mercredi 30 mai 2018

La Mélitée du plantain (Melitaea cinxia)

Continuons notre petite balade naturaliste printanière et c'est au tour de la Mélitée du plantain (Melitaea cinxia) d'entrer sur la scène. Ce papillon aux allures élégantes fait partie de la famille des Nymphalidae, une famille très diversifiée avec plus de 5000 espèces à travers le monde ! Ce n'est pas rien. En Europe, seule une petite centaine de papillons a été répertoriée au sein de cette famille, dont 18, seulement, y sont endémiques (c'est-à-dire que nous les retrouvons nulle part ailleurs qu'en Europe !).
Les espèces de cette grande famille sont reconnaissables par leur large taille et leurs couleurs vives qu'elles arborent. Plus en détails, la partie inférieure de leurs antennes en massue (typiques des papillons de jour) est ornée de crêtes longitudinales. Enfin, une autre caractéristique concerne leurs pattes poilues, la paire antérieure étant courte et non fonctionnelle pour la marche... Concernant les chenilles, celles-ci sont colorées, épineuses et toxiques ! Leurs teintes très vives permettent d'éloigner leurs prédateurs !

Mélitée du plantain (M. cinxia)

  • Comment reconnaître la Mélitée du plantain ? 
M. cinxia se caractérise par ses ailes supérieures orangées parcourues par des traits bruns noirs plus ou moins marqués. Les ailes postérieures, tant dessus que dessous, sont décorées d'une rangée horizontale de points noirs. Les faces inférieures ont aussi l'allure d'un "damier", bien que les couleurs soient plus pâles (nous retrouvons, en effet, du orange et du blanc). Enfin, le bord externe des ailes est parcourue par une ligne blanche irrégulière. Notons également que les deux sexes sont semblables, il n'y a pas de dimorphisme sexuel.  
Quant à la chenille, elle est noire et épineuse, sa tête et ses pattes étant de couleur rouge foncé.

M. cinxia posé sur de l'ail sauvage
  • Y a-t-il un risque de confusion ?  
En France, au premier coup d’œil, il est possible de confondre la Mélitée du plantain avec d'autres Mélitées (comme M. trivia ou M. deione). Mais, en s'approchant de plus près, nous remarquons que la Mélitée du plantain est la seule à posséder la rangée de points noirs sur les ailes postérieures en plus de la ligne blanche bordant les ailes. Dans nos régions, il n'y a ainsi pas de risques de confusions


M. cinxia (à gauche) et M. trivia (à droite)

Toutefois, en-dehors de la France, la Mélitée Pont-Euxine (Melitaea arduinna) ressemble fortement à la Mélitée du plantain bien qu'elle soit plus rousse, plus grande et moins commune que cette dernière. De plus, vous ne risquerez de croiser la Mélitée Pont-Euxine que dans quelques zones très localisées du Sud des Balkans, des montagnes grecques et de la Turquie (et même la Russie !) alors que l'aire de répartition de la Mélitée du plantain est plus étendue.

  • Où et quand croiser la Mélitée du plantain ? 
Melitaea cinxia affectionne les pelouses sèches, les pâtures, les bords de cours d'eau, les bords de routes, les landes sableuses... bref, tous les type de milieux ouverts fleuris et ensoleillés ! Nous pouvons la retrouver jusqu'à 2000 mètres d'altitude !
En général, une seule génération émerge de début Mai à mi-Juillet. Cependant, dans le Sud, deux générations peuvent survenir : l'une en Mai-Juin et l'autre en Août-Septembre. On dit alors que cette espèce est bivoltine (il y a deux générations par an !). 
La Mélitée du plantain est très commune et répandue dans une majeure partie de l'Europe outre la Fennoscandie, l'Islande, l'Andalousie, le Sud du Portugal, la plupart des îles britanniques et méditerranéennes (Corse, Sardaigne...).



