dimanche 30 juillet 2017

Les rois de la Méditerranée - Méditerranée#2

S'il y a bien un animal marin qui est mis en avant, c'est lui : le dauphin ! Il est vrai que dans le monde animal, il jouit d'une place privilégiée, en tant que simple icône ou animal charmeur ou bien connu pour ses capacités intellectuelles particulières. Paradoxalement, le dauphin m'a longtemps agacé à cause de cette image exagérée de star des animaux qui lui colle à la peau. Cependant, cela fait 4 ans que je les côtoie presque quotidiennement et j'avoue qu'ils me fascinent, à présent ! 
Dans cet article, nous n'allons pas nous attarder sur le fait que le dauphin possède de nombreuses adaptations à la vie sous-marine (sûrement dans un prochain). Ici, parlons plutôt d'éthologie. Les comportements de cette espèce sont tout simplement époustouflants. Les dauphins vont directement à la rencontre des individus d'espèce différente, un comportement rare chez les "grands" animaux. Cela est mis en évidence par le caractère joueur et curieux de ces mammifères. 

Les dauphins sont évidemment des animaux sociaux (en général). Comme dans de nombreuses autres communautés animales, ils ont développés des moyens de communication à la fois visuels et sonores. Ils peuvent émettre deux types de sons : des cliquetis et des sifflements. Ces derniers pourraient être produits soit par un passage d'air au niveau du larynx ou soit par une expulsion d'air au niveau du melon* (les débats scientifiques sont toujours très ouverts). Un véritable langage ! 
Chaque dauphin possède sa propre carte d'identité sonore, lui permettant d'être reconnu individuellement dans un groupe. Chaque individu est caractérisé par un sifflement du "nom" de sa mère, puis un sifflement d'appartenance à un groupe et un sifflement propre à lui-même. 
Les cliquetis sont eux émis par des sacs d'air au niveau du melon. Cet organe est spécifique aux Odontocètes (opposés aux Mysticètes : les baleines) chez les cétacés. Les cliquetis se propagent dans l'eau et rebondissent sur des obstacles. Le dauphin peut alors estimer la distance le séparant de l'objet suivant le temps que la son a mis à revenir. On appelle ce phénomène : l'écholocation.


La communication visuelle est plus simpliste et facile à interpréter pour un humain. Les sauts sont un autre moyen de communication assez populaire ! Sortir de l'eau permet d'accroître la vitesse de déplacement du fait de la moindre résistance dans l'air plutôt que dans l'eau. Ces sauts peuvent traduire une action de fuite, d'amusement ou bien un duel entre jeunes mâles concurrents (montrer sa supériorité en vitesse pour séduire une femelle, par exemple). Les sauts provoquant des éclaboussures sont synonymes d'alerte à la pêche ! Le dauphin crée une onde de choc suffisamment importante à la surface pour étourdir les petits poissons à fleur d'eau. Mais cela peut aussi être synonyme de joie entre congénères. 
Mentionnons également un autre signal visuel peu connu : le claquement de la nageoire caudale à la surface de l'eau, de la part du dauphin leader du groupe. Il soulignerait un ordre de plongée immédiate de l'ensemble du groupe. 

Après avoir parlé de la communication entre individus, étudions la construction des groupes de dauphins. La composition de ceux-là évoluent durant les cycles de mise à bas et de pêche. Chaque groupe est constitué de plusieurs familles. Cependant, il n'est pas rare de voir de véritables pouponnières de bébés dauphins, c'est-à-dire des petits groupes composés de mères et bébés. Cette isolement s'explique par le fait que les nourrissons seraient trop handicapants pendant les sessions de pêche. Alors ce groupe sans mâles serait plus vulnérable face aux prédateurs ? Non ! En Méditerranée, le nombre de prédateurs est limité ! Ainsi, les phases d'apprentissage évoluent suivant l'âge des jeunes. Chez les dauphins, l'apprentissage se fait par mimétisme et en jouant. Le gosse apprend à maîtriser tous les mouvements et à améliorer la réactivité dans ses gestes. Une fois sevré (entre 10 et 18 mois), il apprendra à pêcher en groupe avec les autres individus. La période d'éducation varie en fonction de l'espèce.

Préalablement, si j'écrivais que le dauphin me fascine, c'est grâce à son comportement avec les autres individus. Et ce qui est intéressant, c'est de savoir que les dauphins ont conscience que leur langage n'est pas compréhensible par tous. En effet, le langage peut aussi être différent entre espèces dissemblables ou semblables. Les dauphins s'approchent de "l'interlocuteur" pour lui transmettre un message visuel (invitation au jeu, émission de bulles pour l'éloigner,...).
Mais ne pensez pas que chaque dauphin qui se rapproche d'un individu inconnu (toi par exemple) est animé par la curiosité et ne tient pas compte d'un quelconque danger ! Chacun doit suivre un "protocole". Tout d'abord, 2 ou 3 cétacés se détachent du groupe et évaluent l'objet/individu inconnu au bataillon, par écholocation et contact visuel. On les nomme les "ambassadeurs". Ce sont des dauphins adultes et en bonne santé. Après s'être écartés, ils communiquent la nature des informations au reste du groupe. Si l'approche peut être perçu comme un danger, les ambassadeurs se placent entre les membres sensibles du groupe et l'objet/individu dit "dangereux".

