dimanche 14 mai 2017

Sauvez la planète, mangez des termites !

Rien de plus fascinants que les termitières ! Oui je sais, dans tous mes articles, je ne fais que répéter la même chose : "tout est fascinant". Ce n'est pas de ma faute si la biologie est fascinante !
Trêve de plaisanteries ! Le termite (et oui c'est masculin !) est considéré comme une espèce "clef de voûte", dit-on dans le jargon de l'écologie, c'est-à-dire dont la présence façonne un écosystème et permet le développement d'autres espèces. Les édifices que ces colonies de Blattoptères bâtissent atteignent 3 mètres de hauteur en moyenne. Toutes ces activités participent alors à l'aération du sol et à la production d'humus (c'est la strate supérieure du sol formée par décomposition de la matière organique). Je trouve dommage que l'on retienne plus souvent les dégâts causés par les termites plutôt que le rôle important qu'ils remplissent au sein d'un écosystème donné. On distingue trois types de termites : 
- les xylophages : ceux qui mangent le bois mort ;
- les humivores : ils s'occupent de creuser les galeries et donc se nourrissent de la matière en décomposition de la même manière que les vers de terre ; 
- les champignonnistes : cultivateurs de champignons symbiotiques.


On distingue bien les puissantes pièces buccales broyeuses

Et comme tous les êtres vivants, toutes les chaînes de réaction de dégradation mènent à la production de substances "non désirables" : les déchets métaboliques. De même que l'Homme, les termites rejettent des gaz comme le dioxyde de carbone ou bien le méthane.
Mais, avant de développer davantage le sujet, focalisons-nous sur cette molécule chimique : un carbone lié à quatre atomes d'hydrogène. Le méthane est un gaz à effet de serre, bien plus puissant que le dioxyde de carbone, et participe au réchauffement de l'atmosphère en absorbant les rayonnements infrarouges. Bref, plus on rejettera de méthane dans l'atmosphère, plus les conséquences environnementales s'aggraveront. Ce gaz provient notamment de la riziculture, des mangroves, de l'élevage bovin intensif, du transport, de l'utilisation des énergies fossiles mais aussi... de l'activité des termites ! Et oui, pourquoi donnons-nous toujours la faute à ces pauvres vaches ?! Pourtant les chiffres ne sont pas négligeables ! 12% du méthane d'origine naturelle sont produits par les termites. Par exemple, 0,88 micromole de méthane par gramme de termites humivores est rejeté par heure. 
Je me suis amusé à faire des petits calculs permettant de comparer ce chiffre avec celui des vaches (de type laitière par exemple). J'ai vu déjà qu'une vache laitière produit 119 kg de méthane/an. Or, une vache laitière pèse environ 800 kg. Ainsi, 0,15 g de méthane est produit par gramme de vache par an
La masse molaire du méthane est de 16,04 g/mol. On trouve alors une quantité de 0,12 g de méthane rejetée par gramme de termites par an.
Vous le constatez, les deux chiffres sont assez proches ! Cependant, j'ignore totalement laquelle des deux sources est la plus importante. Peu m'importe, les termites produisent une part non négligeable de méthane. 

Chez les termites, ce gaz est produit par fermentation intestinale, en condition anaérobie (c'est-à-dire où la concentration en dioxygène est très faible voire nulle !). Explications. Les termites humivores se nourrissent principalement de composants végétaux tels que la cellulose ou la lignine. Lorsque ces molécules parviennent à l'estomac de l'insecte (notamment au niveau de la panse), elles sont dégradées par une multitude de bactéries, constituant la microflore fermentaire. Parmi ces micro-organismes, on distingue les bactéries fermentaires et bactéries méthanogènes (par exemple, nous retrouvons chez certains termites humivores africains Cubitermes speciosus).


Chaîne très simplifiée de la dégradation de la matière végétale par les termites humivores et production de méthane



A noter que les termites xylophages hébergent un nombre moins important de bactéries méthanogènes et produisent alors moins de méthane. En revanche, ce sont les micro-organismes acétogènes qui y sont plus fréquents.

Ainsi, le potentiel global d'émission de méthane par les termites serait de 27 millions de tonnes par an (un chiffre qui serait vraisemblablement sous-estimé par la communauté scientifique).
Après ce bilan assez renversant, peut-être vous demandez-vous que l'on devrait éliminer totalement ces insectes, histoire de "sauver la planète" ? NEIN, NEIN, NEIN !! 
Comme dit précédemment, le termite est un animal "clef de voûte". Si les espèces venaient à disparaître, il y aurait de graves conséquences à l'échelle de l'écosystème ! Quels sont alors les rôles primordiaux remplis par ces Blattoptères ?
Déjà, on l'a bien développé, les termites participent à la minéralisation de la matière organique (transformer le carbone organique (lignine) en carbone minéral (méthane)). Les écologues ont même prénommé les termitières des "îlots de fertilité". En fait, en plus de la quantité de méthane produite, ils rejettent également beaucoup d'azote, un élément très apprécié des végétaux pour leur croissance. Ainsi, dans la savane africaine par exemple, de nombreuses espèces de plantes se développent autour des termitières, afin de bénéficier des grandes quantités d'azote rejetées ! 
Ces animaux participent alors à la genèse des sols tropicaux ainsi qu'à leur oxygénation, de même que les Lombrics (vers de terre). De plus, les termites améliorent le réseau hydrique souterrain en creusant tous ces kilomètres de galeries.

Voici à quoi ressemble une termitière argileuse dans la savane africaine

Egalement, j'en avais déjà parlé dans l'article "A quoi servent les moustiques ?", si l'on venait à supprimer tous les termites, cela entraînerait la disparition d'autres maillons de la chaîne trophique. Par exemple, certaines araignées se nourrissant de termites seraient décimées entraînant la disparition d'un oiseau se nourrissant d'araignées etc...

Ainsi, vous l'avez compris, l'impact des termites sur notre globe est très important. Ils sont directement inscrits dans les cycles biogéochimiques de l'azote et du carbone, permettant alors leurs utilisations et leurs libérations. 
Les termites, tout comme les vers de terre, remplissent des rôles primordiaux dans les écosystèmes tempérés ou tropicaux si bien qu'ils sont considérés comme des espèces ingénieures.
Enfin, j'espère vous avoir convaincus que, pour sauver la planète du réchauffement climatique, il ne faut pas s'attaquer aux termites ; mais plutôt modifier notre propre mode de vie quotidienne.
Tout ce que j'ai à vous dire c'est de sûrement manger moins de vaches pour réduire l'élevage bovin intensif, manger plus de termites, mais pas trop ! 

Voilà, j'espère que cet article vous a plu. Merci de l'avoir lu, à bientôt ! :)

Sources photos : 
- http://diagapart.fr/diagnostics/termites/
- http://dailygeekshow.com/termites-agriculture-decouverte/termitiere-afrique/

Source chiffres :
- http://www7.inra.fr



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire