lundi 12 février 2018

D'où viennent tous nos toutous ?

Ils sont partout. Sur tous les continents. Dans tous les pays. Dans toutes les civilisations. Ils existent sous plusieurs formes, couleurs, tailles... Bref, je parle évidemment de nos compagnons les toutous ! Actuellement, 500 millions de molosses peupleraient notre planète ! Un nombre hallucinant !
Mais, savez-vous vraiment quelle est origine commune de tous ces clebs ? Est-ce que le chien est une espèce à part entière ? Pouvons-nous créer de nouvelles "races" ? 

Avant tout, une petite présentation s'impose. Le chien, de son vrai nom Canis lupus familiaris, fait partie de la famille des Canidés, qui comprend aussi les renards, dingos, chacals et... loups ! Mmh, à vrai dire, cette phrase sonne faux ! Le chien est une sous-espèce du loup, plus précisément une sous-espèce domestique !
L'ancêtre du loup et du cabot aurait divergé dans le courant du Paléolithique, soit entre -27 000 ans et -40 000 ans ! Or, aussi bizarre que cela puisse paraître, ce n'est qu'en 2015 qu'une étude suédoise a pu prouver cette date de divergence chien/loup. Jusqu'à ce moment, les débats scientifiques étaient animés ! Reprenons depuis le début.

En fait, il faut savoir que l'Homme aurait commencé à côtoyer le loup il y a peut-être 400 000 ans, d'après la découverte de restes ostéologiques. Nos ancêtres, les chasseurs-cueilleurs, auraient capturé des petits louveteaux et les auraient apprivoisés pour la chasse et la surveillance des camps.

Grotte de Denisova dans le massif de l'Altaï

Cependant, les plus anciens restes de chien domestique ont été retrouvés notamment dans les grottes de Goyet en Belgique (datant de 36 000 BP*) et analysés au carbone 14. D'autres parties squelettiques ont été découvertes en Sibérie, dans les montagnes de l'Altaï, d'où le nom de "chien de l'Altaï". En analysant brièvement ce "spécimen", nous pouvions noter déjà que, morphologiquement, les os du museau du crâne étaient proportionnellement similaires à ceux d'un chien actuel (pas un chihuahua bien sûr, mais du genre Husky ou Berger Allemand...). Mais, ce sont les dents qui ressemblaient plus à celles d'un loup européen actuel. Toutes ces informations ont permis aux scientifiques d'émettre l'hypothèse que cette créature découverte dans la grotte était en phase de domestication.
Les analyses d'ADN exploitable, provenant de la dent du chien de l'Altaï, ont confirmé cette idée. Ce début de domestication aurait été permise par une sédentarisation progressive de l'Homme.

MAIS, il y a environ 26 000 ans, les conditions climatiques se sont dégradées. Durant le dernier épisode glaciaire que notre planète ait connu*, les hommes ont donc réadopté un mode de vie nomade pour tenter de fuir ces rudes conditions. Cette mobilité a rompu les interactions prolongées entre l'homme et les canidés, et donc bloqué tout processus de coévolution entre les deux espèces...
Ce n'est qu'aux alentours de -10 000 ans que la lignée des chiens modernes a pu s'établir progressivement jusqu'à nos jours.

Ainsi, lors de l'apparition de l'agriculture, le chien s'adapte peu à peu à l'alimentation des hommes plus diversifiée et acquiert la capacité à digérer l'amidon, via l'amylase, une enzyme qui demeure absente chez les loups ! De plus, il a été montré que les chiens produisaient des quantités plus importantes d'ocytocyne (une hormone liée à l'affectivité) que le loup ! C'est ce qui explique, sans doute, la très bonne amitié qu'entretiennent les Hommes et les clébards. C'est beau. 

Bon, ayant à présent une idée plus ou moins précise des origines de la domestication du chien, comment expliquer cette diversité des races ? Il est compliqué d'imaginer que nous sommes partis de la photo de gauche (ci-dessous) à la photo de droite...





Au départ, Charles Darwin pensait que toutes les races de chiens qu'il observait à son époque avaient été domestiquées indépendamment d'espèces différentes. Hélas, pour une fois, le naturaliste anglais avait tort sur ce point. Comme on l'a vu, toutes les races actuelles dérivent d'une seule espèce :  Canis lupus, le loup gris.