  • Quel est son cycle de vie ? 
Suite à l'accouplement dans le courant de Mai, les papillons femelles pondent sur plusieurs plantes, principalement des plantains (genre Plantago). Quelques jours plus tard, de très jeunes chenilles de
Grand plantain (Plantago major)
couleur beige émergent. Très vulnérables, elles tissent alors un gros cocon collectif de soie entre plusieurs branchages, permettant de se protéger face aux prédateurs (mantes religieuses, araignées...). Une fois qu'elles ont atteintes le dernier stade larvaire (elles sont alors noires, épineuses, avec la tête rouge), elles quittent le nid de soie puis, individuellement, s'enferment dans leur chrysalide. Une quinzaine de jours plus tard, en Août, des papillons adultes, issus alors de la seconde génération, en sortent. De plus petite taille que la première génération, les papillons accomplissent les mêmes rôles que leurs prédécesseurs. Les chenilles qui naissent alors s’apprêtent à entrer en diapause* et à hiverner durant la mauvaise saison, dans leur cocon de soie. En Février, elles partent se nourrir et continuent leur développement avant de devenir, au Printemps, de beaux papillons. Le cycle recommence...

Plusieurs chenilles (au stade larvaire avancé) dans leur nid de soie

  • La Mélitée du plantain, un modèle biologique dans la recherche  


Ce Lépidoptère a été utilisé en tant que modèle sur la survie des espèces (Hanski et coll.). Ces papillons forment d'amples métapopulations* dont la survie tient à l'équilibre entre phases de disparition et de recolonisation. La viabilité (ou survie) de ces populations décroît si la disparition des individus n'est pas compensée par l'émergence de nouvelles colonies. C'est pour cela que l'intensivité de l'agriculture avec l'utilisation des pesticides provoque la destruction de leur habitat. La distance entre deux colonies augmente alors, ce qui empêche les échanges d'individus entre sous-populations. Au final, un réel déséquilibre est mis en place, menant à la perte de l'espèce à court ou long terme. Cet accroissement des distances entre colonies est ainsi appelé "fragmentation écologique".
En Europe, bien que la Mélitée des plantains soit plutôt commune et abondante, les effectifs sont en constante diminution... 
Bref, il faudrait que les gouvernements agissent même si j'ai l'impression qu'il faudra attendre jusqu'à ce que les papillons aient des dents...!



J'ai réalisé ces clichés non loin de Méounes, dans le Var (83), en Mai 2018. 
Merci à vous et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !  

Lexique : 
- diapause : arrêt temporaire du développement des œufs, larves etc...
- métapopulation : ensemble de populations d'individus d'une même espèce séparés spatialement ou temporellement et interconnectées par dispersion (colonisation et recolonisation des territoires).  


Sources
- Guide Delachaux - Guide photo des papillons d'Europe. Haahtela T., Saarinen K., Ojalainen P. et Aarino H.
- article scientifique : Hanski I., Kuussaari M., Nieminen M. (1994). Metapopulation structure and migration in the butterfly Melitaea cinxia. Ecology ; 75 (3) : 747 : 762. 
- photo chenille : liliane.pessotto.pagesperso-orange.fr/melitaea-cinxia-chenille-girbelle-27-03-2006-l.html
- photo plantain : commons.wikimedia.org/wiki/File:Melitaea_trivia_-_male_04_(HS).jpg 

lundi 21 mai 2018

La Diane (Zerynthia polyxena)

Dans ce blog, vous remarquez la publication de nombreux petits articles portant sur les papillons. De un, ils me passionnent. De deux, il existe une large gamme de genres et espèces. Et de trois, ils sont plus facilement approchables que les oiseaux par exemple.
Aujourd'hui, je vous présente la Diane (Zerynthia polyxena), un magnifique papillon de nos contrées appartenant à la famille des Papilionidae. Nous avons déjà croisé cette famille dans un précédent article avec le Machaon que je vous invite à lire ou relire ! Les Papilionidae comprennent environ 550 espèces. Ils englobent les papillons les plus grands du monde (65 mm d'envergure moyenne !) et les plus impressionnants de par leurs couleurs qu'ils arborent. Au total, deux caractéristiques sont partagées par les espèces européennes de la famille. Elles possèdent, toutes, trois paires de pattes fonctionnelles et armées de griffes. De plus, le bord interne de leurs ailes postérieures est de forme concave. De même que les imagos*, les chenilles sont très colorées, traduisant alors un message d'alerte aux éventuels prédateurs qui s'en approcheraient. Et gare à eux ! Les chenilles disposent d'un mécanisme de défense actif consistant à dévaginer et brandir un appendice situé derrière la tête ! On appelle cette petite arme l'osmeterium. Si elles se sentent en danger, elles n'hésitent pas à le déployer, libérant alors une odeur fort nauséabonde. 

