dimanche 26 février 2017

Pourquoi les régions tropicales sont-elles plus disco que les régions tempérées ?

Un sujet compliqué à aborder à mon goût, mais je me lance quand même ! 
Vous avez sûrement déjà aperçu cette flagrante différence de nuances entre les régions tropicales et tempérées. Par exemple, les documentaires télévisés radotent et vous montrent sans arrêt la même chose : un beau toucan coloré perché sur une branche, des fleurs gigantesques aux grands pétales teintés ou bien des insectes à la cuticule métallisée ! Certes, ces images donnent envie d'embarquer immédiatement dans un avion en direction du Costa Rica mais, reflètent-elles vraiment la réalité ? Est-ce que les espèces animales et végétales des régions tropicales sont plus colorées que celles de nos régions tempérées ? 
En fait, tout est une question d'adaptation. Je vais surtout détailler le cas des oiseaux car, personnellement, je trouve que ces sont ces animaux qui arborent les plus belles longueurs d'onde.

Toucan à bec rouge (Ramphastos tucanus)

Sachez que les oiseaux aux tons ternes, il y en a de partout, en grande proportion, que l'on se trouve aux fins fonds de l'Amazonie ou dans les belles forêts alpines. Je m'explique. 
Les forêts tropicales se développent dans un milieu humide et chaud, tout le long de l'année. Les arbres restent alors verts de Janvier à...Janvier ! En revanche, nos régions tempérées sont plutôt caractérisées par des étés doux et des hivers froids. Les températures ne sont jamais extrêmement basses ou élevées. La plupart de nos grands arbres portent un feuillage caduque, c'est-à-dire que les feuilles tombent en automne et se renouvellent au Printemps. 
Voyez-vous où est-ce que je veux en venir ? En fait, les oiseaux au plumage terne peuvent se camoufler dans les arbres dénudés durant la saison hivernale. Alors que dans les régions tropicales, les oiseaux à la robe colorée pourront se camoufler dans les feuillages touffus verdoyants. 

"Mais tout à l'heure il a écrit que la proportion d'oiseaux gris bruns était importante dans les deux types de latitudes". Attends. J'allais en venir. En fait, les Avés au plumage morne dans la forêt tropicale sont bien présents, mais dans les strates inférieures de la jungle, là où les rayons de soleil parviennent peu à se frayer un chemin à travers la frondaison. Pour citer un exemple, on connaît le Grimpar des plateaux (Dendrocolaptes platyrostris) au pelage sombre, vivant en Amérique du Sud et qui fréquente les zones moins éclairées des forêts.

Grimpar des plateaux (Dendrocolaptes platyrostris)


Vous l'avez donc compris, les oiseaux colorés que l'on voit sur Arte, côtoient les strates supérieures des forêts tropicales. Penchons-nous un peu plus sur l'iridescence du plumage de certains piafs. Ce phénomène est grandement adapté aux variations de luminosité que subissent les milieux tropicaux. En fait, un reflet iridescent chez un oiseau de nos régions pourrait être capté plus rapidement par un prédateur, en milieu ouvert, et donc rendre l'animal plus vulnérable. En revanche, ce reflet n'aura pas ou peu d'incidence dans les région tropicales ! Que la nature est bien faite...

Mais la brillance du plumage n'a pas pour seule origine la défense (ou non) face à des prédateurs. Vous vous en doutez : "plus tu es coloré, plus tu attireras la femelle, plus tu pourras transmettre tes gènes aux descendances futures". La parade nuptiale, pardi ! Que les mâles oiseaux sont beaux ! Leurs vives couleurs leur permettent donc d'augmenter leurs chances de survie, on parle de sélection intersexuelle, selon le bon vieux Charles Darwin. 

Enfin, dernier aspect sur la couleur du plumage. De nombreux zoologistes et naturalistes ont remarqué que les oiseaux colorés avaient un régime alimentaire frugivore alors que ceux aux tonalités mornes étaient plutôt insectivores. Pourquoi ? Il semblerait que la capture de fruits soit plus facile que la capture d'insectes. Je m'explique. Les oiseaux frugivores perdent moins de temps dans la recherche de nourriture, ce "gain" de temps est donc l'occasion pour les mâles de s'affronter et d'effectuer leurs belles parades amoureuses. Les piafs colorés pourront donc entamer quelques élégantes danses nuptiales. TOUT EST LIE ! Tandis que les oiseaux insectivores sacrifient une bonne partie de leur temps dans la chasse aux insectes, la combativité entre mâles est donc moins importante ! 

