dimanche 18 février 2018

Biodiversité tricolore

La France, un pays connu dans le monde entier pour son histoire, ses paysages, sa gastronomie, sa culture, ses innovations technologiques... Bref, une grande puissance ! Mais, je suis certain que la plupart des gens ne soupçonnent pas qu'elle abrite une riche biodiversité !

Mais, avant toute chose, il nous faut comprendre ce que représente vraiment la biodiversité. Sachez que ce terme aurait été employé pour la première fois en 1985. Ce n'est qu'en 1992, lors du sommet de la Terre qui s'est tenu à Rio de Janeiro, que ce concept a vraiment pris une ampleur considérable, dès lors que les gouvernements ont "réellement" pris conscience que l'Homme était le premier moteur de dégradation de la nature... La Convention sur la diversité biologique (CDB) ainsi signée définit la biodiversité comme "la variabilité des êtres vivants de toute origine y compris, entre autres, les écosystèmes aquatiques et les complexes écologiques dont ils font partie : cela comprend la diversité au sein des espèces, ainsi que celle des écosystèmes" (art. 2).

Forêt primaire de Bornéo

Pour comprendre le fonctionnement de la biodiversité, nous devons analyser ses trois niveaux d'organisation :

- la diversité écosystémique (les milieux)
- la diversité spécifique (les espèces)
- la diversité génétique (les gènes)
Sur notre planète, les forêts tropicales représentent le type d'écosystème abritant la biodiversité la plus élevée. Vous connaissez sûrement les massifs forestiers du Congo, d'Amazonie et de Bornéo qui sont des hot-spots de la biodiversité dans le monde.



Mais, comment peut-on mesurer la biodiversité ? "Ce n'est pas trop abstrait ?!" Oui, c'est vrai, dénombrer toutes les espèces et écosystèmes ne s'avère pas être une tâche facile, ça paraît même un peu absurde... Pourtant, il existe bien des techniques d'estimation de la biodiversité qui ne se basent pas seulement sur la diversité spécifique, c'est-à-dire le dénombrement et l'abondance des espèces, mais aussi sur les diversités phylogénétique et fonctionnelle. La diversité phylogénétique* prend en compte l'histoire évolutive accumulée par une communauté d'espèces et peut être associée à la résilience* des écosystèmes faces aux changements environnementaux. La diversité fonctionnelle est l'ensemble des caractéristiques morpho-anatomiques qui influencent des processus écosystémiques.
Dans d'autres cas, nous pouvons suivre l'évolution des "espèces bio-indicatrices", sensibles à la moindre modification environnementale, pouvant faire connaître l'état global d'un écosystème. Par exemple, les larves de trichoptère font partie des indicateurs de bonne qualité des eaux douces.
BREF, mesurer la biodiversité est compliqué mais réalisable (approximativement) via plusieurs techniques d'estimation plus ou moins complexes !

Larve de trichoptère dans un fourreau qui la camoufle dans son environnement


Mais, en quoi la France serait un pays abritant une riche biodiversité ?
Notre pays, englobant la métropole et les territoires d'outre-mer, s'étend sur 675 000 km² et possède alors une grande diversité de milieux. D'une zone à l'autre, l'altitude, la distance par rapport à la mer, les climats, la géologie peuvent être totalement distincts.
Déjà, la France métropolitaine compte 4 grandes zones biogéographiques différentes (sur 6 présentes sur les territoires de l'UE !) : les zones atlantique, continentale, méditerranéenne et montagnarde. Ce large éventail écosystémique place la France au premier rang des pays les plus riches biologiquement en Europe !
Ainsi, notre pays héberge près de 6 000 espèces de plantes supérieures vasculaires (comprenez les plantes à fleurs et les conifères), sans compter les 4 000 espèces indigènes, c'est-à-dire celles qui ne sont pas originaires de France... A cela s'ajoutent les 3 000 espèces de plantes non vasculaires, c'est-à-dire dépourvues de véritables vaisseaux conducteurs, telles que les mousses, les hépatiques et les algues.