On voit en orange l'osmeterium sur la tête d'une chenille de Machaon (Papilio machaon)

  • Comment reconnaître alors la Diane ? Ce n'est pas bien compliqué, vous allez voir !

D'une envergure de 5 cm environ, Zerynthia polyxena est notamment reconnaissable par la face supérieure de ses ailes ornée de dessins en carreaux, alternant entre le jaune pâle et des taches noires plus ou moins anguleuses. Les ailes postérieures sont ponctuées de taches rouges alignées horizontalement. Quant à la face inférieure des ailes postérieures, elle est pourvue de motifs très similaires à ceux de la face supérieure mais de couleur plus fade. Enfin, la tête est de couleur rouge et dévoile de gros yeux noirs. 

Diane (Zerynthia polyxena) - Massif des Maures (83)


  • Pouvons-nous la confondre avec un autre papillon ?

Si vous n'êtes pas un naturaliste en herbe, il se pourrait que vous la confondiez avec la Proserpine (Zerynthia rumina). Quelques éléments les différencient. La Proserpine possède une tache quasi hyaline proche de l'apex de l'aile, de même que des taches rouges alignées sur la face supérieure de ses ailes antérieures. Choses que la Diane n'a pas ! Nous pouvons aussi noter la couleur plutôt noire de la tête de Z. rumina. Bref, il suffit de se rapprocher de l'animal et la distinction se fait naturellement. 

Proserpine (Zerynthia rumina). Nous voyons bien la petite tache grisâtre (hyaline) au niveau de l'apex de l'aile


  • Où et quand la croiser ? 

En France, vous l'apercevrez seulement dans le Sud, notamment dans les Alpes, en Provence et une petite partie du Languedoc. Dans le reste de l'Europe, elle est présente dans toute l'Italie et les Balkans (principalement en Grèce et en Turquie). La Diane affectionne divers habitats plutôt secs et buissonnants à basse altitude, les prairies et les ravins. C'est depuis la fin du mois de Mars jusqu'à la fin du mois de Mai que vous pouvez l'observer, avec un pic d'abondance durant le mois d'Avril.  

  • Et son cycle de vie ? 

Suite à l'accouplement, la femelle dépose des œufs sur des plantes de la famille des Aristolochiaceae. Particulièrement, l'Aristoloche à feuilles rondes (Aristolochia rotunda) constitue sa plante favorite !
D'ailleurs, cette famille de plantes sécrète des substances très toxiques à base d'acide aristolochique. Cette stratégie menant à pondre les œufs sur les plantes toxiques permet de repousser les prédateurs herbivores et de les protéger, ainsi. En effet, ces sécrétions sont très cancérigènes, et perturbent particulièrement le fonctionnement des reins des animaux ! Après l'éclosion, les chenilles de couleur marron-clair restent quelques jours sur la plante-hôte puis entament leur nymphose sur un brin d'herbe ou une écorce. Au Printemps suivant, la chrysalide laissera apparaître le magnifique papillon à l'état adulte ! Il partira butiner et commencera un nouveau cycle. Ainsi va la vie... 

Oeufs de Diane


Chenille assez développée de Diane


Attention, la Diane est strictement protégée en Europe, selon l'annexe 2 de la Convention de Berne ! Ainsi, il est complètement interdit de perturber son déplacement, dégrader son milieu naturel. Respectons-la ! 
Voilà, j'espère que cet article naturaliste vous a plu ! Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 

Diane



Lexique :
- imago : stade adulte chez les Insectes.

Sources :
- paca.lpo.fr
- Guide Delachaux - Guide photo des papillons d'Europe. Haahtela T., Saarinen K., Ojalainen P. et Aarino H.
- www.lepinet.fr/especes/nation/lep/index.php?id=29220 (photo Proserpine)
- www.pinterest.fr/pin/245868460886179164/ (photo osmeterium)