dimanche 28 mai 2017

Le Lézard vert occidental (Lacerta bilineata)

On l'aperçoit souvent dans les milieux chauds et ensoleillés (broussailles, friches, lisières de bois...) en train de se réchauffer sur un rocher comme la plupart des animaux ectothermes (c'est-à-dire produisant peu ou pas de chaleur et dont la température corporelle varie en fonction de l'environnement, contrairement aux endothermes). Aux premiers abords, son gabarit peut surprendre. En effet, sa taille de 40 cm est plutôt impressionnante comparée à celle de son "cousin" le lézard des murailles (Podarcis muralis), que l'on fréquente quasiment tout l'été, qui n'atteint qu'une quinzaine de centimètres. 

Lacerta bilineata dans la région de Lucéram (06), ici dans un paysage type garrigue

Lacerta bilineata est facilement reconnaissable de par ses couleurs variant du vert au bleu en passant par le brun. De plus, sa tête est assez large et son museau court. 
Chez cette espèce de lézard, le dimorphisme sexuel est tout de même marqué. Les mâles présentent une coloration bleue sur la gorge tandis que les femelles sont à peine plus ternes. 



Si vous avez l'occasion de le croiser, évitez de le toucher, il pourrait être agressif et vous mordre le doigt. Mais, ne vous inquiétez pas, sa morsure n'est pas venimeuse comme le relatent certaines légendes... Avec toute honnêteté, je le trouve plutôt farouche, il est difficile de l'approcher jusqu'à le toucher ! 
D'ordinaire, le lézard vert se nourrit d'insectes, de vers, d'araignées, de mollusques, d'oisillons et même d'autres lézards ! Le cannibalisme, ce n'est pas ce qui le dérange ! 


La saison des amours a lieu lors de la période de Mai. Les mâles se livrent alors à de grosses batailles pouvant être fatales dans certains cas. Le vainqueur aura la possibilité de s'accoupler avec la femelle. Celle-ci pondra alors une dizaine d’œufs qui écloront 2 à 3 mois après. Des petits lézards de 7 cm environ en sortiront et seront livrés à eux seuls face aux prédateurs (rapaces, chiens, lézards adultes...).
L'hiver, Lacerta bilineata hiberne. Son métabolisme fonctionne alors au ralenti. Il vit en léthargie. 

On trouve ce squamate majoritairement en France, en Espagne, en Italie, en Croatie, dans l'ouest de l'Allemagne et en Suisse. Cependant, il a été introduit aux Etats-Unis. 


Tiens, parlons un peu du lézard dans son environnement. Comme pour l'homme, il est doté de nombreux sens lui permettant d'interagir avec son milieu ainsi qu'avec d'autres individus.
-Les yeux, des organes photorécepteurs qui captent les rayons solaires et permettent de détecter les formes et les couleurs afin de créer de véritables images.
-Les lézards possèdent une bonne capacité auditive grâce aux oreilles qui s'ouvrent à l'extérieur par la fine membrane du tympan.
-Les lézards, comme les serpents, possèdent des organes spécialisés dans l'olfaction : l'organe de Jacobson, accompagné des fosses nasales et de la langue. Ces trois éléments sont de véritables capteurs chimiosensoriels qui traitent les informations récoltées (les hormones par exemple lors des périodes de reproduction).

J'espère que cet article vous a plu ! Si vous êtes intéressés par l'herpétologie (l'étude des reptiles et des amphibiens), n'hésitez pas à visionner mes autres articles (vous pouvez cliquer dessus directement) :


Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre !

dimanche 21 mai 2017

Le reflet du Marsupial

Saviez-vous que votre chien ou votre chat, des animaux Placentaires, possèdent des sosies Marsupiaux ?!
La Classe des Mammifères est découpée en trois groupes :
- Les Protothériens (regroupant les ornithorynques et les échidnés, entre autres) ;
- Les Métathériens (appelés communément les Marsupiaux) ;
- Les Euthériens (ce sont les Placentaires). 
Nous nous intéressons dans cet article aux deux derniers : les Thériens (signifiant "animaux sauvages" en grec). 
Les Mammifères Placentaires mettent au monde un juvénile qui a déjà la morphologie de l'adulte. Il subira simplement des phases de croissance. Cela est dû au placenta de la mère qui est bien développé. 
En revanche, les Mammifères Marsupiaux donnent naissance à une larve marsupiale qui se réfugie rapidement dans une sorte de poche (que l'on prénomme le marsupium) où se trouvent les mamelles. Les épithéliums de la mère et du gosse vont alors fusionner jusqu'à la deuxième naissance afin d'entretenir des échanges intimes de nutriments et de gaz. C'est fou comme tout cela m'émoustille ! 

