populations affectionnent des milieux plus ou moins anthropisés, telles que des prairies humides abandonnées. Cette espèce étant sensible au fort taux de renouvellement  de l’habitat, il semble compliqué de conserver de telles populations au sein de milieux urbains éphémères (Fischer et al. 1999). 

Face à un tel déclin, des actions de conservation sont alors nécessaires.  Déjà, il s’avère primordial d’améliorer ou conserver la qualité d’habitat de certains milieux, notamment les grandes parcelles composées de bistortes (sa plante-hôte*) et d’une végétation suffisamment haute pour protéger les papillons des intempéries (Nabielec et al. 2015). Ensuite, afin d’améliorer la connectivité et le mélange de population entre patchs faiblement distants, certaines études optent pour le fauchage ou bien le pâturage à la fin de l’été suivant la nymphose*, évitant donc la fermeture progressive des milieux qui entraverait le déplacement des papillons. Ces méthodes, à programmer avec les agriculteurs, permettraient de réduire la dérive génétique et, à terme, de sauver de l’extinction certaines populations. C’est ce que Fischer et ses collaborateurs (1999) conçoivent dans leur étude en Allemagne, optant pour une distance optimale entre patchs de quelques centaines de mètres seulement. Enfin, concentrer des actions de gestion sur cette espèce permettrait de protéger de plus amples étendues de zones humides, entraînant alors la conservation d’autres espèces animales ou végétales. On dit de Lycaena helle qu'elle est une espèce-parapluie (Sawchik et al. 2005). Actuellement, le Cuivré de la bistorte fait partie des papillons les plus menacés d’Europe, justifiant sa présence dans les annexes de la directive « Habitats » (Van Helsdingen et al. 1996 in Nabielec et al. 2015).

Exemple de brûlage pour lutter contre la fermeture des milieux et pour favoriser le déplacement des papillons d'un patch à l'autre
Voilà, j'espère que ce petit article vous a intéressés, merci à vous de l'avoir lu ! Je tiens à préciser que les termes en gras, les astérisques, les définitions et les photos ont été rajoutés exclusivement pour le blog mais étaient absents initialement. 

A bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

Lexique
- richesse allélique : c'est le nombre d'allèles que l'on retrouve dans l'ensemble de la population. Par exemple, le nombre d'allèles "couleur bleue des yeux" au sein d'une population d'hommes. Ainsi, plus il y a d'allèles, plus la richesse allélique, et donc, les différences entre individus sont importantes !
- variabilité génétique : différences existant entre les individus d'une même population.
- dérive génétique : c'est tout bêtement la variation aléatoire des fréquences alléliques au cours du temps. Explications. Dans la population, certains allèles vont persister (càd être transmis d'une génération à l'autre) tandis que d'autres vont s'éteindre (par exemple des allèles délétères provoquant une maladie létale). Ainsi, après l'isolement d'une population, plus cette dernière sera petite, plus la dérive sera importante. Cela peut mener à un appauvrissement génétique au sein de la population (par exemple passer de 5 à 1 allèle !) et à sa disparition, comme c'est le cas de quelques populations de Cuivrés de la bistorte...
- patch : en général, c'est un micro-habitat abritant une sous-population. Ainsi, dans une population, il peut y avoir plusieurs petites sous-populations vivant dans patchs voisins interagissant entre eux !
- plante-hôte : c'est une espèce de plante dans laquelle un papillon spécifiquement y pond ses œufs, les larves (les chenilles) se nourrissant exclusivement de cette plante.
- nymphose : période pendant laquelle s'opère la transformation d'une chenille en papillon dans sa chrysalide ! 


Bibliographie

- Fischer Klaus, Beinlich Burkhard and Plachter Harald, 1999. « Population Structure, Mobility and Habitat Preferences of the Violet  Copper Lycaena Helle (Lepidoptera: Lycaenidae) in Western Germany: Implications for Conservation ». Journal of Insect  Conservation, 3 : 43-52. 

- Habel Jan Christian, Schmitt Thomas, Meyer Marc, Finger Aline, Rodder Dennis, Assmann Thorsten and Zachos Franck  Emmanuel, 2010. « Biogeography meets conservation: the genetic structure of the endangered lycaenid butterfly Lycaena  helle ». Biological Journal of the Linnean Society, 101 : 155-168. 

- Habel Jan Christian, Rodder Dennis, Schmitt Thomas and Neves Gabriel, 2011. « Global warming will affect the genetic diversity  and uniqueness of Lycaena helle populations ». Global Change Biology, 17 : 194-205.

-Nabielec Joanna & Nowicki Piotr, 2015. « Drivers of local densities of endangered Lycaena helle butterflies in a fragmented  landscape ». Population Ecology, 57 : 649-656.

- Sawchik Javier, Dufrêne Marc and Lebrun Philippe, 2005. « Distribution patterns and indicator species of butterfly assemblages of wet  meadows in southern Belgium ». Belgian Journal of Zoology, 135 : 43-52.