Ophrys aveyronensis est endémique de l'Aveyron et du nord de l'Espagne

Ces végétaux constituent l'étage le plus basal de la pyramide trophique. Viennent ensuite à l'étage supérieur, les Métazoaires (autrement dit, les animaux !).
Le sol français compte plusieurs dizaines de milliers d'espèces d'invertébrés. Parmi ceux-là, le groupe le plus abondant (en France et même dans le monde) est celui des insectes qui comprend près de 40 000 espèces, à lui seul !
Côté vertébrés (poissons, amphibiens, reptiles, oiseaux et mammifères), le territoire français en compterait 1 500 environ, dont plus de la moitié vivant dans les écosystèmes marins. Ce nombre n'englobe pas les espèces domestiques et introduites.
En fait, l'Hexagone a l'avantage d'être un carrefour européen en terme de migrations animales. En effet, de nombreuses espèces d'oiseaux affectionnent les milieux humides dispatchés dans la France en guise de pause et détente migratoires. Par exemple, les étangs languedociens et la Camargue offrent à tous ces piafs une aire de repos et un garde-manger importants sur l'autoroute migratoire. C'est le cas, parmi d’innombrables autres, de certaines espèces de canards qui effectuent chaque année de longs voyages entre la Scandinavie et l'Afrique du Nord et qui viennent se reposer en Camargue !
Les oiseaux ne sont pas les seuls à effectuer de folles migrations, de nombreux papillons sont aussi connus pour ces trajets annuels, comme le Vulcain, la Belle-Dame, le Morio et bien d'autres...

Canard souchet (Anas clypeata)
Vulcain (Vanessa atalanta)



Et devinez où est-ce que la biodiversité est la plus riche en France métropolitaine ?! C'est en PACA ! Pas étonnant, cette région se caractérise par des reliefs très variés s'étendant du pourtour méditerranéen (altitude 0) jusqu'au massif des Alpes. Elle abrite alors diverses espèces tant terrestres que marines ! Par exemple, elle héberge 85% des espèces de mammifères présentes sur le territoire français métropolitain.

Néanmoins, comme nous le disions au début, la France est aussi connue pour ses nombreux territoires éparpillés partout dans le monde, notamment de nombreuses îles. Or, ce sont souvent les territoires insulaires qui hébergent le plus d'espèces endémiques. Ainsi, d'après l'Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN), un territoire comme l'île de Rapa en Polynésie Française grande comme quelques arrondissements de Paris, abriterait près de 300 espèces endémiques !
Imaginez alors en Nouvelle-Calédonie, à La Réunion ou en Guyane !

J'espère alors que vous vous rendez compte de la richesse du patrimoine naturel de la France. Malheureusement, de nombreux milieux subissent une pression anthropique importante. Nos activités érodent davantage ces écosystèmes très fragiles. Je parle, par exemple, de la surpêche, de la déforestation pour la mise en place de zones agricoles et d'axes routiers et de bâtiments, du dégagement de produits polluants... Bref, vous savez déjà tout cela...

Parcs nationaux (en rose) et parcs régionaux (en vert)
Mais comment protéger alors la biodiversité ? Enfin, comment ralentir sa dégradation ?
Aujourd'hui, la France est composée de 10 parcs nationaux : La Vanoise, les Écrins, le Mercantour, Port-Cros, les  Calanques de Marseille, les Cévennes, les Pyrénées, la Guadeloupe, la Guyane et la Réunion. La réglementation très stricte permet de protéger le milieu naturel, sa faune et sa flore. A la différence d'un parc naturel régional, son but premier n'est pas de développer la vie économique et touristique.
Il y a aussi quelques réseaux qui rassemblent de nombreux sites naturels et semi-naturels qui ont une grande valeur patrimoniale, tels que Natura 2000 en Europe.
En fait, on dénombre plusieurs directives nationales et européennes, plusieurs conventions signées à l'international. Je ferai probablement un article qui portera exclusivement sur la protection de la biodiversité en France, en Europe et même dans le monde, car il y a beaucoup de choses à dire !



En tout cas, j'espère que vous avez apprécié la lecture de cet article plutôt particulier et que vous avez pris conscience de la chance que l'on a de vivre dans un pays exceptionnellement riche en biodiversité. Je pense qu'aujourd'hui et dans les années futures, la clé d'une éventuelle amélioration des relations entre l'Homme et la nature repose sur l'éducation des jeunes générations. La nature est belle et fragile, nous avons besoin d'elle comme elle a besoin de nous, alors préservons-la.

Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 

Lexique :
- phylogénie : c'est l'étude des liens qu'il existe entre espèces plus ou moins apparentées. On peut finalement dessiner de gros arbres phylogénétiques qui retracent l'histoire évolutive des feuilles de cet arbre (c'est-à-dire les espèces).
- résilience d'un écosystème : capacité d'un écosystème à retrouver un fonctionnement "normal" après avoir subi une perturbation importante (ex : un incendie).

Sources :
- inpn.mnhn.fr
- www.francebleu.fr
- http://www.conservation-nature.fr

- mes cours d'éco

lundi 12 février 2018

D'où viennent tous nos toutous ?

Ils sont partout. Sur tous les continents. Dans tous les pays. Dans toutes les civilisations. Ils existent sous plusieurs formes, couleurs, tailles... Bref, je parle évidemment de nos compagnons les toutous ! Actuellement, 500 millions de molosses peupleraient notre planète ! Un nombre hallucinant !
Mais, savez-vous vraiment quelle est origine commune de tous ces clebs ? Est-ce que le chien est une espèce à part entière ? Pouvons-nous créer de nouvelles "races" ? 

Avant tout, une petite présentation s'impose. Le chien, de son vrai nom Canis lupus familiaris, fait partie de la famille des Canidés, qui comprend aussi les renards, dingos, chacals et... loups ! Mmh, à vrai dire, cette phrase sonne faux ! Le chien est une sous-espèce du loup, plus précisément une sous-espèce domestique !
L'ancêtre du loup et du cabot aurait divergé dans le courant du Paléolithique, soit entre -27 000 ans et -40 000 ans ! Or, aussi bizarre que cela puisse paraître, ce n'est qu'en 2015 qu'une étude suédoise a pu prouver cette date de divergence chien/loup. Jusqu'à ce moment, les débats scientifiques étaient animés ! Reprenons depuis le début.

En fait, il faut savoir que l'Homme aurait commencé à côtoyer le loup il y a peut-être 400 000 ans, d'après la découverte de restes ostéologiques. Nos ancêtres, les chasseurs-cueilleurs, auraient capturé des petits louveteaux et les auraient apprivoisés pour la chasse et la surveillance des camps.

Grotte de Denisova dans le massif de l'Altaï

Cependant, les plus anciens restes de chien domestique ont été retrouvés notamment dans les grottes de Goyet en Belgique (datant de 36 000 BP*) et analysés au carbone 14. D'autres parties squelettiques ont été découvertes en Sibérie, dans les montagnes de l'Altaï, d'où le nom de "chien de l'Altaï". En analysant brièvement ce "spécimen", nous pouvions noter déjà que, morphologiquement, les os du museau du crâne étaient proportionnellement similaires à ceux d'un chien actuel (pas un chihuahua bien sûr, mais du genre Husky ou Berger Allemand...). Mais, ce sont les dents qui ressemblaient plus à celles d'un loup européen actuel. Toutes ces informations ont permis aux scientifiques d'émettre l'hypothèse que cette créature découverte dans la grotte était en phase de domestication.
Les analyses d'ADN exploitable, provenant de la dent du chien de l'Altaï, ont confirmé cette idée. Ce début de domestication aurait été permise par une sédentarisation progressive de l'Homme.

MAIS, il y a environ 26 000 ans, les conditions climatiques se sont dégradées. Durant le dernier épisode glaciaire que notre planète ait connu*, les hommes ont donc réadopté un mode de vie nomade pour tenter de fuir ces rudes conditions. Cette mobilité a rompu les interactions prolongées entre l'homme et les canidés, et donc bloqué tout processus de coévolution entre les deux espèces...
Ce n'est qu'aux alentours de -10 000 ans que la lignée des chiens modernes a pu s'établir progressivement jusqu'à nos jours.

Ainsi, lors de l'apparition de l'agriculture, le chien s'adapte peu à peu à l'alimentation des hommes plus diversifiée et acquiert la capacité à digérer l'amidon, via l'amylase, une enzyme qui demeure absente chez les loups ! De plus, il a été montré que les chiens produisaient des quantités plus importantes d'ocytocyne (une hormone liée à l'affectivité) que le loup ! C'est ce qui explique, sans doute, la très bonne amitié qu'entretiennent les Hommes et les clébards. C'est beau. 

Bon, ayant à présent une idée plus ou moins précise des origines de la domestication du chien, comment expliquer cette diversité des races ? Il est compliqué d'imaginer que nous sommes partis de la photo de gauche (ci-dessous) à la photo de droite...





Au départ, Charles Darwin pensait que toutes les races de chiens qu'il observait à son époque avaient été domestiquées indépendamment d'espèces différentes. Hélas, pour une fois, le naturaliste anglais avait tort sur ce point. Comme on l'a vu, toutes les races actuelles dérivent d'une seule espèce :  Canis lupus, le loup gris.

Dans la nature, les mutations (génétiques) créent de la nouveauté (dans notre génome). Certaines de ces mutations permettent à un individu de mieux survivre, et d'autres l'en empêchent. Grosso-modo, il existe alors un processus qui permet d'éliminer les mutants ne parvenant pas à survivre et de conserver ceux adaptés à l'environnement. Ce processus n'est rien d'autre que la sélection naturelle qui filtre les nombreux variants produits par les mutations ! Pour mieux comprendre, citons l'exemple du cou de la girafe qui a animé de nombreux débats entre Charles Darwin et Jean-Baptiste Lamarck. Imaginez une population de girafes ayant toutes un petit cou. Or, la taille du cou de la girafe est codée génétiquement, vous le savez. Imaginez alors une mutation se produire de façon aléatoire au niveau du gène correspondant. Cette mutation aurait permis d'allonger le cou de l'animal. Ce dernier serait privilégié pour atteindre les plus hauts feuillus. Les girafes à long cou se nourrissant mieux se reproduisent mieux et laissent plus de descendants. La sélection naturelle a favorisé les spécimens à long cou et, en revanche, défavorisé ceux à petit cou. La longueur du cou aurait été façonnée, à long terme, par des mutations aléatoires et par l'effet "filtration" de la sélection naturelle (en partie !).

Théorie de Charles Darwin

Bref, c'était une parenthèse pour vous expliquer les grands aspects de la sélection naturelle.
Mais, quand l'Homme intervient dans cette étape de filtration des variants (des individus, si vous préférez), on ne parle plus de sélection naturelle mais de sélection artificielle !
Depuis que l'Homme est devenu quasiment sédentaire, il sélectionne les chiens pour son propre intérêt, selon différents caractères. Au fil des millénaires, en croisant des variétés avec d'autres, nous avons abouti à un large éventail de formes de chien !
Au début, les chiens plutôt imposants et musclés étaient utilisés pour différents labeurs. Les plus petits étaient convoités dans les parties de chasse de rongeur.
Aujourd'hui, on distingue plusieurs morphes :
- les molossoïdes (bouledogue, Saint-Bernard) qui interviennent dans la garde notamment ;
- les braccoïdes (les Beagles, labradors...) utilisés dans la chasse ;
- les lévriers qui sont fins, musclés et puissants, utilisés dans la chasse aux animaux rapides ;
- les lupoïdes qui ressemblent aux loups (berger allemand...) ;
- plein d'autres petits chiens (yorkshire, chihuahua...) qui ont surtout le rôle d'animaux de compagnie.

Voilà, je n'ai rien d'autres à dire de plus, me semble-t-il ! Sachez que la période et le lieu de divergence du loup et du chien restent encore flous. J'ai sélectionné les informations récentes qui me semblaient les plus pertinentes. J'espère que cet article vous a plu ! Merci de l'avoir lu et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

Photo de chien mignon pour la fin 


Lexique :
- BP : "Before present", traduction : "avant aujourd'hui".
- le dernier épisode glaciaire, c'est la glaciation de Würm qui s'est terminée il y a plus de 10 000 ans. 

Sources :
- http://archaeology.about.com/od/domestications/qt/dogs.htm
- wikipedia.org

- www.science-et-vie.com

- http://www.dinosoria.com
M. Germonpré, M.V. Sablin, R.E. Stevens, R.E.M. Hedges, M. Hofreiter, M. Stiller et V. Jaenicke-Desprese, « Fossil dogs and wolves from Palaeolithic sites in Belgium, the Ukraine and Russia: osteometry, ancient DNA and stable isotopes »,  Journal of Archeological Science.