Le point de divergence entre ces deux groupes d'animaux remontent à -140 millions d'années ! Les deux groupes ont évolué quasiment indépendamment. Les Métathériens étaient répartis majoritairement en Océanie, bien que quelques espèces marsupiales vivaient en Amérique du Sud (surtout les Opossums) ou même en Amérique du Nord, en témoignent des fossiles très anciens ! Mais c'est en Chine que le plus vieux fossile de marsupial a été découvert, datant de 125 millions d'années !
Mais, je vais me pencher sur le fait passionnant que certains Marsupiaux possèdent un homologue Placentaire. Un peu comme s'ils apercevaient leur reflet dans une flaque d'eau ! J'exagère légèrement mais ce que je vais dire est tout de même surprenant !

Partons d'un exemple savamment développé par Richard Dawkins dans son ouvrage "Il était une fois nos ancêtres, une histoire de l'évolution". Si je vous dis "petit mammifère vivant sous la terre et qui défonce vos jardins", vous me répondrez très probablement et triomphalement : "c'est la taupe" ! Évident. Et si je vous montre quelques photos de cet animal fouisseur, sauriez-vous distinguer le marsupial du placentaire ?! Je pense que la tâche s'avère cette fois plus délicate.
En Europe, on connaît tous la taupe d'Europe justement (Talpa europaea). Ce petit mammifère placentaire, appartenant à la famille des Talpidés, est caractérisé notamment par la présence d'yeux atrophiés (en effet, ils lui permettent de distinguer seulement les mouvements), de pattes assez robustes aux mains polydactiles (un doigt en plus) avec griffes adaptées au creusement ainsi que l'absence de pavillon auditif externe.
Cette taupe des jardins possède un homologue marsupial, appelé simplement taupe marsupiale, appartenant à la famille des Notoryctidés. Elle possède grosso-modo les mêmes caractéristiques adaptées au mode de vie fouisseur que celles de Talpa europaea (courte queue, yeux réduits, pattes "pelleteuses", pas d'oreilles visibles...). Pour être clair, on parle ici de convergence évolutive double. Comme son nom l'indique, c'est un processus évolutif qui conduit à une ressemblance morphologique (dans ce cas) ou comportementale entre espèces  taxonomiquement éloignées sous la pression d'un facteur commun contraignant du milieu (le mode de vie fouisseur).

Talpa europaea


Une espèce de taupe marsupiale

Mais est-ce que la convergence évolutive explique tous les cas de ressemblances entre Placentaires et Marsupiaux ?!
La réponse est "sûrement" ! On dénombre une multitude d'exemples de ressemblances entre Métathériens et Euthériens. Les deux espèces vivent souvent dans un milieu aux contraintes biotiques ou abiotiques semblables, ce qui explique leurs ressemblances morphologiques ou comportementales, malgré qu'elles se soient développées indépendamment les unes des autres.

Je vais illustrer ces propos par d'autres courts exemples.
Tiens, au début de l'article, j'ai mentionné le cas de votre toutou ! Enfin, plus précisément, étudions le loup gris (Canis lupus), celui que tout le monde connaît. Ce dernier possède aussi son homologue marsupial : le loup de Tasmanie ou Thylacine (Thylacinus cynocephalus). Cette espèce de Métathérien est désormais éteinte. En effet, autrefois très répandu en Australinée*, la chasse intensive, l'implantation des colons ainsi que l'introduction des chiens domestiques ont été à l'origine de sa disparition. Grossièrement, le Thylacine a un dos rayé et a tout l'air d'un loup placentaire. La ressemblance squelettique est incroyable. Une différence majeure entre les deux espèces s'observe anatomiquement, au niveau de l'os du palais creusé de deux trous proéminents chez le marsupial.


Squelette de Canis lupus



Squelette de Thylacinus cynocephalus


Dernier exemple, celui de l'écureuil volant d'Amérique du Nord (Glaucomys volans) et le Phalanger volant (Petaurus breviceps). Vous l'aurez deviné, ces deux espèces ont la capacité de voler, enfin plutôt planer (il ne s'agit pas d'un vol actif comme l'exercent la plupart des oiseaux). Ces deux animaux vivent dans des milieux forestiers. Les grands arbres leur permettent alors de s'élancer et de pratiquer ainsi le planage. Mais comment ces deux mammifères peuvent-ils défier la gravité ? En fait, leur peau est étirée entre leurs membres antérieurs et postérieurs, on appelle cette membrane épidermique le patagium. Ainsi, en s'élançant, cette surface de peau se déploie et permet le planage.
De plus, ces deux ""écureuils"" possèdent de larges yeux, leur permettant une vision nocturne optimale ! Un autre bel exemple de convergence évolutive !

