dimanche 19 novembre 2017

Le monstre du Loch Ness ne serait pas une légende ?!

Depuis des centenaires, l'Ecosse inspire les civilisations du vieux continent, notamment les celtes. Les châteaux sont hantés, les forêts sont ensorcelées, et les lacs abriteraient des créatures étranges. Mais laissons tout ça derrière nous, c'est de la confiture ! ... Quoi ? On me dit à l'oreillette que tout n'est pas inventé ! Reprenons depuis le début !

Il était une fois, au nord de l'Ecosse, dans la région des Highlands, un lac, mais pas n'importe quel lac, un lac qui serait habité par un drôle de monstre : le monstre du Loch Ness. A ses origines, cette créature aurait été le fruit d'un exemple marketing, comme le disait le paléontologue et professeur à l'université de Glasgow, Neil Clark. Bref, un canular quoi...
Pourtant, si on s'enfonce plus dans la science, ça pourrait tenir la route ! Un animal, aujourd'hui éteint, semblable au monstre  du Loch Ness aurait bel-et-bien existé durant l'évolution des Amniotes (ensemble d'animaux caractérisés par le développement de l'embryon dans un sac amniotique, il regroupe tous les oiseaux, mammifères et reptiles actuels).

Les Amniotes sont apparus sur Terre il y a 310 millions d'années, au cours du Carbonifère supérieur. Ils se sont affranchis totalement (ou presque) du milieu aquatique. Parmi les Amniotes, on distingue plusieurs grandes clades (ou groupe monophylétiques, ce sont des groupes qui englobent un ancêtre et tous ses descendants) caractérisés par un crâne avec ou sans fenêtres temporales (des trous dans le crâne quoi !) dont les Diapsides.
Les Diapsides regroupent les animaux dont le crâne est perforé de deux trous ! Parmi ce groupe, on trouve les Sauroptérygiens qui étaient exclusivement aquatiques ! Et c'est au sein des Sauroptérygiens que les Plésiosaures se sont différenciés ! Reprenez votre souffle, je vous en prie.

Phylogénie des Amniotes


Les Plésiosaures ont émergé à la fin du Trias. Ces gros reptiles marins ressemblaient étonnamment à Nessiteras rhombopteryx, le drôle de nom scientifique que l'on a donné à Nessy, le monstre du Loch Ness.  En analysant de plus près la morpho-anatomie de ces animaux, les paléontologues ont supposé qu'ils étaient de redoutables prédateurs du monde marin. Certains spécimens auraient atteint les 16 mètres de long... ! 

Voilà à quoi ressemblait un Plésiosaure ! 

Déjà, leurs palettes natatoires étaient dotées d'une puissante musculature, leur permettant de se déplacer rapidement dans l'eau et de progresser sur la terre ferme, lors de la ponte des œufs par exemple. Leur long cou jouait peut-être le rôle d'un gouvernail lors des courses-poursuites ou lors des parties de pêche. Certains Plésiosaures possédaient un nombre renversant de vertèbres cervicales. Par exemple, les Elasmosaures en possédaient 76 ! A titre de comparaison, nous en possédons 7...
L'analyse du crâne, notamment des dents, nous a informés sur les différents régimes alimentaires. Plusieurs formes de dents ont donc été décrites suggérant que toutes les espèces de Plésiosaures ne se nourrissaient pas du même type de proie. Certains individus avaient des dents longues et effilées leur servant à capturer des poissons, d'autres avaient des dents plus grosses et robustes pour se nourrir de plus gros poissons et de céphalopodes. Par exemple, des fossiles de bélemnites (de petites seiches) et d'ammonites ont été retrouvés dans l'estomac de ces gros reptiles, ce qui a conforté l'idée initiale. 

Les premiers fossiles ont été découverts en Grande-Bretagne dans la région du Dorset, un site connu pour la multitude de squelettes entiers ou fragmentés retrouvés fossilisés dans les roches côtières. Voyez-vous le rapprochement ? Si des fossiles ont été retrouvés en Angleterre, alors pourquoi pas en Ecosse ?! Y aurait-il des ossements de Plésiosaures dans le Lac Ness ? 
A ce jour, aucun fragment de squelette de Plésiosaure n'a été retrouvé dans les profondeurs du Loch Ness. Le "monstre du Loch Ness" n'a jamais existé ! C'est la forme qu'on lui a attribuée qui a nettement existé : celle du Plésiosaure ! 
Les sceptiques me diraient que certains clichés photographiques de la créature ont été réalisés. Tellement bien faits ! Observez la photo ci-dessous : 



Primo, les vertèbres du Plésiosaure se connectent de manière à ce qu'il ne puisse tenir son cou perpendiculairement à la surface de l'eau. Or, sur la photo, son cou est droit comme un piquet.
Deuzio, le monstre du Loch Ness aurait été aperçu pour la première fois au début du XXe siècle. Or, il est certain que si certains individus des profondeurs venaient à mourir, les bactéries présentes dans leur système digestif aurait généré de grandes quantités de gaz provoquant la remontée des carcasses. Pourtant, à ce jour, aucune grosse carcasse flottant dans le lac n'a été signalée...

Enfin, sur d'autres photos, il semblerait que des ondulations du corps d'un plésiosaure aient été observées par des témoins au bord du lac. Or, les reptiles ne peuvent pas onduler leur corps de haut en bas mais seulement faire des mouvements latéraux (à la manière d'un serpent). Les images de ce corps ondulant seraient peut-être dues au passage d'une bande de phoques (Phoca vitulina). 

Pour finir, dernier argument à l'encontre de l'existence du monstre est que le lac du Loch Ness est daté de 10 000 ans seulement. Or, les Plésiosaures ont disparu il y a 65 millions d'années. En plus, vous imaginez sérieusement un animal à sang froid côtoyer les eaux si froides du  Loch Ness... Brrr...  Je ne crois pas ! 

Finalement, Nessy n'est rien d'autre qu'une légende celte qui est aujourd'hui utilisée dans l'industrie du tourisme. Mais, ce n'est pas une raison pour s'acharner sur nos amis Ecossais, respectons leurs traditions et leurs croyances ! En fin de compte, c'est plutôt marrant de se laisser un jour enivrer par toutes ces histoires mystérieuses et un autre jour s'ébahir devant un squelette de Plésiosaure ! 

J'espère que cet article vous a bien plu ! Merci de l'avoir lu ! 
A bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 

Sources photo et infos :
- Classification phylogénétique du Vivant (Lecointre G.)


dimanche 5 novembre 2017

Les ragondins nous rendent guedin !

La plupart des gens peuvent le confondre avec le rat musqué qui est bien plus petit ou bien avec le castor qui a la queue plate. Non ! Le ragondin est un gros rongeur, reconnaissable par ses impressionnantes incisives rouge oranger et sa queue longue et de forme cylindrique.

C'est un crâne de ragondin, avec ses dents de couleur orange bien reconnaissables.

Cependant, je suis ici pour vous relater l'existence d'une réelle menace. Une menace qui pourrait coûter la vie de tous les humains, y compris toi cher lecteur... Cela m'apeure, me donne des sueurs froides et me provoque des vertiges. Je suis triste de vous annoncer que... les ragondins sont en phase de prendre le pouvoir dans le monde !! Toute la planète est envahie par les ragondins !! 

...Bon, je l'avoue, j'exagère un peu... Reprenons depuis le début ! 
Le ragondin (Myocastor coypus) est un gros rongeur qui n'est point du tout originaire de nos contrées françaises, ni même européennes d'ailleurs. C'est au 19ième siècle qu'il a été importé d'Amérique du Sud. Pour cause, sa fourrure plaisait énormément aux gens de l'époque (à noter que maintenant on en fait du paté, enfin bref passons).
Depuis, la population de ragondin ne cesse d'augmenter si bien que l'espèce a été décrétée comme envahissante, en Europe principalement. Pour comprendre la place de cet animal dans son écosystème, voire même dans la société, nous devons analyser sa biologie et son écologie.

Le ragondin est amphibie, c'est-à-dire que sa survie dépend des facteurs physico-chimiques et biotiques de deux milieux aux caractéristiques bien distinctes : celui aérien et celui aquatique. Il côtoie donc préférentiellement les cours d'eau lents, les plans d'eaux stagnantes eutrophes. C'est d'ailleurs proche des rivières qu'il creuse des terriers en guise de demeures.

Mais pourquoi le ragondin est-il considéré comme une espèce invasive ? Une espèce envahissante est une espèce allochtone* qui, par sa présence, impacte de façon négative l'écosystème dans lequel elle est introduite et certains taxons végétaux et/ou animaux qui le côtoient.
C'est justement la construction de ces grandes galeries qui favorise l'instabilité, l'érosion donc la destruction des berges de nos cours d'eau fréquentés par ces rongeurs. Pour s'en rendre compte, il suffit de se ruer, par exemple, dans les marais Poitevin, dans la partie Nord-Ouest de la France. Ces grandes étendues humides assez fragiles connaissent une croissance exponentielle de la population de ragondin depuis quelques décennies. Ces zones humides sont traversées par de multiples canaux creusés dans les sols argileux. Et, malgré la robustesse des frênes-têtards qui tentent de stabiliser les berges, ces arbres ne font pas le poids face à la présence du ragondin ! Que dis-je, DES ragondins !
Quand je m'y suis rendu cet été, j'ai eu l'opportunité d'en croiser quelques-uns. Vous pouvez en observer les clichés, à la fin de cet article.

Les gros arbres (à gauche) sont des frênes-têtards dans les marais Poitevin (85). Ils consolident les berges.  


En plus de défoncer les berges, les ragondins provoquent des dégâts sur la faune et la flore du milieu qu'ils colonisent. Par habitude, le myocastor se nourrit principalement de plantes aquatiques ou semi-aquatiques. Parmi les plantes qui prennent le plus cher, citons l'exemple du roseau commun (Phragmites australis), aussi appelé roseau à balai du fait de l'inflorescence qui se forme à la fin de l'été ressemblant à une sorte de plumeau. Plutôt moche. Mais follement apprécié par le ragondin. Si bien qu'il peut l'exploiter toute l'année ! Il en consomme les jeunes feuilles et tiges au printemps, les tiges en été ainsi que rhizomes (organes de réserves la plante) charnus en hiver. De plus, ces roselières ne lui servent pas seulement de garde-manger, mais également d'abri et de site de reproduction (Ah, puisqu'on en parle, la femelle peut mettre au monde 18 bébés par an !). Autant dire que les ragondins détruisent chaque année de nombreuses roselières... Vous allez peut-être me dire "on s'en fiche, cette plante est d'une laideur infinie". Pas faux ! Mais ces roselières abritent une faune incroyablement riche ! Notamment beaucoup d'espèces d'oiseaux qui y nichent ! Citons certains butors, le héron pourpré ou bien le joli busard des roseaux !
En outre, les ragondins affectionnent particulièrement quelques espèces aquatiques submergées qui offrent par ailleurs un habitat à certains poissons, mollusques... Vous l'aurez compris, la présence du ragondin perturbe les chaînes trophiques et engendre une cascade de réactions !

Mais, je ne suis pas là pour déverser ma haine sur Myocastor coypus, c'est à Homme que l'on doit en vouloir ! C'est lui qui a provoqué, avant-tout, ce déséquilibre écosystémique. Cependant, le ragondin exerce-t-il pour autant uniquement un impact négatif sur la faune et la flore de nos régions ? La réponse est NON ! Même les espèces envahissantes présentent une facette moins obscure que ce que l'on pense !
En effet, lorsqu'ils recherchent les racines sous la surface du sol, les ragondins jouent le rôle de moissonneuse en retournant le substrat. Ce qui crée, si je puis dire, des micro-milieux propices au développement de certaines plantes.
De plus, le ragondin se nourrit souvent de lentilles d'eau, dont certaines espèces ont aussi été introduites dans les cours d'eau de France et d'Europe. Ces petits végétaux flottants peuvent rapidement s'accumuler dans certains plans d'eau jusqu'à recouvrir l'intégralité de la surface et empêcher alors certaines plantes aquatiques de réaliser la photosynthèse !

Voyez-vous cette fine couche de couleur verte à la surface de l'eau ? Ce sont des lenticules, ou bien lentilles d'eau. 

Finalement, nous avons vu qu'une simple espèce animale (ou végétale) peut rapidement proliférer et provoquer un déséquilibre au sein de cet écosystème. A tout cela s'ajoute le fait que les ragondins sont considérés comme des animaux nuisibles qui détruisent parfois les cultures des Hommes. Pour tenter de remédier à ça, il faudrait cultiver toutes ces plantes céréalières dans des zones plus éloignées des cours d'eau même si la tâche d'irrigation s’avérerait moins facile ! En fait, à l'origine, les myocastors se nourrissent très proches des plans d'eau afin de minimiser les risques d'attaques par certains prédateurs (en Amérique du Sud, on dénombrait le jaguar, le puma, le caïman...). En effet, au moindre danger, tous les ragondins regagnent leurs tanières situées près des rivières. La meilleure solution serait donc de cultiver les plantes fourragères plus loin des cours d'eau !
D'autant plus qu'en France et en Europe, le ragondin n'a aucun prédateurs, mis à part le renard (et encore) et nous ! Aujourd'hui, des battues sont organisées pour tenter (en vain) de réguler sa population.
Dernière chose, suite à une baignade dans un étang il est conseillé de bine désinfecter ses plaies. L'urine de ragondin peut parfois véhiculer quelques maladies telle que la leptospirose !
Bref... les ragondins nous rendent guedin !

Ça, c'est un piège à ragondins, utilisé fréquemment par les agriculteurs ou les simples habitants Vendéens. 


On aperçoit succinctement sa queue nue de forme cylindrique.

Un animal qui excelle dans le domaine de la nage ! 



Voilà j'espère que cet article sur le ragondin vous a plu ! J'ai réalisé tous ces clichés dans les magnifiques marais Poitevin en Vendée (85).

Merci de l'avoir lu et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

Le p'tit lexique :
espèce allochtone = signifie ici espèce étrangère

Bibilographie :
- Diet of coypu in a mediterranean costal wetland : a possible impact on threatened rushbeds. F. Marini, E. Gabrielli, I. Montodo, M. Vecchi, R. Santoro, C. battisti, G. M. Carpaneto. Vie et milieu - Life and environment, 2013, 63 : 97-103.

Source photo crâne :
https://www.agora-photo.com/ragondin-2064.html