Photos :
- lepinet.fr
- www.risque-incendie.com

jeudi 1 novembre 2018

Le brame du cerf, un rituel automnal

“Samedi 6 Octobre 2018, le formidable brame du cerf a déjà commencé depuis une quinzaine de jours. Il est temps de quitter Montpellier, là où les températures et le soleil estivaux occulteraient un peu plus la grisaille et la maigre douceur de l'automne. Le temps d'un week-end, laissons-nous emporter dans les belles Cévennes, une vieille chaîne de montagnes datant du Précambrien (- 640 Ma). Durant les 2h de trajet, on se rend compte du changement progressif de la végétation, à mesure que nous prenons de l'altitude, les garrigues arides deviennent forêts de feuillus plus humides. Nous arrivons à Génolhac, où habite Emmanuel, mon ami cévenol. Il nous accueille et nous prête du matériel pour la petite "expédition" prévue. Il reste encore 3/4 d'heure de route/chemin avant d’atteindre notre chalet de ce soir, aussi notre point de départ pour la mission “brame”. Entre-temps, nous pouvons profiter de la magnifique vue que nous offrent les hauteurs cévenoles. Sans ce voile à l’horizon, nous aurions pu distinguer la mer Méditerranée à l'horizon Sud et le Mont Ventoux à l'Est, en premier plan devant la chaîne des Alpes. Nous parvenons alors au point de départ de l'expédition, où est implantée notre petite maisonnette atypique en pierre granitique prénommée le Chalet de l’Aigle. 

Néanmoins, ce n’est pas le temps de niaiser, notre objectif étant d’atteindre le sommet de la montagne une demi-heure avant le coucher du soleil. Trois quarts d’heure de marche et 200 mètres de dénivelé positif plus tard, nous atteignons le haut de la montagne, plafonné de nuages bas et sombres. Nous décidons alors d’effectuer un affût derrière un rocher, près d’un arbre. Du fait que nous le surplombions un peu, il nous est facile de surveiller l’environnement tout autour, avec une discrétion presque naturelle. Cet endroit est vraiment stratégique, se trouvant en effet face à un point d’eau. Utile quand il n’a pas plu depuis plusieurs jours, cela inciterait diverses bêtes à venir s’abreuver, donc de se découvrir. Une aubaine pour le photographe ! 
18h30 - la brume est tombée, la lueur bleutée du crépuscule mêlée au sifflement du vent pourchassant les vagues de brouillard nous font patienter dans une atmosphère particulièrement… automnale. Malgré la brise, il n’aura pas fallu attendre longtemps pour entendre les premiers brames se dégager depuis la forêt de conifères, en contrebas. Les cerfs sont proches, certains à 500 mètres de nous, d’autres, peut-être, à moins de 300 mètres. C’est majestueux."



Mais avant de continuer de narrer cette petite histoire, qui vous plaît, je l’espère, il nous faut comprendre deux-trois éléments concernant ces animaux !

Le Cerf élaphe (Cervus elaphus) fait partie des grands Cervidés que l’on peut observer dans les forêts tempérées de l’hémisphère Nord. Habituellement grégaire, ce n’est qu’à la saison des amours, entre Septembre et Octobre, que les mâles se joignent à une horde de femelles et de jeunes. C’est ainsi à cette période que l’on peut avoir la chance d’entendre bramer les cerfs dans la forêt. Mais, pourquoi gueulent-ils de la sorte ?! Pardi, c’est pour avertir les femelles de leur présence afin de les séduire, mais aussi pour intimider les autres concurrents qui oseraient pénétrer sur leur territoire. Ainsi, il est parfois possible d’assister à un incroyable combat entre deux bêtes imposantes, en projetant chacune leur tête en avant contre l’autre. Violence gratuite.



Les mâles sont notamment bien reconnaissables à leurs bois proéminents qu’ils portent sur la tête… enfin, j’écris “bois” mais ça n’a absolument rien à voir avec les bois des végétaux. Ce sont plutôt des organes complètement osseux (comme ton squelette !) et vascularisés. En fait, le cycle de croissance des bois s’effectue en un an et recommence. Au début du printemps, ils se développent, ornés d’un tissu vascularisant que l’on appelle le velours (ayant pour rôle de protéger, vasculariser et innerver les bois) qui se dessèchera et tombera une fois que les bois auront terminé leur croissance. Ainsi, après la période de rut, le roi de la forêt se débarrassera de ses ornementations osseuses. Et plus surprenant, certains petits mammifères de la forêt se hâtent de ronger les bois perdus, afin de compléter leur régime alimentaire de calcium et de sels minéraux. C’est le cas des écureuils roux !  