Glaucomys volans

Petaurus breviceps


Cependant, certains marsupiaux ne possèdent absolument pas d'homologue placentaire, c'est le cas de la souris à miel. Evidemment, la remarque est valable dans l'autre sens. Il n'existe pas de marsupiaux aquatiques. En effet, il serait compliqué de protéger le fœtus dans une poche, ne pouvant contrer la poussée d'Archimède due au milieu aquatique peu porteur.

Ainsi, l'évolution a façonné les organismes, jusqu'à engendrer des ressemblances morphologiques ou comportementales entre plusieurs espèces marsupiales et placentaires vivant dans des milieux aux contraintes similaires (modes de vie fouisseur, chasseur ou planeur). Aujourd'hui, quelques 200 espèces de Métathériens prospèrent en Australie pour seulement quelques dizaines sur le continent américain. Pourquoi cette tendance ? Les raisons ne reposent que sur des hypothèses. Rien n'a encore été admis. Les marsupiaux ont peu à peu occupé l'ensemble des niches écologiques en Océanie, tandis qu'en Amérique, on observe l'exact contraire.
En tout cas, vous saurez maintenant que certains mammifères placentaires sont le "reflet" évolutif de quelques marsupiaux.

C'est ainsi que se termine cet article. J'espère que le sujet vous a intéressé ! N'hésitez pas à me laisser un petit commentaire, ça me ferait vraiment plaisir. Merci et à bientôt sur l'Odyssée Terrestre ! 


*C'est le nom assez drôle qu'a donné Dawkins en parlant de l'Australie et la Nouvelle-Guinée.


Sources photos :
- http://biodiv.balma.free.fr/v0/spip.php?article304&artpart=portfolio
-  https://fr.vikidia.org/wiki/Taupe_marsupiale
-http://www.decouvertes-gallimard-jeunesse.fr/Yeux-Decouverte/ydd_galerie_image.php?id=A62257&image=3207&page=2
- https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/c/cc/Beutelwolfskelett_brehm.png
- https://petitcommite.wordpress.com/2012/07/04/watch-out-flying-squirrel-alert/
- https://fr.wikipedia.org/wiki/Phalanger_volant

dimanche 14 mai 2017

Sauvez la planète, mangez des termites !

Rien de plus fascinants que les termitières ! Oui je sais, dans tous mes articles, je ne fais que répéter la même chose : "tout est fascinant". Ce n'est pas de ma faute si la biologie est fascinante !
Trêve de plaisanteries ! Le termite (et oui c'est masculin !) est considéré comme une espèce "clef de voûte", dit-on dans le jargon de l'écologie, c'est-à-dire dont la présence façonne un écosystème et permet le développement d'autres espèces. Les édifices que ces colonies de Blattoptères bâtissent atteignent 3 mètres de hauteur en moyenne. Toutes ces activités participent alors à l'aération du sol et à la production d'humus (c'est la strate supérieure du sol formée par décomposition de la matière organique). Je trouve dommage que l'on retienne plus souvent les dégâts causés par les termites plutôt que le rôle important qu'ils remplissent au sein d'un écosystème donné. On distingue trois types de termites : 
- les xylophages : ceux qui mangent le bois mort ;
- les humivores : ils s'occupent de creuser les galeries et donc se nourrissent de la matière en décomposition de la même manière que les vers de terre ; 
- les champignonnistes : cultivateurs de champignons symbiotiques.


On distingue bien les puissantes pièces buccales broyeuses

Et comme tous les êtres vivants, toutes les chaînes de réaction de dégradation mènent à la production de substances "non désirables" : les déchets métaboliques. De même que l'Homme, les termites rejettent des gaz comme le dioxyde de carbone ou bien le méthane.
Mais, avant de développer davantage le sujet, focalisons-nous sur cette molécule chimique : un carbone lié à quatre atomes d'hydrogène. Le méthane est un gaz à effet de serre, bien plus puissant que le dioxyde de carbone, et participe au réchauffement de l'atmosphère en absorbant les rayonnements infrarouges. Bref, plus on rejettera de méthane dans l'atmosphère, plus les conséquences environnementales s'aggraveront. Ce gaz provient notamment de la riziculture, des mangroves, de l'élevage bovin intensif, du transport, de l'utilisation des énergies fossiles mais aussi... de l'activité des termites ! Et oui, pourquoi donnons-nous toujours la faute à ces pauvres vaches ?! Pourtant les chiffres ne sont pas négligeables ! 12% du méthane d'origine naturelle sont produits par les termites. Par exemple, 0,88 micromole de méthane par gramme de termites humivores est rejeté par heure. 
Je me suis amusé à faire des petits calculs permettant de comparer ce chiffre avec celui des vaches (de type laitière par exemple). J'ai vu déjà qu'une vache laitière produit 119 kg de méthane/an. Or, une vache laitière pèse environ 800 kg. Ainsi, 0,15 g de méthane est produit par gramme de vache par an
La masse molaire du méthane est de 16,04 g/mol. On trouve alors une quantité de 0,12 g de méthane rejetée par gramme de termites par an.
Vous le constatez, les deux chiffres sont assez proches ! Cependant, j'ignore totalement laquelle des deux sources est la plus importante. Peu m'importe, les termites produisent une part non négligeable de méthane. 