Voilà ce qu'il en est globalement de l'éthologie. On peut vous citer maintenant quelques adaptations (peu connues) à la vie sous-marine. Bon, déjà, rien d'étonnant, ce sont des mammifères, ils possèdent alors des poumons ! Cependant, l'utilisation de ces organes n'est pas la même qu'à l'air libre. Ces animaux se nourrissent sous l'eau, il peuvent être en apnée durant une quinzaine de minutes. Cette performance leur est permise par un fonctionnement des muscles très particulier en condition anaérobique (c'est-à-dire où la concentration en dioxygène est faible).Le dauphin a la capacité de renouveler  quasiment l’entièreté des gaz contenus dans ses poumons, 90% pour être précis (à titre de comparaison, nous en renouvelons seulement 15%). Si l'oxygène est abondant dans ses poumons, le dauphin doit être capable de conduire ce carburant jusqu'aux muscles et aux organes, et plus rapidement lorsqu'ils sont en activité plutôt qu'au repos ! Une fois de plus, le roi de la Méditerranée nous surpasse car il possède deux fois plus de globules rouges que nous dans le sang ! De même, le dauphin produit un quantité astronomique de myoglobines : dix fois plus que chez l'Homme ! Cousine de l'hémoglobine que nous possédons abondamment, cette protéine permet non pas le transport de l'oxygène mais son stockage en des endroits précis. Ainsi, cette molécule est présente de façon abondante près des muscles où l'oxygène peut être mobilisé très rapidement.
Ensuite, le sang, comme chez les mammifères terrestres, permet de maintenir une "bonne" température corporelle. Sauf que dans l'eau, les déperditions thermiques ne sont pas identiques à celles dans l'air. C'est alors qu'intervient le Rete mirabile, littéralement le "réseau admirable". C'est un système anatomique associant veines et artères permettant de réchauffer l'animal . Bon, partons d'un point simple. L'eau froide tend, logiquement, à refroidir le dauphin. Cette chaleur, que l'on associe à de l'énergie, est perdue, mauvais pour le dauphin ! Leur système sanguin ressemble à un gros nœud de vaisseaux sanguins, le sang chaud circulant dans les artères est refroidi avant d'arriver aux extrémités et ce par les veines ! Ainsi le différentiel de température entre le sang chaud arrivant et le milieu est moindre et le choc de déperditions thermiques est diminué.

Allez, dernier petit exemple d'adaptation à la vie sous-marine. Les dauphins sont connus pour être d'excellents joueurs et compagnons maritimes. Et très rapides en plus (jusqu'à  km/h) ! Une grande vitesse peut-être due à leur peau si lisse... Lisse vous ai-je dit ? Hmm... pas tout à fait en réalité. En effet, sous l'eau, une importante vitesse crée des turbulences dans le milieu, ce qui ralentit considérablement l'animal. Lorsqu'il a atteint une certaine vitesse, la peau du cétacé se plie permettant un écoulement de l'eau plus efficace et une absorption des turbulences !

plissement de la peau du dauphin à grande vitesse de nage
Finalement, ce cétacé est une véritable torpille sous l'eau ! De quoi rendre jaloux la marine nationale ! En effet, l'absence de pavillon auditif (réduit en un "trou"), la rétraction des mamelles chez la femelle et celle du pénis chez le mâle lui permettent d'améliorer son hydrodynamisme. En fait, seules ses nageoires font saillie. En parcourant l'animal de l'arrière vers l'avant, on distingue l'imposante nageoire caudale jouant un rôle de propulsion de l'animal. Puis, l'aileron dorsal permet sa stabilisation. Enfin, les nageoires pectorales permettent au dauphin de s'orienter et de se stabiliser également. Ajoutons aussi que les cellules de la peau du dauphin sécrètent une substance "huileuse" permettant d'améliorer sa pénétration dans l'eau. 

Pour conclure, pour quelqu'un qui ne portait pas les dauphins particulièrement dans son cœur... j'ai un peu revu mon jugement. Tout ça grâce aux expériences que j'ai vécues et que je vis toujours en méditerranée ! On espère, Aurélien et moi, vous avoir convaincus que les dauphins sont des animaux totalement géniaux aussi bien sur le plan éthologique que biologique au sens strict du terme. Prochainement, nous publierons un petit article présentant les espèces de dauphin côtoyant les eaux méditerranéennes.   

Merci à tous d'avoir lu cet article ! Merci encore à Léonard ! A bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire