dimanche 21 mai 2017

Le reflet du Marsupial

Saviez-vous que votre chien ou votre chat, des animaux Placentaires, possèdent des sosies Marsupiaux ?!
La Classe des Mammifères est découpée en trois groupes :
- Les Protothériens (regroupant les ornithorynques et les échidnés, entre autres) ;
- Les Métathériens (appelés communément les Marsupiaux) ;
- Les Euthériens (ce sont les Placentaires). 
Nous nous intéressons dans cet article aux deux derniers : les Thériens (signifiant "animaux sauvages" en grec). 
Les Mammifères Placentaires mettent au monde un juvénile qui a déjà la morphologie de l'adulte. Il subira simplement des phases de croissance. Cela est dû au placenta de la mère qui est bien développé. 
En revanche, les Mammifères Marsupiaux donnent naissance à une larve marsupiale qui se réfugie rapidement dans une sorte de poche (que l'on prénomme le marsupium) où se trouvent les mamelles. Les épithéliums de la mère et du gosse vont alors fusionner jusqu'à la deuxième naissance afin d'entretenir des échanges intimes de nutriments et de gaz. C'est fou comme tout cela m'émoustille ! 

Le point de divergence entre ces deux groupes d'animaux remontent à -140 millions d'années ! Les deux groupes ont évolué quasiment indépendamment. Les Métathériens étaient répartis majoritairement en Océanie, bien que quelques espèces marsupiales vivaient en Amérique du Sud (surtout les Opossums) ou même en Amérique du Nord, en témoignent des fossiles très anciens ! Mais c'est en Chine que le plus vieux fossile de marsupial a été découvert, datant de 125 millions d'années !
Mais, je vais me pencher sur le fait passionnant que certains Marsupiaux possèdent un homologue Placentaire. Un peu comme s'ils apercevaient leur reflet dans une flaque d'eau ! J'exagère légèrement mais ce que je vais dire est tout de même surprenant !

Partons d'un exemple savamment développé par Richard Dawkins dans son ouvrage "Il était une fois nos ancêtres, une histoire de l'évolution". Si je vous dis "petit mammifère vivant sous la terre et qui défonce vos jardins", vous me répondrez très probablement et triomphalement : "c'est la taupe" ! Évident. Et si je vous montre quelques photos de cet animal fouisseur, sauriez-vous distinguer le marsupial du placentaire ?! Je pense que la tâche s'avère cette fois plus délicate.
En Europe, on connaît tous la taupe d'Europe justement (Talpa europaea). Ce petit mammifère placentaire, appartenant à la famille des Talpidés, est caractérisé notamment par la présence d'yeux atrophiés (en effet, ils lui permettent de distinguer seulement les mouvements), de pattes assez robustes aux mains polydactiles (un doigt en plus) avec griffes adaptées au creusement ainsi que l'absence de pavillon auditif externe.
Cette taupe des jardins possède un homologue marsupial, appelé simplement taupe marsupiale, appartenant à la famille des Notoryctidés. Elle possède grosso-modo les mêmes caractéristiques adaptées au mode de vie fouisseur que celles de Talpa europaea (courte queue, yeux réduits, pattes "pelleteuses", pas d'oreilles visibles...). Pour être clair, on parle ici de convergence évolutive double. Comme son nom l'indique, c'est un processus évolutif qui conduit à une ressemblance morphologique (dans ce cas) ou comportementale entre espèces  taxonomiquement éloignées sous la pression d'un facteur commun contraignant du milieu (le mode de vie fouisseur).

Talpa europaea


Une espèce de taupe marsupiale

Mais est-ce que la convergence évolutive explique tous les cas de ressemblances entre Placentaires et Marsupiaux ?!
La réponse est "sûrement" ! On dénombre une multitude d'exemples de ressemblances entre Métathériens et Euthériens. Les deux espèces vivent souvent dans un milieu aux contraintes biotiques ou abiotiques semblables, ce qui explique leurs ressemblances morphologiques ou comportementales, malgré qu'elles se soient développées indépendamment les unes des autres.