Je pourrais également traiter l'exemple des Amphibiens qui est tout aussi passionnant et fascinant. Peut-être dans un prochain article.
En tout cas, j'espère que cet article vous a plus. Pour ma part, j'ai pris beaucoup de plaisir à l'écrire. Si c'est la cas, n'hésitez pas à laisser un commentaire ! Merci, à bientôt ! 


Sources des photos :
 - http://www.oiseaux.net/oiseaux/grimpar.des.plateaux.html
- http://candy199.skyrock.com/70.html

dimanche 19 février 2017

Le Guêpier d'Europe (Merops apiaster)

Aaaaah, cela faisait longtemps que je n'avais pas publié d'article sur les oiseaux ! 
Aujourd'hui, je vais vous présenter le Guêpier d'Europe (Merops apiaster).
Cet oiseau est arboré de nombreuses couleurs vives, aux reflets métalliques. Le dos paraît brun, jaunâtre alors que le ventre est plus dans les tons vert-bleu turquoise. 
On classe cet oiseau dans l'ordre des Coraciiformes, comprenez en grec "à la forme d'un corbeau". Son envergure peut atteindre les 50 cm,  pour un poids de 44 à 78g en moyenne.

Cette photo n'est pas la mienne mais elle permet de bien poser un regard sur le plumage coloré du Guêpier

Ce bel oiseau affectionne les milieux très ouverts, près d'un cours d'eau notamment. Il bâtit souvent son terrier pour nicher, à l'aide de son bec arqué, dans des falaises d'éboulis ou sur les berges sablonneuses, des milieux présentant une roche meuble, en définitive.
Le Guêpier d'Europe est une espèce monotypique* présente dans une majeure partie du vieux continent, en Asie, en Afrique du Nord et du Sud. Pour information, j'ai pris les photos exposées ci-dessous près du fleuve de l'Isère.

Ces oiseaux, maladroits sur terre, sont dotés en revanche d'une aisance et d'une rapidité extrêmes en vol. D'ailleurs, ils sont tellement vifs, que c'est en les écoutant que l'on parvient à les déterminer le mieux. En effet, leur cri est très caractéristique de cette espèce : des sortes de cris roulés aigus.


Savez-vous pourquoi son nom vernaculaire est Guêpier d'Europe ? Cet oiseau est insectivore, il raffole des Hyménoptères, l'ordre qui regroupent guêpes, abeilles, bourdons...Mais pas que, il se contente aussi des mouches, termites, criquets, sauterelles, papillons... Les Guêpiers chassent en groupe en vol, à la manière des hirondelles.

Entre Mars et avril, les colonies de Guêpier quittent les pays chauds du Sud pour rejoindre l'Europe, où ils se reproduiront. Ils y séjourneront jusqu'à mi-Août, avant d'entamer une migration postnuptiale. Ces oiseaux vivent en colonies composées d'une dizaine de couples. Oui, cette espèce est monogame, comme nous (normalement). Certains éthologues ont même affirmé que quelques couples pouvaient s'unir pour la vie. Cela reste à confirmer.





Parfois, on peut se rendre compte de la présence du Guêpier en analysant les carcasses d'insectes gisant sur le sol. En fait, l'oiseau ne peut pas digérer la cuticule chitineuse de l'Arthropode. Il recrache alors des sortes de "pelotes de réjection" pleines d'élytres et de carapaces dures.



Voilà, cet article est terminé. J'espère que vous l'avez apprécié ! Autant le texte que les photos ! :)
Merci et à bientôt ! :)

jeudi 16 février 2017

Mais que fous-je ?!

Depuis petit, j'adore passer mon temps libre à dessiner, écrire, créer, faire travailler ma mémoire...bref, imaginer quoi.
Pendant les deux années de prépa, j'ai un peu interrompu ces activités "cérébrales de détente" pour me consacrer aux cours hardcore de BCPST ! En vain. Cependant, on pourrait penser que j'ai tiré de ces deux années un bilan complètement négatif. Ce n'est pas le cas, étudier la biologie en prépa m'a donné l'envie d'apprendre encore plus, cela a élargi mes horizons. Plus j'apprends et plus je sais que je ne sais rien, telle est la devise de la science. J'ai donc à partir de ce moment consacré mon temps à la photographie, au naturalisme, à la lecture scientifique etc... Ma passion pour la bio n'a plus de limites.
J'ai eu alors l'idée d'exprimer cette passion en écrivant, et en entretenant ce site. Je prends beaucoup de plaisir à rédiger ces petits articles. Faire apprendre aux gens est quelque chose de fabuleux, même à ceux qui ne font quasiment jamais de bio ! Au contraire, vulgariser la science la rend plus accessible à tout type de public.