“Près d’une heure et demi d’affût plus tard, aucun animal en vue, mis à part deux rapaces volant au-dessus de nos têtes ou bien quelques grives et merles venant nous rendre visite dans l’arbre à notre proximité. Cécile et moi décidons alors de nous mouvoir et de rejoindre le haut du pic Cassini, situé à 1600 mètres d’altitude. Pour nous y rendre, nous marchons à travers une forêt de pins. Les brames paraissent de plus en plus proches. C’est dingue ! C’est comme s’ils se répondent ! Nous rejoignons alors Rémi et Emmanuel qui nous attendent là-haut. Mais, effectuer un affût à 4 personnes n’est pas le meilleur moyen de discrétion… Cela tombe bien, puisqu’une fine pluie se met à tomber. Il faut partir. Nous décidons alors de redescendre de la montagne pour rejoindre le chalet, où il nous tarde de faire un feu dans la cheminée. Vin rouge, pâté de campagne, saucisson, tartatouille, camembert fondu et rigolades : tous les ingrédients sont rassemblés pour passer une agréable soirée !


Le Chalet de l'Aigle
Une nuit tumultueuse s’annonce, vent et pluie sont au rendez-vous. Mais ça ne nous empêche pas, avant l’aube, de repartir à la quête du cerf et de son brame ! Arrivés au sommet, nous décidons de nouveau de nous séparer en deux groupes de deux ! Avec Manu, cette fois-ci, nous ne chômons pas et prenons la décision de suivre le brame en traversant la forêt, en espérant voir des bêtes ! En fait, à cause des bourrasques, les cerfs n’osent pas s’aventurer en-dehors des bois, de peur de se faire repérer plus facilement par d’éventuels prédateurs. Nous progressons alors dans la forêt, tentant d’être discrets un maximum, d’éviter de piétiner les branches mortes gisant sur le sol. Ce n’est pas chose simple ! Ce moment est magique, nous nous rapprochons davantage d’un mâle qui brame de toutes ses forces. 300, 200, 100, 50m, la distance nous séparant est peu à peu rognée au fil des pas. Et malheureusement, alors que nous étions à 30m de lui, un gros cerf silencieux et discret nous détecte et s’enfuit… Il ne faut pas abandonner, mais continuer !”


En attendant de reprendre notre marche, et si nous comprenions un peu les raisons scientifiques de ce brame ?
Biologiquement, comment se déclenche le brame ? En 1972, des chercheurs de l’Université de Cambridge ont montré que la testostérone occupe un rôle central dans le comportement reproducteur et agressif des mâles, durant la période de reproduction. Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce n’est pas l’odeur des hormones dégagées par les femelles qui induit ce comportement agressif. Ainsi, il est plus probable de photographier un cerf pendant la période de rut, puisqu’il est moins attentif aux “éléments extérieurs” qu’habituellement. Il est bien plus occupé à faire déguerpir les autres squatters de son territoire ! En plus de devoir conserver son harem, le mâle doit s’activer de féconder l’ensemble des femelles du groupe, n'étant chacune sexuellement réceptive qu’une seule journée dans l’année ! Certaines fois, alors que le mâle dominant de la horde est occupé à se battre avec un autre concurrent, un jeune mâle peut rapidement s’incruster dans la troupe pour saillir une biche “en chaleur”. Cela participe à la diversité génétique au sein de la horde. 

Mais, peut-être vous vient-il un questionnement. A quoi ça sert d’avoir de si grands bois sur la tête alors qu’ils peuvent être facilement repérés par un prédateur et ainsi mener à la mort le cerf ? En fait, les bois du cerf illustrent parfaitement le principe du paradoxe évolutif. La survie n’est pas le seul paramètre retenu par la sélection naturelle. Loin de là. Les variations des caractères engendrant un succès reproducteur sont aussi sélectionnés ! Et le plus souvent dans le monde animal, ce sont les mâles qui portent des attributs extravagants, qui leur permettent d’être sélectionnés par les femelles. On parle alors de sélection sexuelle (faisant partie intégrante de la sélection naturelle !). Les mâles se battent alors physiquement, ce qui entraîne l’émergence et la sélection d’armes plus efficaces mais exagérées… comme les bois d’un cerf ! C’est la sélection intrasexuelle : les individus du même sexe compétent pour accéder au partenaire de sexe opposé. 
D’un autre côté, les cerfs illustrent parfaitement l’autre principe de la sélection sexuelle, celui de la sélection intersexuelle cette fois-là ! Ici, c’est le choix effectué par les femelles qui entre en jeu ! Autrement dit, plus un mâle porte de grands bois et plus il brame fort, plus il prouve aux femelles qu’il est en bonne santé et qu’il est susceptible d’engendrer des descendants viables. 
Ainsi, il semblerait que plus les bois d’un cerf sont grands, plus l’individu sera vainqueur dans les combats, et sera choisi par une femelle. Il pourra donc s’accoupler ! Mais plus les bois sont imposants, plus ils sont visibles par les prédateurs… C’est un compromis évolutif… C’est ultra passionnant, n’est-il pas ?