Dans la nature, les mutations (génétiques) créent de la nouveauté (dans notre génome). Certaines de ces mutations permettent à un individu de mieux survivre, et d'autres l'en empêchent. Grosso-modo, il existe alors un processus qui permet d'éliminer les mutants ne parvenant pas à survivre et de conserver ceux adaptés à l'environnement. Ce processus n'est rien d'autre que la sélection naturelle qui filtre les nombreux variants produits par les mutations ! Pour mieux comprendre, citons l'exemple du cou de la girafe qui a animé de nombreux débats entre Charles Darwin et Jean-Baptiste Lamarck. Imaginez une population de girafes ayant toutes un petit cou. Or, la taille du cou de la girafe est codée génétiquement, vous le savez. Imaginez alors une mutation se produire de façon aléatoire au niveau du gène correspondant. Cette mutation aurait permis d'allonger le cou de l'animal. Ce dernier serait privilégié pour atteindre les plus hauts feuillus. Les girafes à long cou se nourrissant mieux se reproduisent mieux et laissent plus de descendants. La sélection naturelle a favorisé les spécimens à long cou et, en revanche, défavorisé ceux à petit cou. La longueur du cou aurait été façonnée, à long terme, par des mutations aléatoires et par l'effet "filtration" de la sélection naturelle (en partie !).

Théorie de Charles Darwin

Bref, c'était une parenthèse pour vous expliquer les grands aspects de la sélection naturelle.
Mais, quand l'Homme intervient dans cette étape de filtration des variants (des individus, si vous préférez), on ne parle plus de sélection naturelle mais de sélection artificielle !
Depuis que l'Homme est devenu quasiment sédentaire, il sélectionne les chiens pour son propre intérêt, selon différents caractères. Au fil des millénaires, en croisant des variétés avec d'autres, nous avons abouti à un large éventail de formes de chien !
Au début, les chiens plutôt imposants et musclés étaient utilisés pour différents labeurs. Les plus petits étaient convoités dans les parties de chasse de rongeur.
Aujourd'hui, on distingue plusieurs morphes :
- les molossoïdes (bouledogue, Saint-Bernard) qui interviennent dans la garde notamment ;
- les braccoïdes (les Beagles, labradors...) utilisés dans la chasse ;
- les lévriers qui sont fins, musclés et puissants, utilisés dans la chasse aux animaux rapides ;
- les lupoïdes qui ressemblent aux loups (berger allemand...) ;
- plein d'autres petits chiens (yorkshire, chihuahua...) qui ont surtout le rôle d'animaux de compagnie.

Voilà, je n'ai rien d'autres à dire de plus, me semble-t-il ! Sachez que la période et le lieu de divergence du loup et du chien restent encore flous. J'ai sélectionné les informations récentes qui me semblaient les plus pertinentes. J'espère que cet article vous a plu ! Merci de l'avoir lu et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

Photo de chien mignon pour la fin 


Lexique :
- BP : "Before present", traduction : "avant aujourd'hui".
- le dernier épisode glaciaire, c'est la glaciation de Würm qui s'est terminée il y a plus de 10 000 ans. 

Sources :
- http://archaeology.about.com/od/domestications/qt/dogs.htm
- wikipedia.org

- www.science-et-vie.com

- http://www.dinosoria.com
M. Germonpré, M.V. Sablin, R.E. Stevens, R.E.M. Hedges, M. Hofreiter, M. Stiller et V. Jaenicke-Desprese, « Fossil dogs and wolves from Palaeolithic sites in Belgium, the Ukraine and Russia: osteometry, ancient DNA and stable isotopes »,  Journal of Archeological Science. 







2 commentaires:

  1. Bonjour
    J'ai obtenu votre lien de blog sur Facebook...et la lecture de ce premier article a été très instructif...Merci pour ce beau partage. Amicalement

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    1. Bonjour Agate,
      Merci beaucoup pour votre gentil commentaire, n'hésitez pas à vous abonner au blog et à me suivre sur la page Facebook "L'Odyssée Terrestre". Amicalement ! :)

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