Mais, depuis un petit moment, je veux exprimer cette passion autrement. Passer de l'écrit à l'oral. Bref, faire des vidéos de bio sur YouTube (tout en continuant d'entretenir le site). J'ai déjà commencé mais je n'ai rien publié publiquement. Ces vidéos porteront notamment sur la zoologie, l'éthologie, l'évolution, l'écologie etc... tout ceci vulgarisé évidemment !
Mais bon, faut que j'avoue, je mets du temps à me décider à publier la première vidéo. La peur du regard des autres... Une réaction humaine, c'est sûr, mais j'attends le bon moment pour publier.
Par ailleurs, je prends grave de plaisir à écrire les textes, à tourner les vidéos qui me correspondent. Et pour ceux qui me suivront et me soutiendront, je tiens à préciser que j'accepterai de plein fouet les bonnes ET mauvaises critiques à l'égard des vidéos. Les erreurs me permettront de progresser, au contraire. Je vous tiendrai au courant de la sortie de la première vidéo. J'espère que ce projet me conviendra et vous plaira !

Voilà, c'était important pour moi de faire cet article, je voulais mettre les choses au clair et expliquer mes "ambitions"! Sur ce, je vous dis à tous à bientôt sur l'Odyssée Terrestre. Merci ! :)

dimanche 12 février 2017

Le Demi-deuil (Melanargia galathea)

A présent, j'avais toujours présenté des papillons colorés vivement. Ici, je vais vous parler du Demi-deuil (Melanargia galathea) : un Lépidoptère noir et blanc. Ce papillon, appartenant à la famille des Nymphalidés, se reconnaît par ses motifs carrés noirs et blancs qui ornent les face supérieure et inférieure des ailes. D'ailleurs, on l'appelle aussi l'échiquier commun. 
On rencontre ce papillon diurne dans les prairies herbeuses, peuplées de graminées, de Juin à Septembre. Il vit dans quasiment toute l'Europe (exceptés l'Espagne, le Portugal, l'Ecosse, l'Angleterre et la Scandinavie), le Maghreb, l'Asie Mineure, le Sud de la Russie. 

Lors de la période de reproduction, le mâle scrute activement en vol l'émergence de la femelle parmi les poacées. Après la fécondation entre gamètes mâles et femelles, des œufs se forment et sont abandonnés en vol par la femelle. A la fin de l'été, des chenilles roux brun font surface puis partent à la recherche d'un abri pour l'hiver. Lorsque le printemps pointe le bout de son nez, la chenille se nymphose fin Mai. Quelques jours plus tard, un magnifique imago sort de la chrysalide et part à la recherche de nourriture et d'un partenaire de reproduction.












Voilà, ce petit article est terminé ! J'espère que les photos et le texte vous ont plus ! 
Dans un prochain article, je vous expliquerai un peu sur quel projet je suis en train de travailler. 
Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! :)

dimanche 5 février 2017

L'abeille, la plante et l'araignée

C'est connu, dans un écosystème, chaque espèce animale ou végétale entretient des relations interspécifiques plus ou moins étroites avec une ou plusieurs autre(s) espèce(s). Dans certains cas, on assiste par exemple à des relations de mutualisme (c'est-à-dire que les deux espèces tirent profit de cette relation) et dans d'autres cas, on est confrontés des relations proie/prédateurs. Et c'est un exemple illustrant la prédation que je vais développer : la lutte perpétuelle entre les insectes pollinisateurs de fleurs (les abeilles entre autres) et les araignées-crabes.
Ces arachnides, appartenant à la famille des Thomisidés, se perchent au sommet des fleurs et guettent l'arrivée d'un insecte pollinisateur venant prélever du nectar, passant ainsi à l'attaque. 
Pour ne pas se faire repérer, certaines espèces d'araignées-crabes ont une surprenante capacité de camouflage. On appelle cela le mimétisme. La couleur du thorax et de l'abdomen se fond dans les teintes de la fleur.   
Quand l'araignée a réussi à choper l'abeille (par exemple), elle aspire tout le liquide extracellulaire, pour délaisser au final un pauvre cadavre sec...