"La matinée suit son cours. Nous repérons encore un mâle s’enfuir et échapper à nos objectifs photographiques. Le bruit sourd produit par le heurt des sabots contre le sol retentit et nous fait vibrer. C’est dans ces moments que nous nous disons que nous sommes tout de même discrets puisque nous parvenons à nous rapprocher des cervidés à moins de 50 mètres de distance ! Autre que le brame, un cerf est repérable par l’odeur qu’il dégage, une odeur très marquée, arôme musqué. Enfin, nous terminons notre matinée avec la rencontre d’une biche se faufilant entre les genêts. Un instant magique. Nous faisons partie intégrante du décor naturel, nous pouvons l’observer calmement jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans les fourrés.


Finalement, nous rejoignons au pic Cassini Rémi et Cécile que nous avions quittés à l’aube. Des étoiles dans les yeux, ils nous racontent qu’ils sont tombés nez à nez avec une biche et son faon. Plus ébouriffant encore, je dirais même que c’est la cerise sur le gâteau, ils se sont trouvés à moins de 20 mètres d’un grand mâle imposant. La végétation cachait l’intégralité de son corps, seuls ses longs bois dépassaient les genets. Ils ont eu le temps de bien l’observer avant qu’il ne s’en aille au galop."

 C’est alors que s’achève cette petite expédition (et cet article par la même occasion). J’espère que vous aurez l’opportunité, un jour, de partir à la conquête du brame, ce sont vraiment des moments merveilleux. C’est là que nous prenons conscience que nous sommes de petits êtres humains, plongés dans la nature et assistant à son beau spectacle. Vous êtes d’ailleurs de plus en plus nombreux chaque année à venir écouter le brame, et pendant cette période très particulière de leur cycle biologique, il est nécessaire de bien se comporter, dans le respect de l'animal, afin de ne pas le perturber. En tout cas, je remercie Manu pour son invitation dans les Cévennes (un magnifique coin !) et pour la transmission de sa passion. C’est d’ailleurs lui qui a pris, une semaine avant ma venue, ces magnifiques photos qui sont dispatchées dans cet article. Je vous invite à aller voir sa page en cliquant ici et à le suivre sur Facebook en cliquant ici. Vous verrez, il est très talentueux et chacun de ses clichés reflète la beauté de la nature et nous évade. Enfin, j’espère que vous avez pris du plaisir à lire cet article un peu spécial, mêlant récits narratifs et scientifiques.






Merci beaucoup à vous de l’avoir lu et à bientôt sur l’Odyssée Terrestre !



Sources : 
- G. A. Lincoln, Fiona Guinness et R. V. Short, The way in which testosterone controls the social and sexual behavior of the red deer stag (Cervus elaphus) , Revue : "Hormones and Behavior" ; Volume 3, Issue 4, December 1972, Pages 375-396 
- www.animaldiversity.org/accounts/Cervus_elaphus/

Texte : Aurélien Grimaud
Photos : Emmanuel Millet-Delpech

dimanche 30 septembre 2018

Dans la peau de la grenouille rousse (Rana temporaria)

Bon, il est vrai, la saison des amours des grenouilles est terminée, ayant eu lieu au Printemps. Autant dire qu'écrire un post à ce sujet est un peu démodé... Mais, en fouillant dans les archives du blog, je me suis rendu compte que je n'avais jamais posté d'articles naturalistes ou d'écologie sur un quelconque Amphibien... Ah pardon, peut-être suis-je allé trop vite, il convient d'être bien clair sur le thème central de cet article ! Si l'on découpe de façon étymologique le terme "Amphibien", il signifie "vie des deux côtés"... Cette appellation vient du fait que les animaux appartenant à ce groupe côtoient au cours de leur vie deux types de milieux différents : la terre et l'eau douce. Les Amphibiens, appelés plus justement Lissamphibiens (ou Amphibiens modernes) (je n'ai jamais écrit autant de fois le mot "Amphibien" en une phrase), regroupent, comme vous le savez, les grenouilles et les crapauds mais aussi les Urodèles (salamandres et tritons) et les Gymnophiones (des amphibiens ressemblant à des lézards ou à des vers). Bref, une belle communauté rassemblant près de 6000 espèces connues à ce jour ! 
En France, nous comptons 43 espèces d'Amphibiens. Et aujourd'hui, je vous présente une grenouille assez commune : la grenouille rousse (Rana temporaria). 

  • Comment la reconnaître ? 
D'une longueur de 6 à 9 cm, elle est assez trapue, la tête étant plus large que longue. Les teintes de sa peau lisse légèrement verruqueuse sont variables selon les individus et les environnements, passant ainsi de la couleur rousse à brune. Le haut de son dos est ornementé d'un dessin noir en "V" retourné et les cuisses comportent des bandes sombres verticales. Pour distinguer la grenouille rousse de la grenouille agile (Rana dalmatina), il faut étendre une de ses pattes postérieures le long de son corps. Si l'articulation entre le tibia et le tarse atteint le museau sans le dépasser, l'individu entre vos mains appartient alors à l'espèce Rana temporaria. Sinon, c'est l'autre ! 
Enfin, comment peut-on distinguer les deux sexes ? Le mâle est plus petit que la femelle. De plus, lors de la saison des amours, sa gorge devient bleue ou violacée.

