mercredi 8 août 2018

Le septième continent

Aaaah les vacances, le ciel bleu, le soleil, la mer… ça en fait rêver bien plus d’un non ? Pourtant, je suis prête à parier que nous nous sommes tous déjà retrouvés face à un bord de mer jonché de déchets plastiques. Et ça, c’est tout de suite moins fantasmant ! 

Bon, ce n’est plus une surprise si je vous dis que le constat de la pollution des océans mondiaux est aujourd’hui alarmant. Début juin 2018, l’ONU affirmait dans un rapport qu'environ 5.000 milliards de sacs en plastique sont consommés chaque année dans le monde, soit presque 10 millions par minute ! Pourtant ce n’est qu’une infime partie de ce plastique qui est recyclé, la majeure partie des déchets restants se retrouve alors dans le Grand Bleu.


La quantité de plastique à la dérive est telle que certains scientifiques parlent alors d’un « 7ème continent » de plastique. Je vous arrête de suite, ce nouveau continent n’est pas une montagne solide de déchets localisée, ce sont plutôt différentes zones étendues, des « soupes de plastiques » dispersées dans l’ensemble des océans (notamment dans le Pacifique). Et c’est justement cette étendue qui est comparable à la taille d’un continent. 

Comme vous le savez, les eaux marines sont soumises à des courants sous l’effet des vents (en partie). Ces courants marins convergent les uns vers les autres et forment alors d’énormes tourbillons permanents appelés « gyres océaniques » (comparable aux tourbillons qu’on peut observer dans nos éviers et toilettes avec certes une taille bien plus minime). 

Source : Geopolis-France-Info
Ces énormes tourbillons tournent dans le sens des aiguilles d’une montre dans l’hémisphère Nord, et en sens inverse dans l’hémisphère Sud du fait de la force de Coriolis (causée par la rotation de la Terre).

Tôt ou tard, les déchets plastiques à la dérive se retrouvent donc piégés dans ces gyres. On compte 5 principaux gyres (oui parce que j’aurai appris qu’on dit un gyre et non une gyre) qui se trouvent dans l’Atlantique Nord et Sud, le Pacifique Nord et Sud et dans l’océan Indien.  La zone d’accumulation qui fait le plus parler d’elle est le vortex de déchets du Pacifique Nord (ou The Great Pacific Garbage Patch pour les plus anglophones d’entre vous) puisque sa surface est estimée à six fois celle de la France (oui vous avez bien lu).   

Alors oui le Pacifique, c’est pas jojo. Mais désolé de vous décevoir, notre chère et tendre mer Méditerranée c’est aussi la foire à la saucisse puisqu’elle fait aujourd’hui partie des mers les plus polluées au monde. La concentration de plastique en mer Méditerranée serait même 4 fois plus élevée que dans l'île de plastique du Pacifique Nord. 
La WWF estime que près de 150-500 000 tonnes de macro-plastiques (sacs, bouchons, filets, bouteilles…) y sont rejetées chaque année. Mais surtout, sous l’effet du soleil (action chimique des UV qui provoque notamment des réactions d’oxydation) et de l’érosion marine, ces macro-plastiques se fragmentent  en petits morceaux qui eux même se fragmentent, etc. On arrive alors à des fragments dont la taille est inférieure à 5mm et qu’on appelle microplastiques. Les scientifiques estiment que ce sont 70 à 130 000 t de microplastiques qui sont rejetées en mer chaque année par l’Europe ! Je vous laisse imaginer le nombre de microplastiques nécessaires pour atteindre une telle masse… Pour info, Eriksen et al. ont estimé en 2014, que plus de 5 mille milliards de microplastiques flottent à la surface des océans soit plus de 250 000 t. De quoi faire tourner la tête… 
Et nous, les français, n’avons pas de quoi être fiers puisque nous nous hissons à la 5ème place des pays Méditerranéens les plus pollueurs avec près de 66 tonnes de plastiques déversés en mer derrière l’Egypte (77), l’Italie (90), l’Espagne (126) et la Turquie (144). Cocorico…

En 2016, des chercheurs ont mis en évidence pour la première fois la présence de nanoparticules de plastiques (c’est-à-dire des fragments de l’ordre du nanomètre soit 10^-9m) dans les océans mondiaux. Pour vous donner une idée, le nanomètre est utilisé pour exprimer des dimensions aux échelles atomique et moléculaire. 

Le problème de retrouver des fragments de plus en plus minuscules est que les organismes en ingèrent de plus en plus facilement… Le zooplancton, les moules, les poissons ou encore les Cétacés et tout autre organisme marin en bouffent alors, ce qui peut avoir, à long terme, des conséquences néfastes sur leur santé (malformations, reproduction altérée, maladies…). Bref, ça fout en l'air moults écosystèmes !   
Mais le problème réside surtout dans le phénomène de bioacccumulation. Le zooplancton ingère des microparticules, ces zooplanctons sont ingérés par certains poissons qui sont eux-mêmes mangés par des poissons plus gros, puis les gros prédateurs et ce, jusqu’à l’Homme. Le long de cette chaîne trophique, les composés sont de plus en plus concentrés et les concentrations de plastiques présentes dans les organismes deviennent alors supérieures aux concentrations présentes dans l’eau environnante. Nous polluons nous-mêmes l'océan pour, au final, nous détruire la santé aussi ! L'Homme est un animal tellement malin...

Schéma illustrant le principe de bioaccumulation (Source : Wikipedia). 
Bon  là,  je  vous  ai  parlé  des  microplastiques  mais,  comme  vous  le  savez,  les  macroplastiques  sont aussi pas mal dans  leur  genre. Vous  avez  tous  déjà  vu  des  photos  de  tortues  avec  des  pailles  coincées  dans  leurs  narines,  ou  avec  la  carapace  déformée  par  des  filets,  des  oiseaux  enchevêtrés  dans  des  sacs  plastiques,  et  j’en  passe. 

















Beaucoup  d’animaux  se  nourrissent  aussi  de  macroplastiques  et  microplastiques  par  confusion  :  l’apparence  et  l’odeur  des  plastiques  peuvent  rappeler  celles  de  certaines  proies  (méduses,  krill...).

Campagne de sensibilisation à la pollution plastique par l'association MEDASSET 

Sachez  aussi  que  certains  organismes  peuvent  se  fixer  sur  les  plastiques  à  la dérive.  Les  plastiques  participent  donc  à  l’introduction  d’espèces  dans  un  environnement  où  elles  étaient  auparavant  absentes  :  on  parle  d’espèces  exotiques  invasives.  Or,  ces  espèces  exotiques  indésirables  peuvent  être  agressives  et  pourraient  nuire  aux  écosystèmes  littoraux,  intertidaux  et  littoraux. 

Ainsi,  d’après  la  WWF,  à  l’échelle  mondiale,  environ  700  espèces  marines  sont  menacées  par  le  plastique,  dont  17  %  sont  classées  par  l’UICN  comme  «  menacées  »  ou  «  en  danger  critique d’extinction  »,  Nous pouvons citer quelques cas comme ceux du  phoque  moine  d’Hawaï,  de la  tortue  Caouanne  et  du  puffin  fuligineux.

Comme  vous  le  savez,  différentes  solutions  ont  été  mises  en  place  et  d’autres  sont  en  cours  de  développement  pour  diminuer  cette  masse  astronomique  de  plastoc  à  la  dérive.  Par  exemple,  la  fondation  «  The  Ocean  Clean  Up  »  créée  en  2013,  est  en  train  de  finaliser  un  très  gros  projet  qui  devrait  être  lancé  cet  été  !  Son  but  :  nettoyer  près  de  la  moitié  du  «  vortex  de  déchets  »  du  Pacifique  Nord  en  5  ans  seulement.  Pour  cela,  un  flotteur  de  600  m  de  long  positionné  en  U  à  la  surface  de  l’eau et  et  une  «  jupe  »  de  3  mètres  de  profondeur  ont  été  conçus  pour  retenir  les  débris  plastiques.  Ce  système  est  transporté  par  les  courants  et  le  plastique  se  retrouve  coincé  au  milieu.  Un  bateau  «  poubelle  »  est  prévu  chaque  mois  pour  récupérer  le  plastique  récolté  qui  sera  alors  RECYCLÉ  !  Pour  parfaire  le  tout,  ce  système  a  été  pensé  de  manière  à  faire  face  aux  tempêtes  et  ne  pas  gêner  la  faune  environnante.    A  voir  maintenant  si  les  résultats  attendus  seront  atteints...