Araignée-crabe Napoléon (Synema globosum), la forme du chapeau de Napoléon Bonaparte se dessine sur son abdomen

Venons-en au cœur du problème. L'abeille rend service à la plante en dispersant ses grains de pollen sur une autre fleur de la même espèce. La plante offre en récompense du nectar à l'insecte. Et l'araignée loge sur la fleur et se nourrit de l'abeille. Voilà un bel exemple de chaîne trophique ! 
On pourrait se dire que les milieux dans lesquels abondent un grand nombre de Thomises seraient moins fréquentés par les abeilles, les plantes seraient donc moins pollinisées, et n'assurerait pas une bonne descendance et leur valeur sélective diminuerait. Tandis que les milieux abritant un nombre plus faible d'araignées-crabes seront davantage côtoyés parles insectes pollinisateurs, les fleurs auraient donc une bien meilleure "fitness". 

Araignée-crabe Napoléon (Synema globosum) à l'affût. On aperçoit bien les deux paires de pattes antérieures plus allongées que les autres lui donnant une allure de crabe
Une étude scientifique a été élaborée dans les années 2000 afin de savoir si la présence de ces araignées-crabes exerçait des effets négatifs sur l'action des pollinisateurs et leur nombre. Les chercheurs ont constaté un résultat qui paraît logique : là où il y a beaucoup d'araignées, il y a moins d'abeilles et vice versa. 
La question qui en découle est : POURQUOI ? Est-ce à cause de la prédation tout simplement ou bien du fait du changement de comportement des abeilles qui contournent le problème ? 
Déjà, la probabilité de succès des attaques de ces arachnides s’avérerait assez faible : seulement 20% des tentatives sont couronnées d'un succès, environ. Première hypothèse à rejeter ! 
En fait, ce sont les abeilles qui prennent connaissance des milieux colonisés le plus par les Thomises. Les insectes pollinisateurs seraient prêts à négliger les fleurs les plus nectarifères, c'est-à-dire celles logeant le plus d'araignées-crabes. Elles auraient tendance à se diriger en direction des fleurs les moins "succulentes", donc fréquentées par moins de prédateurs.

Mais alors, les fleurs au nectar le plus sucré disparaîtraient peu à peu d'un écosystème si ses gènes ne se propageaient pas dans la nature. Ce n'est pas le cas. D'un point de vue évolutif, certaines populations d'abeilles sont plus intrépides que d'autres et ont donc le "goût" du risque. Elles fréquentent les fleurs les plus nectarifères, qui sont des endroits dangereux mais qui ont néanmoins un rendement énergétique plus important. Ces réserves glucidiques permettent ainsi à la colonie de se reproduire plus "efficacement" et de progresser plus rapidement dans les travaux collectifs de la ruche.
Cette araignée-crabe est en train de dévorer une abeille domestique
Si on récapitule, se ruer sur des fleurs plus succulentes présente plus de dangers mais engendre un bon profit énergétique, même si le taux de mortalité risque d'être important. En revanche, les insectes fréquentant des fleurs moins succulentes ont certes des chances de survie plus élevées mais en tirent un faible rendement énergétique ayant des répercussions sur la vie collective de la ruche.
De plus, on sait que les abeilles sont des animaux sociaux. Elles travaillent pour la survie de leur colonie et non pas par pur individualisme. Alors, perdre une petite poignée d'individus à la recherche d'un succulent nectar n'entraîne pas la destruction complète de la colonie. Au contraire, il vaut mieux sacrifier quelques camarades et prélever un breuvage bien énergétique afin de produire plus de descendants "courageux".
Cependant, face à des abeilles davantage hardies, les araignées subiraient également des modifications comportementales, à long terme et développeraient des attaques plus concises. On parle alors de course aux armements. Mais je ne vais pas entrer dans les détails.




Cet effet de prédation exercerait alors une influence sur les relations interspécifiques entre le végétal et son insecte pollinisateur. Les plantes habitées par les araignées-crabes subiraient alors une diminution de leur valeur sélective. On appelle ce phénomène : cascade trophique descendante. La présence d'un Thomisidé sur une fleur aurait ainsi un impact écologique important sur cet écosystème. 

Une autre espèce de Thomise Napoléon, en rouge-orangé

Voilà, j'espère que cet article biologie-naturalisme ainsi que les photos vous ont plus ! Merci à tous de l'avoir lu :)