Grenouille rousse (Rana temporaria). Mâle ? (à confirmer)


  • Où donc la trouver ? 
La grenouille rousse est présente dans la majorité de l'Europe jusqu'en Sibérie en passant par les pays scandinaves, à l'exception d'une bonne partie de la péninsule ibérique, du sud de l'Italie et des Balkans. 
D'ailleurs, c'est l'un des amphibiens d'Europe qui atteint les altitudes les plus hautes (jusqu'à 2 800 m dans le massif des Alpes, par exemple). Elle affectionne tous les types de milieux humides tels que certaines forêts, les prairies à peine inondées, les jardins, les ripisylves* etc...  
Au Nord de son aire de répartition, elle côtoie très peu les milieux d'eau douce en-dehors des périodes de reproduction et de ponte. Elle est plutôt inféodée aux milieux terrestres. Au Sud, elle est davantage présente à d'importantes altitudes. 

  • "Raconte-nous sa vie, un peu"
Rana temporaria a un régime alimentaire assez varié. Elle se nourrit de divers invertébrés comme les insectes, les mollusques (escargots, limaces), les araignées, les vers de terre... C'est grâce à sa longue langue gluante qu'elle parvient à les capturer ! 
Dès le mois de Novembre, lorsque les températures se rafraîchissent, les grenouilles rousses partent à la recherche d'un abri pour hiberner. Une vieille souche ou une pierre pourraient très bien faire l'affaire... Mais, certains individus (surtout les mâles pour être les premiers sur les lieux au Printemps) n'hésitent pas à s'enfouir dans la vase au fond d'un point d'eau. Le métabolisme se ralentit, afin de réduire au maximum les besoins vitaux. Cependant, ce qui peut paraître troublant,  c'est que les grenouilles ont des poumons, comment font-elles alors pour respirer sous l'eau ? Aussi incroyable que cela puisse paraître, la respiration se réalise à travers la peau de la grenouille. Le tégument très fin associé à une importante densité de petits vaisseaux sanguins permettent de favoriser les échanges gazeux entre le milieu externe et le milieu interne. La voilà prête pour affronter la mauvaise saison.

A la fin de l'hiver, les grenouilles rejoignent les sites de reproduction (mares, fossés...), pouvant alors marcher pendant quelques kilomètres. Tous les mâles en chaleur se regroupent alors à la surface de l'eau et se mettent à chanter en chœurs toute la nuit pour attirer les femelles. Les cris, produits à partir du sac vocal unique sous la gorge des mâles, sont assez sourds et graves, facilement reconnaissables.

Amplexus axillaire : le mâle s'agrippe au-dessus de la femelle remplie d'ovocytes prêts à être fécondés
Une fois que les deux partenaires se sont trouvés, un drôle de phénomène naturel se produit. Le mâle s'agrippe à la femelle à l'aide de ses pattes avant et la serre très fortement. Cette technique, que l'on prénomme amplexus axillaire, permettrait au mâle d'expulser plus rapidement les œufs de la femelle dans le milieu afin qu'il puisse les recouvrir de sa semence... La fécondation est externe ! Les callosités rugueuses se situant au niveau des doigts du mâle lui permettent de bien s'accrocher à sa pauvre bien-aimée. La femelle peut alors pondre quelques milliers d’œufs, formant alors des amas dans l'eau fixés à la végétation. Peu de semaines plus tard, des têtards émergent. Pendant 3 mois, les larves se métamorphosent en jeunes grenouilles : elles acquièrent des poumons peu à peu fonctionnels remplaçant les branchies, 4 pattes et perdent progressivement leur queue.

Amas d’œufs de grenouille rousse

  • Est-ce qu'elle est protégée ? 

Enfin, nous ne pouvons achever ce petit article sans parler des menaces qui pèsent sur les populations de grenouille rousse. Comme pour la plupart des amphibiens de France, les habitats naturels de Rana temporaria sont davantage détruits à cause des activités humaines. Par exemple, le développement des réseaux routiers empêchant les migrations saisonnières des individus vers les sites de reproduction entrent en compte dans le phénomène de fragmentation écologique. De plus, l'utilisation de pesticides dans certaines régions provoquent une dégradation de leur habitat et une forte mortalité des individus. Ces molécules toxiques entraînent un dérèglement hormonal et altèrent ainsi la croissance et la reproduction de certains individus...
En France, depuis la mise en place de la directive habitats en 2007, la grenouille rousse est partiellement protégée. Sont interdits sur tout le territoire français la mutilation, le prélèvement en milieu naturel, le colportage, la mise en vente, l'achat et l'utilisation commerciale.



Voilà, ce petit article est à présent terminé, j'espère qu'il vous aura plu. Ces photos ont été prises dans le Parc National des Cévennes à l'étang de Barrandon, lors d'un inventaire faunistique, accompagné des gardes-nature du parc. Les animaux pris en photo n'ont en aucun cas été transportés, blessés ou tués.

Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

Lexique :
- ripisylve : bord des cours d'eau.

Sources :
- Photo Amplexus : Richard Bartz, Munich. (source : wikipedia).
- Photo oeufs : James Lindsey (source : wikipedia).
- inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/351
-  animaldiversity.org/accounts/Rana_temporaria/
- www.legifrance.gouv.fr/affichTexte.do?cidTexte=JORFTEXT000017876248
- Petit G. & Knoepffler P.H. (1959). Sur la disparition des amphibiens et des reptiles méditerranéens. Animaux et végétaux rares de la Région méditerranéenne. 

dimanche 16 septembre 2018

Plus belle la bouse

Avez-vous déjà entamé une discussion sur le caca lors d'un repas de famille ? Si c'est le cas, vous êtes probablement passés, aux yeux de vos proches, pour un gros sale dégoûtant immonde malpropre individu, à qui on n'a plus adressé la parole jusqu'à la fin du festin (voire plus !).... Pourtant, il est évident et naturel que chacun des membres de votre famille assis à vos côtés autour de la table, assouvit ses besoins quotidiennement ! Si nous ne le faisions pas, nous serions vraiment dans la... enfin... nous ne pourrions pas survivre ! Alors, dans cet article de biologie, écartons tous les tabous et allons droit à l'essentiel dans le beau monde de la merde (c'est bon, je ne me prive pas de le dire) !

Dans des articles précédents, je vous avais expliqué brièvement le fonctionnement d'un écosystème, régi notamment par les interactions entre les êtres vivants eux-mêmes et avec leur environnement. A la base de la pyramide des réseaux alimentaires, se trouvent les plantes et les champignons qui sont alors appelés "producteurs primaires". Ils sont alors consommés par les phytophages (ou herbivores) que l'on appelle "consommateurs primaires" et qui occupent l'étage juste au-dessus de la pyramide. Ces mangeurs d'herbes sont eux-mêmes dévorés par les carnivores ou consommateurs secondaires. Cependant, dans la littérature scientifique classique... vraiment très classique, on ne nous relate pas ce que deviennent tous ces animaux et ces végétaux morts ! Il est vrai que nous croisons rarement un cadavre animal à tous les coins de forêts ! Pourtant, ces dépouilles ne disparaissent pas par magie comme l'argent dans ton porte-feuille ! En fait, la réelle base de la pyramide des réseaux trophiques n'est pas comblée par les plantes mais plutôt par des drôles d'êtres vivants, les décomposeurs de la matière organique. Ils permettent de recycler les feuilles mortes, les cadavres d'animaux et... même les déjections animales ! Les excréments attirent tout type d'êtres vivants ! Alors, dans cet article, je me concentre sur la décomposition des crottes, plus précisément sur une catégorie d'étrons bien particulière - la bouse (surtout celle de la vache) - et sur toutes les bébêtes qui la côtoient ! Nous nous occuperons des cadavres d'animaux dans un prochain article !

Pyramide des réseaux trophiques.
De bas en haut : décomposeurs / producteurs primaires (photosynthèse) / consommateurs primaires (herbivores) / consommateurs secondaires (carnivores)


La bouse est l'excrément des mammifères ruminants*, un groupe d'ongulés polygastriques (dont l'estomac est divisé en plusieurs parties fonctionnelles) et qui remastiquent les aliments avant leur digestion définitive. Quand la bouse est relarguée dans une prairie, elle devient alors un véritable mini-écosystème ! Avant d'analyser les petites bestioles qui aiment y grouiller, nous allons discuter de la formation et la composition de ces bouses.

Les ruminants se nourrissent, comme nous l'avons dit, de divers végétaux principalement. Mélangés à la salive, ils forment un bol alimentaire qui glisse dans l’œsophage jusque dans la panse (aussi appelé "rumen"). Puis, il subit une remontée vers la bouche, où il sera mastiqué et recouvert de salive de nouveau. La vache, par exemple, mastique entre 6 et 8 heures par jour, produisant ainsi près de 180 litres de salive ! Ces multiples "aller-retours", inscrits dans le processus de la rumination, permettent, entre-autres*, de mieux broyer et abîmer la matière végétale et, au final, de mieux la digérer. Dans la panse, les aliments sont "attaqués" par les millions de micro-organismes le composant. Ils entament une véritable fermentation qui conduit à la formation d'éléments volatiles directement absorbés par la paroi de la panse et qui seront utilisés comme source d'énergie par les organes de l'animal. Le reste des aliments sous-forme de bouillie passe dans le bonnet également parsemé de multiples bactéries, puis le feuillet ! C'est là que l'eau riche en sodium et en phosphore est absorbée et utilisée par l'animal. Ensuite, seules les petites particules de moins de 2 mm sont transmises dans le dernier compartiment : la caillette, où se réalise la "vraie" digestion".
En fait, la caillette est l'équivalent de l'estomac des animaux non ruminants (comme nous !). Beaucoup d'enzymes digestives y sont sécrétées et permettent de digérer la majorité des graisses et les protéines. Finalement, le reste passe dans l'intestin grêle où la phase d'absorption des nutriments continue, puis dans le gros intestin. Finalement, ce qui n'a pas été digéré ou utilisé est rejeté par l'anus ! De belles bouses sont libérées. Sachez qu'une vache peut produire plus de 10 tonnes de bouse chaque année, soit environ 40 kg d'excréments par jour ! C'est fou ! En analysant de plus près ces montagnes crémeuses, nous voyons qu'elles sont composées de 80 à 90% d'eau. Le reste, la matière sèche, est majoritairement composé d'éléments non digérés comme la lignine et la cellulose. Enfin, on y trouve des sucs digestifs et des micro-organismes qui vivaient dans la panse.