Chez les termites, ce gaz est produit par fermentation intestinale, en condition anaérobie (c'est-à-dire où la concentration en dioxygène est très faible voire nulle !). Explications. Les termites humivores se nourrissent principalement de composants végétaux tels que la cellulose ou la lignine. Lorsque ces molécules parviennent à l'estomac de l'insecte (notamment au niveau de la panse), elles sont dégradées par une multitude de bactéries, constituant la microflore fermentaire. Parmi ces micro-organismes, on distingue les bactéries fermentaires et bactéries méthanogènes (par exemple, nous retrouvons chez certains termites humivores africains Cubitermes speciosus).


Chaîne très simplifiée de la dégradation de la matière végétale par les termites humivores et production de méthane



A noter que les termites xylophages hébergent un nombre moins important de bactéries méthanogènes et produisent alors moins de méthane. En revanche, ce sont les micro-organismes acétogènes qui y sont plus fréquents.

Ainsi, le potentiel global d'émission de méthane par les termites serait de 27 millions de tonnes par an (un chiffre qui serait vraisemblablement sous-estimé par la communauté scientifique).
Après ce bilan assez renversant, peut-être vous demandez-vous que l'on devrait éliminer totalement ces insectes, histoire de "sauver la planète" ? NEIN, NEIN, NEIN !! 
Comme dit précédemment, le termite est un animal "clef de voûte". Si les espèces venaient à disparaître, il y aurait de graves conséquences à l'échelle de l'écosystème ! Quels sont alors les rôles primordiaux remplis par ces Blattoptères ?
Déjà, on l'a bien développé, les termites participent à la minéralisation de la matière organique (transformer le carbone organique (lignine) en carbone minéral (méthane)). Les écologues ont même prénommé les termitières des "îlots de fertilité". En fait, en plus de la quantité de méthane produite, ils rejettent également beaucoup d'azote, un élément très apprécié des végétaux pour leur croissance. Ainsi, dans la savane africaine par exemple, de nombreuses espèces de plantes se développent autour des termitières, afin de bénéficier des grandes quantités d'azote rejetées ! 
Ces animaux participent alors à la genèse des sols tropicaux ainsi qu'à leur oxygénation, de même que les Lombrics (vers de terre). De plus, les termites améliorent le réseau hydrique souterrain en creusant tous ces kilomètres de galeries.

Voici à quoi ressemble une termitière argileuse dans la savane africaine

Egalement, j'en avais déjà parlé dans l'article "A quoi servent les moustiques ?", si l'on venait à supprimer tous les termites, cela entraînerait la disparition d'autres maillons de la chaîne trophique. Par exemple, certaines araignées se nourrissant de termites seraient décimées entraînant la disparition d'un oiseau se nourrissant d'araignées etc...

Ainsi, vous l'avez compris, l'impact des termites sur notre globe est très important. Ils sont directement inscrits dans les cycles biogéochimiques de l'azote et du carbone, permettant alors leurs utilisations et leurs libérations. 
Les termites, tout comme les vers de terre, remplissent des rôles primordiaux dans les écosystèmes tempérés ou tropicaux si bien qu'ils sont considérés comme des espèces ingénieures.
Enfin, j'espère vous avoir convaincus que, pour sauver la planète du réchauffement climatique, il ne faut pas s'attaquer aux termites ; mais plutôt modifier notre propre mode de vie quotidienne.
Tout ce que j'ai à vous dire c'est de sûrement manger moins de vaches pour réduire l'élevage bovin intensif, manger plus de termites, mais pas trop ! 

Voilà, j'espère que cet article vous a plu. Merci de l'avoir lu, à bientôt ! :)

Sources photos : 
- http://diagapart.fr/diagnostics/termites/
- http://dailygeekshow.com/termites-agriculture-decouverte/termitiere-afrique/

Source chiffres :
- http://www7.inra.fr