Source : The Ocean Cleanup


D’autres  projets  existent  comme  «  The  Seabin  project  »  qui  a  lancé  des  poubelles  aspirantes  placées  au  niveau  des  ports.  Cette  poubelle  permet  non  seulement  de  récolter  les  déchets  plastiques  mais  elle  permet  aussi  de  collecter  des  polluants  flottant  à  la  surface  de  l’eau.    Grosso  modo,  la  Seabin  est  reliée  à  une  pompe  électrique  qui  crée  un  courant  d’eau  continu  pour  attirer  les  déchets  dans  un  sac  en  fibres  naturelles.  Un  séparateur  dissocie  les  hydrocarbures  de  l’eau  rejetée.  D’ailleurs,  La  Grande  Motte  est  la  première  commune  française  à  avoir  signé  un  accord  de  collaboration  pour  participer  à  son  développement !   
Alors,  certes,  ces  solutions  sont  déjà  un  bon  début mais la  majorité  d’entre  elles  visent  à  guérir  les  dégâts  déjà  causés.  Et  comme  le  dit  ta  maman  (ou  non  d’ailleurs),  «  mieux  vaut  prévenir  que  guérir  »  :  pour  diminuer  la  quantité  de  plastiques  des  eaux  ça  commence  sur terre  !  ALORS  ON  SE  SORT  LES  DOIIIIIIIGTS  DU... euh...de l'entrefesse !! 

Voilà,  cet  article  se  termine  sur  cette  note  poétique  qui  me  tenait  à  cœur.  J’espère  qu’il  vous  aura  plu  et  appris  certains  éléments,  vous  pouvez  retrouver  les  articles  utilisés  dans  les  sources  ci-dessous  si  vous  voulez  en  savoir  plus !    

A  bientôt  sur  l’Odyssée  Terrestre !


Sources  :  

- www.theoceancleanup.com/

- www.wwf.fr/mediterranee-pollution-plastique

- www.seabinproject.com/
- www.septiemecontinent.com/
- ww.curieuxdesavoir.com/113-les-plastiques-environnemen.html

- Eriksen,  M.,  Lebreton,  L.  C.,  Carson,  H.  S.,  Thiel,  M.,  Moore,  C.  J.,  Borerro,  J.  C.,  ...  &  Reisser,  J.  (2014).  Plastic  pollution  in  the  world's  oceans:  more  than  5  trillion  plastic  pieces  weighing  over  250,000  tons  afloat  at  sea.  PloS  one,  9(12),  e111913.  

- Cole,  M.,  Lindeque,  P.,  Fileman,  E.,  Halsband,  C.,  Goodhead,  R.,  Moger,  J.,  &  Galloway,  T.  S.  (2013).  Microplastic  ingestion  by  zooplankton.  Environmental  science  &  technology,  47(12),  6646-6655.

- Gigault,  J.,  Pedrono,  B.,  Maxit,  B.,  &  Ter  Halle,  A.  (2016).  Marine  plastic  litter:  the  unanalyzed  nano-fraction.  Environmental  Science:  Nano,  3(2),  346-350.

- Mattsson,  K.,  Johnson,  E.  V.,  Malmendal,  A.,  Linse,  S.,  Hansson,  L.  A.,  &  Cedervall,  T.  (2017).  Brain  damage  and  behavioural  disorders  in  fish  induced  by  plastic  nanoparticles  delivered  through  the  food  chain.  Scientific  Reports,  7(1),  11452.

- Derraik,  J.  G.  (2002).  The  pollution  of  the  marine  environment  by  plastic  debris:  a  review.  Marine  pollution  bulletin,  44(9),  842-852.

1 commentaire:

  1. À propos de The Ocean Clean Up, on peut regarder cette vidéo de Monsieur Bidouille : https://www.youtube.com/watch?v=oLsGvAQwkSw

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