Et tous ces résidus font le bonheur de bon nombre d'êtres vivants ! D'après de très sérieuses études, suite à l'émission d'une bouse de vache, il faut attendre seulement 3,6 secondes en moyenne pour que les premiers insectes se dévoilent ! Toute l'eau accompagnée de la matière organique non digérée par la vache devient un lieu de rendez-vous incontournable pour toutes ces bébêtes qui vivent dans la prairie où cette offrande a été abandonnée. Ainsi, certains prendront plaisir à se nourrir du caca, d'autres à se reproduire et pondre leurs œufs ou alors quelques-uns aspirent à se protéger simplement.

Résultat de recherche d'images pour "scatophage du fumier"
Premièrement, parlons de ceux qui se nourrissent ! Se nourrir de bouse étant l'activité principale dans une bouse... Les ribambelles d'insectes qui prennent plaisir à manger de la merde sont nommées les coprophages.  Les premiers à "abousir", ou à arriver sur place, si vous préférez, sont les mouches. Elles volent et détectent plus rapidement le parfum de la bouse. C'est le cas notamment de certaines "mouches à merde" qui côtoient nos contrées, comme la fameuse Scatophage du fumier (Scatophaga stercoraria).



Puis, parvient au festin tout un tas de scarabées bousiers comprenant de nombreuses espèces. Nous avons les piluliers qui utilisent leurs pattes antérieures et leurs puissantes mandibules pour former de petites boules de bouses qu'ils feront rouler jusque dans leurs terriers. Ces boulettes serviront de garde-manger pour les futures larves qui naîtront dans l'excrément. Il y a aussi les géotrupes, une autre famille de bousiers qui préfèrent directement creuser leurs terriers dans la bouse. Ainsi, le caca lui sert à la fois d'abri et de repas. Si ce n'est pas malin !




Cependant, les Coléoptères ne sont pas les seuls à se nourrir des bouses de vache, de multiples autres animaux viennent participer au festin : des papillons, des abeilles, des guêpes et même des escargots ! Le Zonite d'Algérie (ci-contre) fait partie de ces gastéropodes dégustant les excréments ! On lui a même filé le charmant surnom de "mange-merde" !


D'autres animaux se nourrissent d'autres êtres vivants présents sur la bouse fraîche. C'est le cas d'un scarabée à l'état adulte, plus précisément Sphaeridium scarabaeoides, qui dévore les œufs de mouches qui y sont pondus. D'ailleurs, c'est bien lui qui percent les petits trous qui ornementent une galette de bouse séchée, du fait de ses va-et-vient incessants à travers le monticule... Plusieurs gros animaux, comme les blaireaux, les hérissons, les taupes ou les oiseaux ne dédaignent pas se mettre un ou deux bousier sous la dent quand l'occasion se présente.

Sphaeridium scarabaeoides


Ensuite, nous retrouvons quelques animaux qui profitent de ces déjections pour se reproduire. L'amour est dans la bouse, c'est bien connu ! Quelques espèces de bousiers mâles fabriquent de belles boules de bouses bien cylindriques en guise de présents pour convaincre les femelles de s'accoupler avec eux.

En fait, vous l'aurez compris, la vie grouille dans une bouse, notamment dans la partie la plus profonde de celle-ci, en l'occurrence la plus riche en eau et donc recherchée par les larves. Ainsi, suite à l'action des animaux coprophages, une bouse serait dégradée en 12 mois seulement ! Sans cette communauté animale, il faudrait attendre jusqu'à 48 mois ! Mais les animaux ne sont pas les seuls organismes inscrits dans le processus de décomposition et de recyclage de la matière organique. Il existe des champignons du genre Psilocybe qui participe notamment à la décomposition des bouses. Les multiples trous effectués dans la crotte par les vers ou les coléoptères permettent de l'aérer et alors de favoriser l'action des micro-organismes aérobie (c'est-à-dire dont l'action nécessite la présence d'oxygène, donc de l'air) : champignons microscopiques, bactéries etc...

