lundi 23 avril 2018

La Miramelle des moraines (Podisma pedestris)

Cela fait un petit moment que je n'ai pas sorti un article naturaliste ! Aujourd'hui, je vous présente un insecte de l'ordre des Orthoptères. Non, ce n'est pas un gros mot. Les Orthoptères (en grec "Orthos" veut dire "droit" et "ptéron" signifie "aile") regroupent les criquets, les sauterelles et les grillons. Tout d'abord, mettons les choses au clair ! Comment ne plus faire la confusion entre les criquets (Caelifères) et les sauterelles et grillons (Ensifères) ? Très simple. Les Criquets portent au sommet de leur tête une paire d'antennes courtes et épaisses tandis que les sauterelles et les grillons possèdent des antennes plus longues et fines. Ensuite, pour différencier les deux Ensifères, il faut se fier aux ailes au repos. Celles de la sauterelle sont situées latéralement le long du corps alors que le grillon porte les ailes à plat au-dessus de son abdomen. De plus, le bout de l'abdomen des grillons est terminé par deux cerques (des sortes de prolongements du corps légèrement courbés selon les espèces).

A présent, les idées bien claires, je peux entamer cette petite présentation de la Miramelle des moraines (Podisma pedestris). Désormais, étant vous-même des pros de la détermination des Orthoptères, vous reconnaîtrez sur les photos ci-dessous qu'il s'agit bien d'un criquet ! En effet, nous remarquons bien les antennes plutôt raccourcies. C'est pour cela qu'il porte aussi le nom de Criquet des moraines ou bien Criquet marcheur.
Pour comprendre la seconde partie de son nom vernaculaire*, il faut faire un petit peu de géologie.
Les moraines sont simplement des amas de débris rocheux, érodés et transportés par un glacier. Et l'on comprend cette appellation lorsque l'on voit quels milieux fréquente Podisma pedestris. En effet, cet insecte affectionne les environnements montagnards très rocheux, à végétation parsemée. Ces milieux secs et ensoleillés, durant la période estivale, permettent de réchauffer son corps, très rapidement.     

Podisma pedestris mâle prenant le soleil sur un rocher
Chez cette espèce d'Orthoptère, on distingue très bien le mâle de la femelle. On parle alors de dimorphisme sexuel bien marqué. En plus d'être plus petit que la femelle (20 mm environ contre 27 mm pour l'autre), le mâle arbore des couleurs plus vives. Son abdomen est jaune, rayé d'épaisses bandes noires transversalement. Ses pattes postérieures, adaptées au saut, sont rouge vif avec quelques raies légèrement bleutées. Les femelles sont plus ternes que les mâles. De plus, on peut apercevoir de petites "plaques" brunes sur la zone de séparation entre le thorax et l'abdomen correspondant à de petites ailes qui ont régressé au cours de l'histoire évolutive de cette espèce, sans doute dû à une activité de marche prédominante sur le vol.

Et là, c'est une grosse femelle ! 

La miramelle des moraines est présente dans tous les massifs montagneux européens sauf les chaînes scandinaves et les pays baltes. Vous pourrez l'apercevoir principalement entre mi-Juin et Novembre, lors de vos randonnées, par exemple. Au début de l'été, la femelle pond, à l'aide de son court ovipositeur* quelques œufs dans un sol dénudé de toute végétation. En fonction des conditions environnementales, qui peuvent être rudes même en plein été à la montagne, les œufs ont la capacité de stopper leur développement et de rester, ainsi, au stade embryonnaire durant plusieurs années ! Les œufs écloront alors lorsque les conditions extérieures seront propices à la survie des larves qui en sortiront. Les "petits" passeront alors par 5 stades larvaires avant d'atteindre la forme adulte.  

Accouplement entre une femelle et un mâle Podisma pedestris
 
La miramelle des moraines, comme tous les criquets, est herbivore. Elle se nourrit essentiellement de Poacées, une famille de plantes à fleurs comprenant notamment ce que l'on appelle les "herbes" et les céréales. 
Chez les criquets, l'exploitation de ces végétaux leur est notamment permise par la structure de leurs pièces buccales, qui sont de type broyeur. Le labre, en forme de pelle, permet de pousser les aliments vers les autres pièces buccales. Leurs deux mandibules solides et développées ont pour rôle de découper les tiges et les feuilles des plantes puis de les broyer. Les deux maxilles, en plus de jouer un rôle sensoriel, permettent de poursuivre la trituration des aliments. Enfin, le labium, situé plus postérieurement, possède aussi un rôle sensitif.  

Pièces buccales broyeuses du criquet (Caelifère)
Voilà, j'espère que ce petit article vous aura plu ! Je fais ces petits articles dans le but de vous initier (si ce n'est pas le cas) au naturalisme. Lors d'une randonnée estivale en montagne, vous pourrez désormais poser un nom sur ce joli petit criquet coloré, probablement en train de striduler* !  

Merci pour votre visite et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 



Lexique :
- nom vernaculaire = nom commun = nom français
- ovipositeur = chez les Insectes, organe situé à l'extrémité de l’abdomen de la femelle permettant de déposer les œufs dans un substrat.
- stridulation = son produit par le frottement des fémurs des pattes postérieures sur les ailes postérieures. 


Sources :
- www.orthoptera.ch/arten/item/podisma-pedestris
- inpn.mnhn.fr/espece/cd_nom/66235
- passion-entomologie.fr
- Biologie tout-en-un, BCPST 1, éditions Dunod. 
- www.insectes.org

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