Je vais illustrer ces propos par d'autres courts exemples.
Tiens, au début de l'article, j'ai mentionné le cas de votre toutou ! Enfin, plus précisément, étudions le loup gris (Canis lupus), celui que tout le monde connaît. Ce dernier possède aussi son homologue marsupial : le loup de Tasmanie ou Thylacine (Thylacinus cynocephalus). Cette espèce de Métathérien est désormais éteinte. En effet, autrefois très répandu en Australinée*, la chasse intensive, l'implantation des colons ainsi que l'introduction des chiens domestiques ont été à l'origine de sa disparition. Grossièrement, le Thylacine a un dos rayé et a tout l'air d'un loup placentaire. La ressemblance squelettique est incroyable. Une différence majeure entre les deux espèces s'observe anatomiquement, au niveau de l'os du palais creusé de deux trous proéminents chez le marsupial.


Squelette de Canis lupus



Squelette de Thylacinus cynocephalus


Dernier exemple, celui de l'écureuil volant d'Amérique du Nord (Glaucomys volans) et le Phalanger volant (Petaurus breviceps). Vous l'aurez deviné, ces deux espèces ont la capacité de voler, enfin plutôt planer (il ne s'agit pas d'un vol actif comme l'exercent la plupart des oiseaux). Ces deux animaux vivent dans des milieux forestiers. Les grands arbres leur permettent alors de s'élancer et de pratiquer ainsi le planage. Mais comment ces deux mammifères peuvent-ils défier la gravité ? En fait, leur peau est étirée entre leurs membres antérieurs et postérieurs, on appelle cette membrane épidermique le patagium. Ainsi, en s'élançant, cette surface de peau se déploie et permet le planage.
De plus, ces deux ""écureuils"" possèdent de larges yeux, leur permettant une vision nocturne optimale ! Un autre bel exemple de convergence évolutive !

Glaucomys volans

Petaurus breviceps


Cependant, certains marsupiaux ne possèdent absolument pas d'homologue placentaire, c'est le cas de la souris à miel. Evidemment, la remarque est valable dans l'autre sens. Il n'existe pas de marsupiaux aquatiques. En effet, il serait compliqué de protéger le fœtus dans une poche, ne pouvant contrer la poussée d'Archimède due au milieu aquatique peu porteur.

Ainsi, l'évolution a façonné les organismes, jusqu'à engendrer des ressemblances morphologiques ou comportementales entre plusieurs espèces marsupiales et placentaires vivant dans des milieux aux contraintes similaires (modes de vie fouisseur, chasseur ou planeur). Aujourd'hui, quelques 200 espèces de Métathériens prospèrent en Australie pour seulement quelques dizaines sur le continent américain. Pourquoi cette tendance ? Les raisons ne reposent que sur des hypothèses. Rien n'a encore été admis. Les marsupiaux ont peu à peu occupé l'ensemble des niches écologiques en Océanie, tandis qu'en Amérique, on observe l'exact contraire.
En tout cas, vous saurez maintenant que certains mammifères placentaires sont le "reflet" évolutif de quelques marsupiaux.

C'est ainsi que se termine cet article. J'espère que le sujet vous a intéressé ! N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, ça me ferait vraiment plaisir. Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 


*C'est le nom assez drôle qu'a donné Dawkins en parlant de l'Australie et la Nouvelle-Guinée.


Sources photos :
- http://biodiv.balma.free.fr/v0/spip.php?article304&artpart=portfolio
-  https://fr.vikidia.org/wiki/Taupe_marsupiale
-http://www.decouvertes-gallimard-jeunesse.fr/Yeux-Decouverte/ydd_galerie_image.php?id=A62257&image=3207&page=2
- https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cc/Beutelwolfskelett_brehm.png
- https://petitcommite.wordpress.com/2012/07/04/watch-out-flying-squirrel-alert/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Phalanger_volant

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