Finalement, l'enfouissement de la matière fécale par divers organismes (insectes, champignons, bactéries...) et par certains facteurs abiotiques (comme la pluie) permet d'enrichir les sols et de stimuler les populations de petits Arthropodes qui y vivent tels que les Collemboles ou les Acariens. La phase ultime de l'évolution de la bouse se fait sentir par la disparition progressive de la frontière écologique excrément/sol. En clair, tout se confond peu à peu jusqu'à ce que des organismes vivant dans les strates plus inférieures dans le sol participent à la décomposition et à la minéralisation des résidus de bouses, nous pouvons citer les Lombrics (les vers de terre), les Diplopodes (les mille-pattes) ou les Acariens. Toute la matière organique ingérée sera alors rejetée dans le sol, ces nutriments sont alors directement absorbés par les racines des plantes. Tout ce cycle, rapidement parcouru, participe au maintien des écosystèmes !

C'est un collembole



Cependant, la présence de coprophages décomposant les bouses ne confère pas une simple importance au fonctionnement d'un écosystème. En fait, ces coprophages représentent également un avantage économique. Pour vous en convaincre, je vous présente cette petite histoire. Au 18e siècle, de nombreux bovins ont été introduits par les colons en Australie. Or, qui dit "vaches" dit "quantité astronomique de bouses abandonnées dans les prairies australiennes". Seul problème - et malgré tout plus qu'important - les bousiers australiens et autres animaux coprophages ne participaient qu'au recyclage des étrons des marsupiaux ! Résultat, selon le Commonwealth Scientific and Industrial Research Organisation, du fait de l'absence de décomposeurs naturels, près de 450 millions de bouses se tassaient dans les prairies, étouffant alors les herbes et empêchant le renouvellement des prés de pâture. Les professionnels estimèrent que près d'un million d'hectares de prairies fut perdu chaque année. Sans surprise, l'économie du pays a été affectée. Ainsi, dans les années 1960, des scientifiques ont pris la décision d'introduire des espèces européennes de bousiers spécialisées dans la décomposition des bouses pour sauver les prairies australiennes ! Bref, les bousiers, c'est important !

Finalement, je souhaiterais terminer cet article sur un point agronomique. Il arrive que certains éleveurs utilisent des vermifuges anti-parasites afin d'immuniser leurs bovins. Certes, la santé du bovin est épargnée, mais pas la prairie ! En effet, ces substances chimiques, une fois relarguées en même temps que les bouses, sont souvent toxiques pour les organismes fréquentant les sols prairiaux. Par exemple, l'ivermectine (permettant de lutter contre la gale) peut troubler le cycle de vie de nombreux coléoptères coprophages, notamment causer une forte mortalité chez les larves. En plus de bouleverser la pédofaune (la faune du sol), l'utilisation de ces médicaments peut créer un déséquilibre à l'échelle de l'écosystème prairial, pourtant nécessaire à l'élevage des bovins. C'est la vache qui se mord la queue...

Voilà, j'espère vous avoir appris quelques éléments sur le fait qu'une simple bouse de vache - et même n'importe quelle autre déjection animale - est considérée comme un véritable petit écosystème. Les coprophages qui s'y rencontrent permettent de la décomposer et jouent un rôle important dans le recyclage de la matière organique. Mais pas seulement ! Ces décomposeurs apportent de nombreux bénéfices économiques aux gouvernements. Evidemment, je finis par vous dire que les excréments d'animaux sont une infime part parmi toute la matière organique recyclée par les décomposeurs autour du globe (entrent en jeu les cadavres, les feuilles mortes etc...). Ceci dit, l'exemple était parfait à présenter !

Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

Lexique :
- ruminants : se dit des animaux qui ruminent (jusque-là, je ne t'apprends rien !). Voici quelques exemples de ruminants : les bovins, les cervidés (cerfs et compagnie), les girafes etc...
- rumination*: elle remplit de nombreux rôles. Elle permet à l'animal de réduire le temps de mastication et de stocker l'herbe broutée dans la panse pour la mastiquer plus tard quand ça lui chante. Cela va de pair avec le fait que la rumination permette à l'animal de rester le moins de temps possible debout, donc vulnérable, dans une pairie en train de mastiquer. Eh oui, puisque pour ruminer, la vache se couche et devient alors moins visible par les prédateurs !

Sources :
- Safari dans la bouse et autres découvertes bucoliques, de Marc Giraud. Editions Delachaux et Niestlé, 2014.
- Voyage au centre de la bouse de vache, réussir-bovin, vol. 153, 2008, p.127
- www.environnement.swissmilk.ch/issue/matiere-fourragere-digestion/
Tyndale-Biscoe M. 2001. Common dung beetles in pastures of south-eastern Australia. CSIRO PUBLISHING, Melbourne, Australia. 71 pp.
-Tyndale-Bisoce M. 1996. Australia's introduced dung beetles: original releases and distributions. CSIRO Entomology Technical Report. No. 62. 149 pp.
-www.media2.picsearch.com/is1SyuWstWjFmbr8_wJjR7RoOh0y62ai6h1wnjgxyVLG0&height=304
- www.supagro.fr
- http://oatao.univ-toulouse.fr/2016/1/debouch_2016.pdf